SCÈNE VII
ERNSTEIN, CLAIRE
ERNSTEIN. — Est-ce eiinuyeux que vou?
soyez obligée de partir demain matin! Enfin, je compte bien vous revoir bientôt. ,
CLAIRE. — L'année proehaine.
ERNSTEIN. — L'année prochaine? Avant!
avant! Je viens de causer très sérieusement avec votre mari... j'ai travaillé pour vous... dans deux mois, il est plus que probable que vous serez installés à Paris.
CLAiiui. — Comment?... Alors, ça s'est décidé... comme ça ?
ERNSTEiN. — Mais oui.
CLAIRE. — Ah! mon Dieu.
ERNSTEIN. — Vous avez l'air atterrée.
CLAIRE. — Oui... les cho.ses nouvelles m'épouvantent toujours.
KRNSTEiN. — Que craignez-vous ?
CLAIRE. — Je ne sais pas... tout. D'abord, vous ne connaissez pas Etienne, il est d'un caractère ombrageux... peut-être ne s'entondra-t-il pas avec vous, s'il devient votre associé.
ERN.STEiN. — On s'entejid toujours avec moi et l'on ne risque jamais rien à entrer dans le cercle d'un homme qui a de la chance. Avant de se servir de quelqu'un, Mazarin demandait toujours : « Est-il heureux ? » C'est une autorité ça, Mazarin.
CLAIRE. — Je ne la conteste pas.
ERNSTEIN. — Or, je suis heureux ; en même temps que la mienne, j'ai toujours fait la fortune de ceux que j'ai intéressés dans me.s afiFaires.
CLAIRE. — Oh! la fortune!...
ERNSTEIN. — C'est à Considérer, pourtant. Dites-moi donc, vous n'allez pas empêcher Etienne d'accepter la situation que je lui offre .**
CLAIRE. — Hélas ! s'il a dans son idée d'accepter, tout ce que je pourrai dire n'empêchera rien.
ERNSTEIN. — Comme vous dites ça ! Je ne
vous comprends pas... je vous assure que ce que je prop<xse à votre mari n'est pas à dédaigner... et il faut toujours saisir l'occasion qui passe... elle ne passe qu'une fois. On n'a pas le droit de rester dans une .situation médiocre, modeste tout au moins, lorscju'on peut on occuper une plus brillante : il faut toujours chercher à s'améliorer, à s'élever. Allons, no faites pas cette figure-là... vraiment, je croyais vous annoncer une bonne nouvelle.
CLAIRE. — Je vous demande pardon... mais cette décision prise si brusquement, si fatalement... oui, si fatalement... et puis tant d'événements qui viennent me surprendre ce soir...
ER.NSTEiN. — Tant d'événemcntfc... il n'y en a qu'un... et des plus simples...
CLAIRE. — Des plus simples... non, c'est tout un changement d'existence.
ERNSTEIN. — Vous aurez tout de même une existence plus gaie, plus vivante, plus en rapport avec vos goûts. Voyons, une femme comme vous, à Grenoble ! Alors, quoi ? c'est de la décentralisation I Tandis qu'ici, nous vous distrairons, nous vous entourerons, nous vous fêterons. Vous êtes-vous ennuyée ce soir?
CLAIRE. — Oli ! non !
ERNSTEIN. — Eh bien ! ce sei-a tous les soirs la même chose. Allons, venez prendre une tasse de thé. {Il lui offre son bras.) C'est ma foi vrai, v-ous êtes toute tremblante.
Et pendant qu'ils remontent vers l'hôtel, le rideau tombe.
MONSIEUR JADAIN.
PiIEN A FAIRE AVEC CE JEU-LA.