ACTE DEUXIÈME
AXWELL.
J'ai ceci, d'abord, qu'il est unMérangis, et que les hommes de cette famille respectent peu les liens du mariag*^.
JEANNE
Qu'est-ce que vous en savez? Qui donc êtes-vous, monsieur, pour disposer du sort d'Hélène et contrarier les intentions de sa grand'mère?
MAXWELL, avec autorité.
Qui je suis?
JEANNE
Vous n'oseriez le dire.
MAXWELL, avec force.
Vous voulez donc que je vous le dise?
JEANNE, effrayée.
Non, non, monsieur, ne le dites pas, je ne veux pas le savoir !
MAXWELL
Et depuis longtemps, vous le savez, pourtant ! il y a longtemps, que, pour en être plus sûre, vous me faites horriblement souffrir !
Eh bien, oui ! il y a longtemps que je vous ai deviné et que j'ai reconnu l'homme aux cheveux blonds dont la cicatrice n'est pas toujours bien cachée. Tenez, la voilà ! J'ai vu la blessure toute fraîche, j'ai vu ces cheveux teints de sang, cec choses-là ne s'oublient pas ! Dès le premier jour oii vous êtes entré ici, je me suis dit : C'est lui !... C'est Thomme que j'ai vu là-bas, couché sur la neige dans le parc de Linsdale, au moment où, éloignée par l'ordre violent du comte, je revenais furtivement sur mes pas avec Hélène à qui je ne voulais pas ravir le dernier baiser de sa mère... Il faisait une nuit sombre, effrayante ! On s'était battu à la lueur d'une torche plantée dans la neige; la flamme, rabattue par le vent, éclai-
rail volro visage livido... vos traits conlract(^s par l'agonie 1 Vous respiriez encore, j'eus peur et pitié... vous étiez si jeune pour mourir ! Je me baissai pour vous porter secours, Hélène vous vit alors... (Maxwell tressaille.) Elle VOUS Connaissait, car elle s'échappa de mes bras et tomba sur vous en poussant dos cris qui firent revenir sur ses pas celui qui vous avait frappé. Il tenait encore une arme qu'il agitait convulsivement... Je ne sais s'il me voyait, s'il avait conscience de quelque chose, mais il me sembla que, si je restais là, il allait tuer cette enfant qu'il n'avait pas voulu embrasser en se séparant d'elle... Je ne sais ce que je compris, je ne sais pas si je devinai... Je repris Hélène, je m'enfuis, je ne cessai de trembler pour elle que quand nous fûmes embarquées et loin du rivage î
MAXWELL
Et elle se souvient! dites ! elle se souvient, et je ne le savais pas !
JEANNE
Ne lui parlez jamais de cela! je lui ai persuadé à grand' peine qu'elle l'avait rêvé, mais longtemps il lui est resté une épouvante ; longtemps, elle a été poursuivie par le spectre d'un homme mort sur la neige, hlle voyait du sang sur elle, elle criait et pleurait à me déchirer le cœur. Elle me redemandait sa mère et son ami... Oh! la douloureuse enfance, et que de mal vous lui avez fait déjà! contentez-vous du passé !
MAXWELL
Elle ne m'a pas oublié ! elle ne me reconnaît pas, elle me devine ! Elle a pour moi, pour moi seul, un regard si tendre et si profond... elle m'a vu blessé, mourant... elle s'est jetée sur moi, elle m'a embrassé, peut-être !... Ah I c'est cola qui m'aeuipèché de mourir!... ma pauvre enfant, mon enfant!...
JEANNE
Taisez-vous, taisez-vous, monsieur! Madame ne soupçonne rien, je n'ai rien raconté; le comte n'a jamais rien trahi ! elle regarde Hélène comme sa petite-fille, elle l'aime uniquement, et ce serait la iner... vous ne le voulez pas, vous ne le