SCÈNE IX
Les Mêmes, GUSTAVE.
GUSTAVE, s'écriant. Mon enfant!., rcnffez-moi mon enfant !
PATOCHE. Çhi’esl-ce qu’il a donc, ce monsieur? et qu’est-cc qu’il demande?
GUSTAVE. Mon enfant !
PATOCHE. Parbleu j’ai bien entendu; mais on ne rient pas comme cela déranger un adjoint en fonctions pour demander son enfant... on fait une pétition, on écrit une pétition. Voyons, où? quand? et comment tous a-t-on pris votre enfant?
GUSTAVE. 11 n’y a qu’un moment... je l’avais laissé à la porte de l’église où j'étais entré, et quand j'ai voulu le reprendre il avait disparu...
PATOCHB. Calme»,- vous jeune homme, nous l’avons votre enfant.
ciuaei.
Air : fine du college.
Quel est ce mystère ?..
Triste et solitaire Mnrchant au hazard ;
Cet étranger d’humeur austère.
Qui fuyait devant un regard ..
C’était son père!.,
MANETTE. F.h bcnl.. à 1a bonne heure, que ce monsieur reprenne son bien , et partons.
PITBAT. Oui, oui... partons!..
PATOCHE. Un moment, un innocent a ilé trouvé, voilà monsieur qui croit en être le père, nous le chicanerons pas là-dessus; la créature a donc un père, mais ça ne suffit pas... il lui faut uuc mère, monsieur va nous la faire connaitre. ..
LIS HOMMES. Oui, oui... pour notre tranquillité.
PATOCHE. Oui, oui... je tiens à l’honneur des maris... car. Dieu merci, je ne suis pascomme votre ancien ad joint, homme excellent, époux délicieux... mats qui avait le malheur d’user son chapeau , toujours à la même place... Jeune homme... nomme»
sa mère...
GUSTAVE, itrrc émotion. Sa mère... elle m’a fui... Oh! non, je ne puis le croire...
elle m’a été enlevée... il y a si long-temps que je ne l’ai vue...
PATOCHE. Encore une victime de cupidon.. calmez-vous, infortuné, ^ous la rever-
re»; une idée!., que toutes les femmes et filles, se rangent sur une file...
MÈRE LELEU. Ah! ben , c’est un peu fort...
MANETTE Laissez donc... c’est un’ plaisant’rie...
PATOCHE. C’est un acte administratif...
allons, en ligne... (Toute* les femmes se rangent en cercle, prenant Gustave par ta main et se plaçant devant chacune.) Attention !..
Tenet!., c'est pent-être la grande... (Il passe.) Ce n'est pas la grande?.. ( A chacune, Gustave fait signe rj"e ce n'ett pas elle , il s'arrlte devant madame l-elea.) Ah!., malheureux jeune homme.
Gustave continue l'inspection.
MÈRE LELEU. Ça n’est pas moi !
PATOCHE. Eh bien! tant mieux!.. Eh!
bien, allons... tant mieux 1..
Arrivé devant Madinc, Gustave s’arrête tout à coup.
GUSTAVE. La voilà !..
TOUS. Ciel!.. Madinc...
marine. Moi!., en voilà une bonne, par exemple; mais regardei-moidonc bien, monsieur, est-ce que c’est possible, puis que je ne vous connais pas...
GUSTAVE. Enfin, je te revois, chère à me de ma vie 1.. oui , te voilà!., c'est bien loi... Oh! dis que tu n’as pas voulu m'abandonner... qu’on t’y a obligée, contrainte, car tu sais bien , que je serais mort loin de toi.
MADISE. Ma foi!., vous auriez aussi bien fait, si vous persiste» à accuser une pauvre jeune fille qui n'a rien à se reprocher...
n’avez-vous pas de honte! Ovide... Ah !..
tu ne le crois pas... je t’en supplie, dis que lu ne le crois pas...
PITRAT. Laissez- moi... c’est affreux...
MÈRES PERRIN, et LELEU, d Ocide. Hein!
' qu’esl-ee que nous t’avions dit?..
PITRAT, aux comméres. Taisez-vous...
il faut que ce soit un sort que vous m’avez jeté... un sort...
MÈRE LELEU, d Nanette. C’est donc pour j caque vous étiez si pressée de fair’ la noce, mam' Patochc.
MANETTE. Mais . c'est horrible... c’est infime, ce que vous supposez là... Oh! je suffoque'... je m’ trouve mal...
PATOCHE, qui la reçoit dons se* liras. Oh !
ciel!., ma tendre épouse!., deux hommes pour l’emporter... deux des plus forts hommes!.. Dieu! quelle scène... Je vais questionner la coupable... Ovide, tu vas savoir à quoi t’en tenir... va près de mon épouse , va... jeune homme sacrifié...
1 PITRAT. Moi qui y allais de confiance !
PATOCHE. Relirez-vous tou»!
l’actomtè bans l’embaabas.
Od emporte madame Patoche , tout le monde »’é-
loigne, Ovide entre chez Patoche au milieu des consolations de scs amis.
Reprise du chœur.
Quel est ce mystère , etc.
SCKNE X.
PATOCHE, MADINE, GUSTAVE.
PATOCHE. Bon U.nou* voici à huis-clos, en yhin air, avancez .. là!., chacun d’un côte de l'autorité qui va vous interroger et plonger son œil de linx dans les replis de vos cœurs...
madine. Ah ! je ne demande pas mieux, car, pour mon compte, je suis bien tranquille, voyez-vous... cl monsieur ne pourrait peut-être pas en dire autant... M. Pa- j to< hc, il y a ici un complota découvrir... 1 il faut que cet homme s’entende avec nos 1 méchantes voisines...
