SCÈNE IV HÉLÈNE, CÉSAIRE
CÉSAIRE
Eh bien, Hélène... ma chère demoiselle... est-ce que...? peut être que Marcus...? Vous ne douiez pas de son dévouement au moins?
HÉLÈNE
Je doute de tout aujourd'hui, Césaire, et je me sens comme seule dans l'univers détruit ! Dites-moi, mon ami... Oui, dites! Tout le monde ici m'a donné l'exemple de la moralité, vous m'en avez défini les préceptes, vous! J'ai cru la comprendre, la sentir en moi, et voilà que toutes mes notions sont troublées ; j'ai un voile noir sur l'esprit, un rocher sur le cœur! Diles-moi donc, répondez-moi ! Est-on coupable... bien coupable d'aimer un autre homme que son mari?
i04 L'AUTRE
ci': s A IRE.
Vous en douiez ?
HÉLÈNE
Pourtant... s'il est infidèle le premier ?...
Mais... ce n'est p'.s à l'époux sculenienl que l'on a juré lidélilé! c'est à soi-même et à...
A soi-même? Mais, si l'amour est le dévouement absolu, on peut s'abandonner, se trahir soi-même, se perdre, se damner, comme on dit !
CÉSAIRE
Quelles idées exorbitantes vous avez là!
HÉLÈNE, exaltée.
N'importe, je veux savoir... Je suppose qu'une jeune fille... épouse un homme qui la délaisse et l'humilie et... qu'un autre... se trouvant là... l'aimant avec ardeur... lui fasse oublier... tous ses devoirs... et devienne... tout pour elle... qu'est-ce que... l'enfant, devenu grand, pensera de sa mère et de... l'autre?
CESAIRE , s'essuyant le front.
Attendez! vous me bouleversez! De telles suppositions dans votre cerveau, de telles paroles dans votre bouche... (a part.) Qu'est-ce qui se passe donc aujourd'hui? Est-ce la fin du monde?
HÉLÈNE
Vous ne voulez pas me répondre? Eh bien, moi, je me réponds ! L'enfant pardonnera forcément à sa mère. Mais il ne pourra jamais absoudre l'autre. Ai-je tort ?
CÉSAIRE
Ah! un moment, permettez! L'autre étant le père... il y a le cri de la nature que la voix de la société ne peut étouffer.