‹ L'autre (volume 2)Chapitre 72 sur 88 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Non, je ne crois point en vous, qui vous êtes fait ici à tout propos l'avocat de l'amour, pour faire ressortir ma réserve el mon inexpérience, en vous qui n'avez pas joué auprès d'Hélène le rôle d'un ami sérieux; car, au lieu de lui indiquer pour appui l'homme sans artifice et sans reproche que je sais être, vous vous êtes offert à elle insidieusement comme le type des saintes ardeurs, comme le chevalier des causes sublimes. Tenez, monsieur, je suis bien aise de pouvoir enfin vous le dire, c'est vous qui m'avez rendu sceptique et raisonneur comme j'ai été forcé de l'être, depuis que vous vous êtes mêlé à noire existence ! C'est vous qui êtes cause que je hais toutes les idées dont vous vous êtes constitué le champion. C'est vous enfin qui m'avez empêché de penser et do vivre !

MAXWELL

C'est donc là mon rôle, à moi? c'est donc là ma destinée? Marcus, si vous saviez votre injustice et le mal que vous me faites, non, vous n'auriez pas ce courage!

MARCUS, impatient.

Expliquez-vous donc!...

M AXWELL.

Je ne puis! non, je ne peux rien! J'ai cru ap})orler ici le dévouement d'une âme ardente et je vois que je n'y ai fait que du mal! J'ai voulu mêler, comme vous dites, ma triste existence à celle des autres, remplir les devoirs, goûter les douceurs de la famille, et, pour prix de mes efforts, tout me repousse et me condamne! Gela devait être; l'étranger, je suis l'étranger, moi! Celui qui n'a pas de liens, celui qui n'a pas de droits, celui dont le zèle est suspect et l'affection calomniée!... Oh! enfants! nos juges implacables! que vous êtes donc présomptueux et cruels ! Ah ! malheur à qui brave un seul jour les lois du monde! Il n'y aura pas de refuge pour lui dans les lois du ciel! Nouveaux dans la vie, vous comptez oigueilleusement sur vous-mêmes, vous ne vous demandez pas SI vous serez des honmies, vous vous croyez hommes

0(i L "ALT Kl::

déjà! Froids et superbes, vous outragez sans pitié les cœurs brises, les dupes de l'enthousiasme, vous marchez dans leur sang, vous ne prévoyez pas que le vôtre s'y mêlera et qu'au lieu de devenir un germe d'avenir, il ne laissera peut-être derrière vous qu'une tache!

M ARC us.

Monsieur, j'ai vu tout à l'heure Hélène pleurer dans vos. bras et vous refusez d'être son époux ! si je ne puis obtenir de vous ni aveu ni réparation, je sais ce qu'il me reste à faire et je le ferai. Je me tiendrai armé contre cette porte, et, quand vous essayerez de la franchir, je vous tuerai comme un fléau domestique, comme un ennemi de ma famille, comme un malfaiteur !

MAXWELL

Et si j'étais tout cela, Marcus? si, abusant de la confiance qu'inspire mon caractère, je m'étais introduit ici pour vous voler le cœur d'Hélène, et qu'elle, toujours pure, mais désabusée, vint réclamer votre amour?... Répondez! Que feriez-vous?...

M AU eus.

Hélène toujours pure!... je vous prie de croire que je n'en doute pas, monsieur ; mais, si elle vous a aimé... Ab ! tenez! je le sais bien, qu'elle vous aime!

Il fond en larmes.

MAXWELL

Ne dites plus rien! Ces larmes parlent assez. Oui, Marcus, elle m'aime et je la chéris, je l'adore. C'est mon droit, mon droit sacré : je suis son père!

Page 1