PATOCHE. Nous verrons bien... nous verrons bien...
madine. Sans cela, quel intérêt auraitil de me perdre, de me désespérer?., ce | qu’il y a de certain, c’est que je le vois, ' c’est que je t’entends pour la première fois...
patoche. Et cependant il y a un innocent de plus.
NADINE. Mais si jamais nous ne nous sommes vus...
PATOCHB. Ce n’est pas comme ça que ça sc fait...
madine. Dcmandcz-lui qui je suis ? qu’il le dise ?..
PATOCHE. Quelle est cette jeune per- | sonne? répondez.
GUSTAVE, qui depuis le commencement de I ta scène s’est occupe d tracer quelque e/iosc sur j son calepin , continuant sans lever tes ycicr. Celle que j'aime...
PATOCHE. Celle que vous aimez... c’est ■ bien vague.
MADINE. Là, yous voyez bien, ça vuus prouve qu’il ne sait pas même muu nom...
GUSTAVE, toujours occupe. Madinc...
PATOCHE. Il a pardine, dit Madinc!
MADINE. 11 sait mon nom ! mais où m'at-il vue?
GUSTAVE. Partout !
patoche. Partout! ça veut dire nulle part.
MADINE. Enfin, qu’il dise le lieu, la maison que j’habitais.
GUSTAVE, toujours en train de dessiner.
A Paris, rue de Cboiseul, n. i5, au troi- j Même au-dessus de l'entresol. >
madine. Ah ! mon Dieul comment peut*
il donc savoir?
PATOCHE. Quoi, Madinc, c’est là qnc vous étiez?
MADINE. Oui, M. Patoche...
PATOCHE. Comment!., fille trop étourdie, si jeune , ce n’était donc pas pour vous mettre en apprentissage chez une lingère, que vous aviez quitté le château de Servieux!
MADINE. Non, M. Patoche.
PATOCHE, Ah! ah! vous nous avez fait
des cachotteries.
madine. C’est vrai, je vous ai trompé; mais je ne puis rien avouer, je suis bien malheureuse.
GUSTAVE, baisant ce qu’il nient de terminer sur son calepin. Puur la vie, et toujours ainsi.
PATOCHE , rivement. Attendez! l’auteur du délit trace sur son calepin quelque chose de fort intéressant sans doute, car il vient de l’embrasser comme du pain... en vertu de mon pouvoir discrétionnaire, je me donne le droit de tout voir... et je vois. . . [En disant ces mots , il avance doucement ta main vers le calepin et l’arrache de celle de Gustave, qui demeure immobile comme si rien ne s’etaij passé... Regardant.) Un dessin au crayon... c’est une allégorie à la manière d’Anacréon... un cœur enflammé orné de mille flèches!., c’est délirant...
c’est un amour plein de poésie, c’est un gentil Bernard!., c’est un gentil garçon!..
madine. C’esl... c’est... indigne!..
PATOCHE. Un amour éternel, et il met ça sur son ralpin de peur de l’oublier.
GUSTAVE, sortant de sa rêverie et s’approchant iC elle. Madine. chère Madine, si tu savais tout ce que j’ai éprouvé de douleur, lorsqu’aprés cette malheureuse absence, je ne t ai plus retrouvée dans relie petite chambre drapée de vert...
PATOCHE, sr redressant, et avec un ton magistrat. 11 y avait une chambre drapée de vert, Madine.
MADINE, confondue. C’est -il étonnant qu’il sache ça !
GUSTAVE . mer t.r: cession. Moi qui espérais le voir assise près du berceau de notre cufanl.
PATOCHE. Il y avait un berceau et son locataire, Madine?
MADINE. Il faut qu'il soit sorcier.
GUSTAVE, tendrement. Oh! combien je me suis reproché de t’avoir quittée ; mais c’était pour me procurer l’argent nécessaire à la situation , sans cela il n’aurait jamais osé venir t'arrachcr de mes bras.
il fait un geste menaçant a l’atoelic.
LE M\GÀSIN THÉÂTRAL#
PATOCnE. Ah î ça, est-cc qu’il s’imagine que c’est moi ! Jeune homme je ne tous ai rien arraché du tout, je suis incapable d’arracher quelque chose à quoi que ce soit.
GUSTAVE, toujours à Mouline . Et quand je suis revenu, ils ont eu l’infamie de me dire que tu étais mortel., et lui aussi...
Il regarde Paloche.
PATOCHE. Et moi aussi .. Qui diable a été lui dire que j’étais mort!
GUSTAVE. Je devine, ils voulaient te chasser de mon souvenir, et puis te marier à un autre; mais ne crains rien, me voilà, maintenant.
Air de Céline.
Pardonne hélas î si mon absence Fut la catiso de ton chagrin.
Pardonne aujourd’hui ma présence , J’apporte ici, ma fortune et ma main.
À cet hymen qu’il m’eut fallu maudire, Tous, sans remords, ils allaient te livrer, Seul , je suis venu tout détruire.
Car, seul, je puis tout réparer.
MADINE. Jamais ! jamais !
PATOCHE. Par exemple!., quand il offre sa fortune et son nom , c’est très bien , ordinairement on n’offre rien quand on a tout obteou, et dès qu’il y a un enfant...