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LA DUALITÉ CÉRÉBRALE COMME EXPLICATION DU SPIRITISME

Les difficultés ne commencent véritablement que si l’on pénètre dans les détails, si on essaye de se rendre compte de la forme et des lois particulières de la désagrégation dans tel ou tel cas déterminé. C’est à propos de ces détails que je serais disposé, quoique avechésitation, à me mettre en opposition avec M. Myers, qui a si bien étudié tous ces phénomènes curieux. Je ne parle pas

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de sa disposition à considérer les phénomènes de désagrégation

comme compatibles avec la santé la plus normale, c'est là une question générale qui porte sur le somnambulisme comme sur le spiritisme et dont nous parlerons un peu plus loin. Mais il essaye d'expliquer les phénomènes du spiritisme et en général le développement de deux consciences parallèles par un caractère anatomique bien connu du système nerveux, la division de l’encéphale en deux parties symétriques et l’existence chez l’homme de deux cerveaux.

Cette division du cerveau en deux parties a déjà donné lieu

à bien des hypothèses. Depuis La Mettrie qui dit que Pascal avait un cerveau fou et un cerveau intelligent, depuis Gaétan de Launay qui considère les rêves faits sur le côté droit comme absurdes et ceux faits sur le côté gauche comme logiques’, il y a eu bien des anatomistes et des physiologistes qui ont rapporté à cette dualité tous les phénomènes compliqués et embarrassants de l'esprit humain. Si j'ai évité de parler de ces hypothèses, c’est que, d’un côlé, je me suis engagé à ne pas entrer dans des études de physiologie cérébrale, et, de l’autre, que cette supposition ne me parait pas expliquer grand’chose. En fait, nous avons, tous, deux cerveaux,et nousne sommes ni fous, ni somnambules, ni médiums. Les états hypnotiques dimidiés, les hallucinations unilatérales de caractère différent pour chaque côté du corps, sont des faits psychologiques intéressants qui ont été, dans ces derniers temps, rattachés à la dualité cérébrale”, Ils me paraissent en général dépendre d'autre chose: ce sont des hallucinations à point de repère”, que la maladie naturelle ou bien la suggestion ont rattachées les unes à droite, les autres à gauche. Ces hallucinations et toutes les expériences de ce genre ne me semblent guère démonstratives. Si j'avais à exprimer une opinion sur les théories de localisation cérébrale, je me rattacherais volontiers à celle de Bastian * qu’il exprime en ces termes : « Nous avons peut-être affaire moins à des aires topographiquement séparées du tissu cérébral qu’à des méca-

‘ Cf. Bérillon. La dualité cérébrale et l'indépendance fonctionnelle des deux hémisphères cérébraux, 188%, 115.

* Id. Ibid., 109. Cf. Magnin. ÆZtude clinique el expérimentale sur l'hypnotisme, 1884, 157.

* Of. T° partie, ch. nr, p. 153.

* Bastian. Le cerveau, organe de la pensée, 149.

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nismes distincts de cellules et de fibres existant d’une manière plus ou moins diffuse et entremélée. » C’est pour ces raisons que je n'avais pas soumis ces hypothèses sur la dualité cérébrale à une diseussion distincte.

Mais M. Myers, quand il revient à cette théorie, à propos du spiritisme, l’expose avec des arguments qui sont plus nettement psychologiques et qui, par conséquent, demandentici une discus- Sion.

