‹ L'autreChapitre 120 sur 150 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

GXLlLi^.E, seul.

Non , les tem])S ne sont plus où , reine solitaire , • Sur son trône immobile on asseyait la Terre; Non, le rapide char, portant l'astre du jour, De l'aurore au couchant ne décrit plus son tour ; Le firmament n'est plus la voiàte cristalline Qui, comme un plafond bleu, de lustres s'illumine; Ce n'est plus pour nous seuls que Dieu fit l'univers; Mais, loin de nous tenir abaissés, soyons fiers! Car, si nous abdiquons une royauté fausse , Jusqu'au règne du vrai la science nous hausse ; Plus le corps s'amoindrit, plus l'esprit devient grand ; Notre noblesse croît oi^i décroît notre rang ;

I! est plus beau pour l'homme, infime créature, De saisir les secrets voilés par la nature, Et d'oser embrasser dans sa conception L'universelle loi de la création ,

Que d'être, comme aux jours d'un vaniteux mensonge, Roi d'une illusion et possesseur d'un songe, Centre ignorant d'un tout qu'il croyait fait pour lui, Et que par la pensée il conquiert aujourd'hui.

Soleil, globe de feu, gigantesque fournaise, Chaos incandescent où bout- une genèse.

Océan furieux où flottent éperdus - Les liquides granits et les métaux fondus , Heurtant, brisant, mêlant leurs vagues enflammées Sous de noirs ouragans tout chargés de fumées. Houle ardente, où parfois nage un îlot vermeil. Tache aujourd'hui, demain écorce du Soleil; Autour de toi se meut , ô fécond incendie , La Terre, notre mère, à peine refroidie. Et, refroidis comme elle et comme elle habités, Mars sanglant, et Vénus, Tastre aux blanches clartés, Dans tes proches splendeurs Mercure qui se baigne, Et Saturne en exil aux confins de ton règne , Et par Dieu, puis par moi, couronné dans l'éther D'un quadruple J^andeau de lunes, Jupiter.

Page 1