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DIRIGEABLES

La tactique de l'air est à Tordre du jour. Il semble préinatuic de discuter les avanta^res respectifs des dirigeables et des aéroplanes en temps de guerre. Dans le doute, qui tient au manque de preuves directes, il est clair que le gouvernement allemand a intérêt .i suivre de très prôs nos progrès dans l'une et l'autre fabrication et à se ménager — du côté des diri ^'cables, comme du côté des aéroplanes — des possibilités d'intervention, de mainmise, soit par sal)otage n" 1, soit par sabotage direct.

il existe, à quebiues kilomètres deCompiègne, une usine allemande de produits chimiques, qui prend en

ce moment, comme d'ailleurs la plupart de ses similaires, un développement considérable. L'Allemagne a, depuis quelques années, monopolisé, en quelque sorte, le commerce de b droguerie et des spécialités pharmaceutiques à la mode. Elle inonde le monde de ses poisons. La liste complète de ceux-ci tiendrait des pages et des pages. L'Allemagne est, d'ailleurs, le pays par excellence de l'intoxication chronique, et l'on ne connaît pas encore en France, Dieu merci comme au delà du Rhin, des villages entiers de morphinomanes ! L'intoxication chronique offre cet avantage — purement commercial — de faire à la fois la fortune des droguistes, qui vendent le poison, et des sanatoria, où on en déshabitue les malades. Mais ceci est un autre sujet qui mériterait une étude de fond.

Donc, et pour en revenir aux environs de Compiègne, cette usine allemande emploie un personnel de fabrication entièrement allemand. Seuls, les manœuvres sont du pays. Elle est dirigée par un Hollandais M . Vis. Elle est la propriété d'une Société anonyme dite Société industrielle des Produits chimiques^ dont le siège social est 10, rue de Vienne, à Paris.

Si j'ouvre V Annuaire des Sociétés par Actions, je vois que cette Société industrielle des Produits chimiques a été fondée au capital social de deux millions cinq cent mille francs, divisés en 2.500 actions de 1.000 francs, entièrement libérées. Les titres sont au porteur et non cotés. La durée est de 50 ans, depuis 1896. Elle a pour objet :

La création d'une ou de plusieurs fabriques de produits chimiques, soit en France, soit à l'étranger ; pri.se ou cession d'intérêt dans d'autres sociétés ; l'acquisition, rexploitation de tous procédés de fabrication, brevets

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et licences ; l'acquisition de tous terrains et immeubles; le commerce, la vente et l'acliat do tous produits et tous brevets, procédés et appareils relatifs à leur fabrication et à leur emploi.

Le conseil d'administration était récemment encore ainsi composé : Membres : MM. H. de Glenck, J. Stroof, E. de Bondelii, J.-C. Ertel, Ch. Kœcblin, H. Oswald, Th. Plieninger, Ch. Schlumberger, Vischer.

L'usine fabrique, entre autres, énormément do dérivés chlorés. Dernièrement, elle s'est mise à la fabrication du chloroforme et elle approvisionne actuellement de ce produit les principales drogueries parisiennes. Elle est située dans la commune de La Motte-Breuil, dans une position stratégique, à l'entrée de la forêt de Compiègne et presque au confluent de l'Oise et de l'Aisne. Elle est gardée comme une forteresse. Personne ne peut y pénétrer, et on ne délivre même jamais aucune autorisation aux personnes étrangères aux services. Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer, à propos des Grands Moulins de Corbeil, dits « Petite Prusse », que c'est là une coutume constante des installations allemandes en territoire français. Alors que nos administrations, usines, maisons de commerce sont ouvertes à tout venant, les Allemands campés en France, avec l'autorisation et la i)rotection du gouvernement français, verrouillent jalousement portes et fenêtres. Ils se barricadent.

Sachez maintenant (ju'à Lu Motte-Breuil, plusieurs de nos dirigeables sont construits et font leurs essais. Le parc aérostatique est contigu à l'usine allemande. Celle-ci produit, comme déchet, d'inmienses quantités d'hydrogène. Elle avait fait récemment, soit à

Clément-Bayard, soit à l'État, des offres exceptionnellement avantageuses pour la fourniture de l'hydrogène destiné au gonflement de nos dirigeables. Ces OFFRES ONT ÉTÉ ACCEPTÉES. Quoi dc plus tentant, en effet, que de s'approvisionner à bon marché et à sa porte même ? Vous retrouverez ici l'ingéniosité, la présence perpétuelle et l'opportunité du fournisseur allemand..., qualités réelles, mais auxquelles il est imprudent de se livrer.