Pour résumer sa théorie en quelques mots, M. Myers pense qu’il y a une grande analogie entre les phénomènes d’inconscience des médiums et l'écriture automatique, d’une part, et, d'autre part, les troubles de la cécité ou de la surdité verbale, de l’agraphie ou de l’aphasie qui se produisent à la suite de certaines lésions localisées de l'hémisphère gauche. Or, dans ces cas, la restauration du langage et de l'écriture, quand elle a lieu, s'opère grâce à une suppléance de l’hémisphère droit. Donc l’écriture automatique doit se rattacher de même au fonctionnement de l'hémisphère droit. « L'écriture automatique semble, dit-il, une action obscure de l'hémisphère le moins utilisé ; dansle cas de Louis V..., c’est l'alternance de l’hémisphère droit et du gauche qui produit les variations motrices et sensorielles ! . L'écriture automatique vient de la même cause que l'écriture des agraphiques, l'emploi dans l'écriture des centres non exercés de l'hémisphère droit du cerveau *. » Sans me prononcer sur le fond de la question qui est physiologique, je ne trouve pas que les arguments de M. Myers soient concluants.

« Le médium qui écrit de cette manière, dit cet auteur, ne sent pas sa propre main qui écrit, il ressemble à un individu atteint de cécité verbale® qui ne peut lire l'écriture. »

En aucune façon, le malade en question a la sensation des

lettres, mais il ne les comprend pas; le médium n’a pas la sensation des mouvements, il est simplement anesthésique à ce moment et, pour ce point particulier; s'il a la sensation, s’il regarde son papier pour voir les lettres, il les lira parfaitement. Mais il y a des cas où il hésiteet ne peut pas arriver à lire.

‘ Myers. Multiplex personnalily. Proceed. S, P. R., 1887, 499. ? Id. Automatic wriling. Proceed., 1885, 39.

3 Myers. Zbid., 47 et sq.

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C’est que le message est mal écrit; il m'arrive à moi aussi de ne .

pas pouvoir lire ma propre écriture, et je ne suis pas atteint de

cécité verbale. « Dans ce cas, répondra-t-on, le médium fait.

appel aux mouvements de sa main pour recommencer le message’; ilressemble au célèbre malade de M. Charcot qui ne pouvait lire qu’en suivant les lettres avec son doigt.» L’analogie est bien forcée; le malade de M. Charcot sentait les mouvements de sa main suivant les lettres, il se servait des sensations musculaires pour lire et non des sensations visuelles; le médium ne sent pas davantage les sensations musculaires quand le message est écrit pour la seconde fois, il fait appel aux sensations visuelles, pour

lire cette fois une lettre mieux écrite. Il n’y a rien dans tout.

cela qui ressemble à de la cécité verbale.

« Mais considérons maintenant l'écriture elle-même, elle est quelquefois gauche, embarrassée, réduite à une lettre indéfiniment répétée ou à un simple gribouillage; donc, prétend M. Myers, elle est le produit du cerveau droit qui n’est pas assez exercé. » Conclusion hardie : on peutécrire mal sans se serviruniquement du cerveau droit. L'écriture est plus inexpérimentée parce qu'elle a lieu dans des conditions nouvelles, sans que le sujet voie le papier, sans qu'il use des images visuelles, ete.; elle dépend d’une intelligence nouvelle qui dispose uniquement des

images musculaires qui est souvent rudimentaire et ne sachant

quelquefois, commeles cataleptiques, que répéter la même lettret. « Cette écriture automatique, nous dit-on encore, montre souvent un mauvais Caractère, vaniteux, menteur, immoral, elle abuse des jurons et des obscénités. Cela ressemble aux jurons que conserve seuls le malade aphasique et, dans un cas comme dans l’autre, il faut les reprocher à l'hémisphère droit du cerveau qui

est sans éducation et sans morale.» Comment, les jurons, les «

obscénités'et les sottises ne peuvent provenir que de l’hémis-

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phère droit? Faut-il donc retourner à la théorie des rêves de.

M. Gaétan de Launay? L’explication de ces inconvenances de l’écriture automatique me paraît beaucoup plus simple : nous les retrouvons, quoi qu'on en ait dit, dans le somnambulisme, dans

l'hystérie, dans l'enfance, partout où la personnalité est faible et.

incapable de gouverner ses paroles.

Un argument plus intéressant est tiré d’un caractère curieux

‘ Myers. Automatic writing, 1885, 38.

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