ACTE TROISIEME
Qui des traditions habitez les ornières, 0 médiocrités, toujours riches d'amis, Doctes commentateurs des systèmes admis, Pédants, qui dans un livre étudiez les mondes, Et p our qui les erreurs sont en profits fécondes !
•Se levant et allant vers Niccolini et Vivian.
— Soyez contents , amis 1 Oui , je commence à voir
Que deux et deux font cinq, et que le blanc est noir;
Je dirai désormais ce qu'on voudra; j'avoue
Que le Soleil est plat et grand comme une roue ,
Que la Lune en son plein est un visage rond,
Où l'on voit clairement l'œil , la bouche et le front ,
Et tiens pour troublant l'ordre, empoisonnant les âmes,
Quiconque sur ce point se rit des bonnes femmes.
Soyez contents; c'est fait : le savant a vécu.
Il fut un Galilée , un homme convaincu ;
Qu'en reste-t-il? Ce corps qui s'affaisse et se courbe,
Lampe éteinte, ressort détendu, langue fourbe.
Tombant à genoux.
Dieu, qui lis dans mon âme, et qui vois mes combats, Tu sais que le bûcher ne m'épouvante pas, Et que, si pour ta gloire il faut que je périsse. J'irai sans chanceler au-devant du supplice ; Mais, contre les bourreaux solide et ti'iomphant.
86 GALILÉE
.le suis faible et vaincu sous les pleurs d'une enfant,
Et, par ces prompts retours que la nature opère,
.îe cherche le héros et ne trouve qu'un père.
— Tu le sais, ô mon Dieu, j'ai fait ce que j'ai pu;
Mais (juoi ! par certains chocs tout courage est rompu ;
L'homme, qui se soutient tant que ton bras le mène,
\e peut aller plus loin, seul, cpe la force humaine.
Donne-moi donc. Seigneur, la puissance qu'il faut
Pour dompter la nature et vaincre son assaut.
Ou bien pardonne-moi si, faible créature,
J.es pleurs de mon enfant me forcent au parjure.