Quand nos dirigeables rentrent au parc, après une sortie, et quand l'opération est un peu difficile, on voit, spectacle touchant, les ouvriers allemands de l'usine allemande prêter leur concours à nos sapeurs du génie, pour la réintégration des ballons au bercail ! La situation est donc la suivante : Nos dirigeables

MILITAIRES SONT CONSTRUITS A La MoTTE-BrEUIL, A DEUX PAS d'une fabrique DE PRODUITS CHIMIQUES ALLE- MANDE. C'est elle qui les fournit d'hydrogène. Les Allemands connaissent a fond toutes les installations du parc aérostatique *

Je laisse à mon 'ecteur le soin de tirer de cette constatation les conséquences qu'elle comporte, non seulement en temps de mobilisation, mais encore en

1. Celte usine ne fournit pas seulement d'hydrogène le parc aérostatique de La Motte-Breuil.

Exemple : Maubeuge est devenu, depuis quelques mois, un centre très important d'aéronautique. Un dirigeable, le /)«/) j/^de-Lôme, et huit aéroplanes garnissent son parc aérostatique. Or, le Dupuy-de-Lôme est alimente en hydrogène par nos vieilles connaissances de l'usine de La Motte-Breuil, succursale do l'Elektron-Chemische de Griesheim-Bilterfold. Cet hydrogène arrive ici en tubes et il est incontestable que l'usine de La Motte-Breuil, chargée officiellement de cette fourniture, demeure en mesure de saboter, à distance et à soq heure, le dirigeable de Maubeuge, comme il lui serait facile, au moment de la mobilisation, de saboter ceux de La Motte-Breuil. (Pierre Dumoulin, Action Française du S février 1913.)

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cas de simple crise diplomatique. En outre, le risque d'incendie des hanirars et des ballons — même avec les meilleures intentions du monde — n'est pas petit dans le voisinage d'une fabrique de produits chimiques. Sans compter le sabotage possible de la fabrication de l'hydrogène et de la canalisation qui la complète.

Une fourniture d'hydrogène impur peut en effet détruire complètement un dirigeable. Or la chose se serait produite à La Motte-Breuil où une enveloppe de dirigeable aurait été mise hors d'usage par la faute de rhydrogène*.

Remarquez que ce scandale de la livraison des dirigeables français à une usine allemande, — sous prétexte d'hydrogène — peut avoir des conséquence* désastreuses. Je lis, dans la Technique moderne une conférence, d'ailleurs fort claire et très bien faite, de M. Camille Matignon, professeur au Collège de France, sous la présidence de M. le général Roques, inspecteur permanent de l'aéronautique militaire. Cette conférence du mercredi 27 décembre 1911 traite De la préparation de Vhydrogène pour les besoins de Vacronautique militaire. On y trouve une description des divers procédés, deux cartes de la répartition des usines à hydrogène en France et dans la région parisienne. On y lit les lignes suivantes :

La Société' des usines de Griesheim, prés de Francfort-su r-lc-Mein, fjui, la i)reinièro, a mis au point un procédé fonctionnant rc^^'ulicrcmcnt pur la préftaration éloctrolytique de la soude, a commencé, dès 18ÎH), à recueillir une partie de son hydrogène.

1. M. Vis, directeur de l'usine allemande ne nous a rien ré|>ondu quand nous avons publié oe reneeigncment dans VAciion Française.

D'après le rapport du professeur Graebe, les usines de Griesheim ont livré aux consommateurs les cubes d'hydrogène suivants :

1899 12.200 met. c.

Et un peu plus loin :

En France, la Société industrielle des produits chimiques, qui exploite, depuis longtemps, à La Motte- Breuil, dans l'Oise, les procédés de Griesheim, s'est préoccupée, en 1910, de faire les installations nécessaires pour recueillir tout ou partie du million de mètres cubes d'hydrogène qu'elle produit annuellement.

