‹ L'Autriche a voulu la grande guerreChapitre 24 sur 84 · L.i MAGISTRATURE AUTRICHIENNE · texte numérisé non relu

L.i MAGISTRATURE AUTRICHIENNE

leur âge h exécuter les instructions reçues du Gouvernement ou à instruire des enquêtes judiciaires contre les tendances et les personnes déplaisant au Gouvernement, dans l'espoir que leur zèle pourra être récompensé par un siège de juge. Ils sont donc tout naturellement portés à rester, après leur entrée dans la judicature, plutôt les serviteurs du Gouvernement et les exécuteurs de ses instructions que les véritables gardiens de la loi et de l'équité. » La Monarchie des Habsbourg.

Sur le fonctionnement de tribunaux ainsi composés. M. Ernest Denis donne d'intéressantes précisions. Dans le fameux procès de Zagreb, intenté en janvier 1909 pour réprimer la propagande terroriste d'une société secrète serbe, M. Accurti, le procureur général « s'était contenté de copier mot à mot un rapport qui lui avait été fourni par un des adversaires politiques des prévenus », D'autre part, « le président du tribunal, M. Taraboccbia, était un ivrogne de profession, qui courait les cabarets de nuit et dont l'inconduite était la risée de la population. On l'avait choisi parce qu'on était siîr de son zèle. Il insultait les accusés et, sous les prétextes les plus frivoles, les excluait des débats, lescondamnait au cachot et au jeune II interdisait aux avocats de poser les questions les plus nécessaires, leur refusait la parole, leur infligeait des amendes, s'ils se permettaient de maintenir leurs réclamations. Pendant l'instruction, qui avait duré cinq mois, aucun des témoins à décharge n'avait été appelé ; devant le tribunal, les neuf dixièmes des personnes citées par la défense ne furent pas interrogées. — Un témoin proteste contre les paroles que lui a prêtées le juge d'instruction. M. ïarabocchia ordonne son arrestation immédiate: il sera poursuivi pour faux serment, a Cela servira de leçon aux suivants. » — Un autre, s'inscrit de même en faux contre le procès-verbal qu'on lui a fait signer ; il aurait dit qu'il avait lu dans une maison Tins-

cription : Vive Pierre Karageorgevitch 1 — Il ne sait pas lire. Il n'en est pas moins poursuivi pour faux serment et condamné à 10 mois de prison. — Un témoin aflirme avoir vu dans la maison d'un prévenu un portrait du roi de Serbie. — C'était bien le roi ? — Parfaitement, Pierre Yourisitch ! — Même accusalion contre un autre inculpé, qui tient un cabaret. — Vérification faite, il s'agit du roi Gambriaus. — Vous détestez les Croates, dit un juge au docteur Djouritch, et la preuve c'est que vous ne portez pas de cravate. — Le docteur hausse les épaules. — Le procureur général : Il n'y a pas de quoi rire. Il est prouvé que. pendant que vous faisiez vos études, vous ne portiez pas de cravate par haine pour le peuple croate. — Mais, objecte un des accusés, il y là aussi un témoin qui n'a pas de cravate. — Taisez vous, ou prenez garde à vous ! » Trente et un accusés furent c )ndamnés à des peines qui variaient de 12 à 15 ans de prison. « C'était peu pour des crimes de lèse-majesté ou de haute trahison ; c'était beaucoup pour des gens dont le crime consistait à n'avoir pas porté de cravate, il y avait une vingtaine d'années, ou à avoir dans leur arrière-boutique le portrait de Gambrinus. » La Grande Serbie, p. 176 et suiv.

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|A>s le courant de ces cinq dernières années, cinq attentats ont eu lieu en Aulriche-IIongrio.

1° Le l;j juin 1910, une attentat a été commis à Sorajevo contre le général Varcchauin, gouverneur de la Bosnie, par Bogdan Geraitch, sujet autrichien, étudiant en droit à Agram ;

2" Le 8 juin 1912, un attentat a été commis à Agram contre le commissaire royal de Croatie, M. Tsouvaï, par Louka Koukitch, sujet autrichien, étudiant à Agram ;

3° Le "28 septembre 1912, un attentat a été commis contre le baron Skerletz, ban de Croatie, par PUmintcntsiak, étudiant en droit à Agram ;

4° Le 18 août 1913, un attentat a é'é commis contre ce même baron Skerlelz par Stephan Doitoliich, sujet autrichien.

La presse austro hongroise a saisi l'occasion de chacun de ces attentats, (le cinquième est l'assassinat de l'archiduc) pour accuser le peuple, le gouvernement et la cour de Serbie. Mais, après enquête et jugement, (>lle a dû reconnaître qu'elle s'était trompée.

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