‹ L'autreChapitre 123 sur 150 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

GALILLrJ. l'Inquisiteuh comm iss Al R E nu sa im or fick. L ' I N Q l I S 1 T E L R .

Un délégué de rin({Liisitiûn.

S'assej-ant.

Écoule, Galilée, avec attention;

Pèse bien chaque mot : la sainte compagnie,

Kn l)làmant les erreurs, reconnaît ton génie;

C'est un présent de Dieu qu'elle sait voir en toi.

Mais dont elle est contrainte à condamner l'emploi.

Car ton ingratitude à Dieu lui-même oppose

Le don qu'il t'avait fait pour défendre sa cause.

Désirant allier à l'intérêt chrétien

Les égards que mérite un nom comme le tien,

Kt frappant à regret, de sa main paternelle,

Le fils trompé plutôt que le sujet rebelle.

Le saint office, envers tes offenses clément.

Veut bien ne t'infliger qu'un léger châtiment.

Si, par un désaveu dans la forme authentique, •

Tu détestes d'abord ta doctrine hérétique.

U lui tciul un iiarcUemin.

[,o voici; prends et lis. — Tu n'auras, devant nous.

' ACTl-: DEUXIEME. 51

Après l'avoir signé, qu'à le lire à genoux ;

Se levant.

Mais, si dans ses erreurs ton orgueil persévère,

Redoute, Galilée, un châtiment sévère.

Quant à croire échapper au sacré tribunal

En te réfugiant sous le manteau ducal ,

C'est folie; en cùt-il le désir sacrilège,

Le duc n'est pas de taille à braver le saint-siége.

GALILÉE

Qui sait!

l'inqlisitkur.

Songe à Bruno; rappelle-toi sa mort, Et, trente ans après lui, prends garde au même sort.

GALILEE, après avoir parcouru des 3-eux la rétractation.

Je rends très-humblement grâce à Leurs Éminences, Et je voudrais agir suivant leurs convenances; Mais quoi! sans outrager Dieu que j'attesterais, Puis-je déclarer faux les points que je crois vrais?

Il n'est de vérité que dans les Ecritures; Tout le reste est erreur, visions, impostures; Ce qu'on croit de contraire à leur enseignement N'est pas une clarté, c'est un aveuglement.

52 GALILÉE

GALILEE

Oui, la fui du chrétien par leur règle est régie;

Leur seule autorité règne en théologie ,

Et l'adoration doit courber nos esprits

Sous les dogmes divins que T.on y voit inscrits;

3Iais le monde physique échappe à leur domaine;

Dieu le livre en entier h la dispute humaine;

Comme il s'agit d'objets qui tombent sous les sejis.

Les sens et la raison s'y montrent tout-puissants;

L'autorité se tait; nul ordre ne peut faire

Des rayons inégaux au centre de la sphère ,

Nul ne peut d'hérésie accuser le compas,

Ni décréter qu'un corps tournant ne tourne pas.

L'œil est juge, en un mot, de l'univers visible.

Si le dogme immuable est fixé par la Bible,

La science répugne à l'immobilité,

Et, mourant dans les fers, vit par la libert(\

11 lui faut le grand jour, l'espace et l'aventure;

Marcher, toujours marcher, ainsi veut sa nature;

Chaque siècle la pousse et la lègue au suivant,

Qui la prend avancée et la porte en avant.

Et, nous qui recevons son antique héritage

Enrichi des progrès accomplis d'âge en âge,

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