L'hydrogène, capté dans un réseau de tuyauterie, subit une épuration avant de se rendre au gazomètre de 1.500 mètres cubes. Un ventilateur chasse l'hydrogène du gazomètre et le conduit dii-ectement dans la manche du ballon.

Une autre partie de l'hydrogène est comprimée à 150 atmosphères, dans des tubes contenant 7 mètres cubes. Par son usine génératrice de gaz léger, La Motte-Breuil est ap}ielé à devenir un véritable port aéronautique où pourront se faire au robinet des gonflements faciles et rapides et où des wagons, cliargés do bouteilles d'hydrogène comprimé, attendront l'ordre de dupart pour s'en aller assurer le ravitaillement. M. Clément a déjà fait construire, à 700 mètres de l'usine, un hangar aux dimensions imposantes, qui peut abriter deux de ses grands dirigeables de 7.000 à 8.000 mètres cubes et qui est alimenté en hydrogène par une con~ duite souterraine venant directement de l'usine.

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Voilà qui est gai ! Pour que la fôte fût complète, il faudrait que les wagons chargés de bouteilles d'hydrogène fussent fournis par la société allemande Orenstein et Koppel (ex-société Decau ville).

Si, au jour de la mobilisation, ces chemins de fer ne fonctionnaient pas, si la conduite souterraine était bouchée, si riiydrogèno impur détruisait les enveloppes des dirigeables, M. Clément et le général Roques s'arracheraient les cheveux. Mais il serait trop tard.

Je répète : pourquoi l'aéronautique militaire ne demande-t-elle pas son hydrogène, soit à des sociétés de construction aéronautique sévèrement contrôlées, soit à des usines militaires? Il est fou de mettre une force nouvelle comme celle-là aux mains de l'ennemi, à la disposition de l'ennemi. Cela est aussi fou que d'accepter comme combustible, dans les forts de la frontière, du charbon allemand livré par des firmes allemandes *.

1. Pendant ce temps, on lit dans le Matin, à propos de la première sortie du dirigeable monstre L-I, à Friodrichi<hafen :

l'j^iquipagfc: est oomp08é de marins foumks au sekvicr des dikiubaulks.

Le sbcret le plus absolu est gardé au sujet de l'ar-

MKMKNT DU UALLON. On SAIT SEULEMENT QU'iL POSSÈDE UNE MITRAILLEUSE.

Le secret de nos dirigeables, hélas ! est certainement moins bien gardé au parc de La Mottc-Brcuil, où l'hydrogène de nos ballons est fourni par la Socu'té Industrielle des Produits Ckimiqucs, simple succursale do la Griesfieim-Elektron.

D'un cùt6, du côté allemand, secret absolu.

Dr l'autre, du cAré français, proximité du parc de

ItlRliiLAliLES et DR l'USINE ALLEMANDE. CANALISATION d'fIYl)ROOi;NE ALLEMAND. PROMISCUITÉ DU PERSONNEL ALLEMAND

DE LA Société Industrielle et du personnel français d'aéuortaiikn militaire.

Quoi coiUraHic, quel scandale ! Quel Français patriote no serait frappé (ie stupeur et d'indi|;natioa!

LA PRESSE REPUBLICAINE AU SECOURS DE l'uSINE ALLEMANDE DE LA MOTTE-BREUIL

Les révélations précédentes sur le parc aérostatique de La Motte-Breuil et l'usine de produits chimiques allemande, sa voisine, qui fournit nos dirigeables d'hydrogène, ont paru dans plusieurs numéros de VAction Française quotidienne du mois de janvier 1912.

Elles ont ému la presse républicaine de l'Oise, moins prudente que celle de Corbeil qui n'a pas osé souffler mot, à ma connaissance, de notre étude sur Lucien Baumann et ses Grands Moulins de Corbeil dits « Petite Prusse ».

