A. — DYSPEPSIE ALIMENTAIRE
L’aliment peut être judicieusement choisi, c'est-à-dire proportionné aux sucs digestifs de la personne qui doit le digérer; mais il peut être donné en trop grande quantité : c’est la dyspepsie alimentaire quantitative.
Ou bien la ration alimentaire est normale, mais son choix laisse à désirer et ne correspond pas aux capacités digestives du sujet : c’est \di dyspepsie alimentaire qualitative.
DYSPEPSIE ALIMENTAIRE QUANTITATIVE. — Cette dyspepsie, comme les autres, se produit aussi bien dans l’intestin que dans l’estomac.
Pour beaucoup d’auteurs, la moitié au moins des cas de dyspepsie seraient d’origine intestinale. Cette proportion n’a, selon nous, rien d’exagéré, et l’observation attentive des dyspeptiques en fournit aisément la démonstration. ,
Dans bien des cas, du reste, et chez l’enfant surtout, il est bien difficile de séparer cliniquement la dyspepsie gastrique de la dyspepsie intestinale.
Repas trop fréquents et trop copieux. — On voit parfois des nourrissons au sein ou nourris uniquement avec du lait stérilisé présenter des symptômes d’intoxication : pâleur et diminution de poids, qui précèdent souvent de plusieurs jours les troubles digestifs et qui ne peuvent s’expliquer par conséquent que par de l’auto-inloxication.
Or, pour peu qu’on examine la chose de plus près, on s’aperçoit que l’enfant est suralimenté soit parce qu’il mange trop à chaque repas, soit parce qu’il mange trop souvent, deux causes puissantes de suralimentation.
Les repas trop fréquents, les repas trop copieux ont le même résultat : celui de provoquer une dyspepsie', une partie du lait n’est pas digérée, ou l’est vicieusement et devient la proie des microbes.
Il en est de même chez les enfants plus âgés, qui sont suralimentés par une nourriture variée, mais beaucoup trop abondante; là encore le résidu indigéré devient la proie des microbes et conduit aux mêmes résultats : à l’auto-intoxication.
Repas trop riches. — Toute personne, enfant ou adulte qui, pour une raison ou pour une autre, abusera de l’alimentation azotée (excès de viandes ou d’œufs) finira par une dyspepsie avec auto-intoxication.
Nous pouvons ranger dans cette catégorie bien des cas d’enfants faibles, d'anémiques, d’adolescents souffreteux, d’adultes convalescents, que l’on avait crû pouvoir remonter avec une cure de viande crue, par des viandes saignantes, des bifteks russes, etc., cure qui a été interrompue bientôt par des signes évidents d’auto-intoxication intestinale.
Dans ce cadre, nous pouvons ranger un nombre beaucoup trop considérable de tuberculeux, qui avaient été soumis
• dans différents sanatoria à une suralimentation azotée (douze à qùinze œufs par jour, viande en grand excès), peu compatible avec l’état de dyspepsie organique inhérente à leur intoxination tuberculeuse, et qui ont été obligés d’interrompre leur suralimentation devant des signes indéniables d’auto-intoxication.
L’abus de la viande et des œmfs, qui s’observe chez certains peuples et dans certaines villes, surtout lorsque cet abus n’est pas tempéré par une alimentation riche en farineux (pâtes alimentaires), conduit à une disproportion entre la quantité d’azote ingérée et la quantité d'azote digérée et assimilée.
Il en résulte un résidu azoté indigéré dans l’intestin qui forme un bouillon de culture alcalin très favorable aux microbes anaérobies de la putréfaction.
Aussi la dyspepsie quantitative azotée favorise-t-elle puissamment la putréfaction intestinale et conduit-elle d’abord à l’auto-intoxication digestive et ensuite, pour peu que la défense de la muqueuse du gros intestin soit en défaut (arthritisme), aux entérites glaireuse et membraneuse et aux appendicites, qui, comme nous le verrons, exagèrent et multiplient encore les causes de l’auto-intoxication.
Les repas trop abondants, les repas trop fréquents, les
REPAS TROP RICUES EN AZOTE, CONDUISENT A l’aUTO-INTOXICATION
digestive.
DYSPEPSIE ALIMENTAIRE QUALITATIVE. — L’aliment peut être :
a) De qualité mal adaptée au pouvoir digestif ;
b) De qualité inférieure modifiant le pouvoir digestif.
Aliment mal adapté au pouvoir dig^estif. — Donner
à un tube digestif une nourriture qui ne lui convient pas et qui ne peut être digérée qu’en partie conduit nécessairement à la dyspepsie qualitative et à l’auto-intoxication digestive. Que l’on donne à un nouveau-né une nourrice avec un
lait adulte; que l’on donne au nourrisson des farineux dans les premières semaines de sa vie ; que l’on gave un enfant de bouillon, de jus de viande ; que l’on donne à un adulte des mets lourds et irritants, on se trouve toujours en présence d’aliments non proportionnés au pouvoir digestif des sucs intestinaux, d’où dyspepsie et auto-intoxication.
Dans les deux premiers cas, il se produit, il est vrai, des fermentations de substances ternaires qui aboutissent à la formation de produits acides.
Dans les derniers, il se produira plutôt une putréfaction azotée, mais il n’en est pas moins vrai que, dans tous les cas, il y a auto-intoxication digestive.
Aliments de mauvaise qualité. — En premier lieu, l’aliment ingéré, sans être mauvais, peut contenir, grâce à sa constitution chimique, des toxines, des essences volatiles ou fixes, des substances irritantes qui, bien loin de favoriser la sécrétion normale des sucs digestifs, comme l’aliment normal, l’entravent tout en paralysant les défenses de la muqueuse intestinale.
En second lieu l’aliment, sans être altéré, peut n’être pas • absolument frais et intact; il peut être légèrement fermente ou susceptible de fermenter trop facilement, et les produits de cette fermentation vont à la fois entraver la sécrétion et diminuer les défenses de l’intestin.
Dans ces deux cas, nous nous trouverons en présence d’un résidu alimentaire indigéré accompagné d’une putréfaction exagérée qui dépassera le pouvoir antitoxique normal du tube digestif et qui nous conduira à l’auto-intoxication intestinale.
Ainsi un lait provenant d’une nourrice dont l’état psychique est anormal (colère, coït exagéré), dont l’état physique laisse à désirer (alcool, misère, menstruation, grossesse), présente une composition chimique qui le rend moins digestible et plus fermentescible.
Un lait provenant de vaches nourries avec des effeuilles de vigne, avec du fourrage frais, avec des drêehes, des tourteaux ; un lait contenant des acides, des toxines, a des propriétés nuisibles analogues.
Ce que nous venons de dire du lait s’applique à tous les autres aliments solides ou liquides qui n’ont pas été altérés au point de devenir des poisons alimentaires, mais qui sont suffisamment modifiés pour être facilement irritants ou fermentescibles et pour causer une auto-intoxication digestive.
Les fortes chaleurs de l’été, qui peuvent créer cet état de fermentescibilité des aliments, peuvent augmenter encore les fermentations dans le tube digestif lui-même et être une cause indirecte de l’auto-intoxication.