Les principaux journaux de la région dont dépend La Motte-Breuil sont : notre excellent et vaillant confrère le Réveil de VOise^ organe royaliste, donc nationaliste intégral, et qui combat avec nous l'espionnage juif-allemand; la Dépêche de VOise, organe de Tex-député Butin, lequel défend éperdument la très suspecte installation de La Motte-Breuil et le Hollandais Vis, directeur de la Société chimique Elektron de Griesheim Bitterfeld ; la Gazette de l'Oise, organe républicain, lequel, plus habilement, d'un ton quasi officieux et en prétextant l'intérêt régional (!), se porte aussi au secours des fournisseurs allemands d'un hydrogène destiné à des dirigeables français; enfin, le Progrès de VOise^,

1. Il convient de citer ici une note comique du Progrès de l'Oise (numéro du dimanche 24 novembre 1912). Ce journal est de ceux qui prirent, au début, contre moi la défense de la maison allemande, jusqu'au moment où les preuves accumu-

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organe libéral. Il est intéressant de voir l'intérêt allemand ainsi soutenu et représenté par deux journaux du régime que Bismarck implanta chez nous.

La Dépêche de VOise déclare qu'elle a pour M. Vis, directeur de cette usine, « une particulière estime », ce qui n'a rien à voir avec la question. Elle ajoute que les habitants de La Motte-Breuil sont très contents de cette usine, point de vue électoral qui prouve simplement leur manque de renseignements ou de clairvoyance. Nous sommes là pour leur ouvrir lea yeux. Elle conclut :

Tout cela ce n'est que propos enfantins. L'Usine dô La Motte-Breuil n'est pas plus allemande que l>ieii

lées du péril qu'elle faisait courir à nos dirigeables fermèrent la bouche à ce bon républicain. Savourez-moi ça :

« Trosly-Breuil. — Une nouvelle école. — M. Vis, dirco- ■ tour de l'usine de produits chimiques de La Motte, vient de « mettre gracieusement à la disj osition de la commune de « Trosly-Breuil, pour y installer une nouvelle école de gar-

• çons, un local spacieux qu'il a faH aménager et qui com « prend un beau mati'nel scolaire.

• M. Vis a, en outre, pris à sa charge le traitement du « maître que l'administration académique a d''signé.

« De son côté, M"» Vis a tenu à offrir un mobilier personnel « pour l'instituteur.

• Cette nouvelle école a été inaugurée lundi «lernier, dans

• l'inliniilé, par M. Deciry, maire de Tro>ly-nreui!, et M. Co- « chct, le svmpalhique inspecteur priniaiie de C'ompiégne. »

Non seulement l'usine de La Motte-Breuil fournit de l'hydrogène à nos dirigeables. Klle fournit encore du mobilier à nos instituteurs! Timeo Grrmanoê et dona /crentes. Si le Progrèê de VOite m'objecte que M. Vis est Hollandais, je lui répliquerai tout aussitôt qu'il agit pour le compte des Allemands et que son usine n'est qu'une succursale de l'ELEHnioN de Grietheim Bitter/eld^ en relations étroites avec l'usine Mbuck, installée comme par hasard au Pont d>^ Moscou à Montereau.. gu'est-ce que M. Merck et madame vont bien offrir au.\ inalitutcurs de Monlereau?

d'autres et elle a fait entrer dans la région de jolies sommes dont les Français profitent.

A cette affirmation d'un patriotisme bien républicain, nous répondrons simplement ceci : l'usine allemande DE La Motte-Breuil n'est qu'une succursale DE l'usine Elektron A Griesheim-Bitterfeld, laquelle approvisionne en hydrogène les dirigeables ALLEMANDS. Le clicf de l'usine de Griesheim-Bitterfeld est membre lui-même du conseil d'administration de l'usine de La Motte-Breuil, laquelle se trouve ainsi — n'en déplaise à la Dépêche de VOise — « plus allemande que beaucoup d'autres ». Quant à M. Vis, directeur de Tusine de La Motte-Breuil, il est en effet, Hollandais, mais son entourage immédiat est allemand. On m'affirme — je n'en ai pas confirmation -^ qu'il a été longtemps professeur en Allemagne. Le directeur qui a précédé M. Vis se nommait Pistor et était Allemand. Il est fréquent que l'Allemand emploie comme pionniers, à la tête de ses succursales en pays étrangers, en France notamment, des Hollandais ou des Belges.

Mais la note rectificative ou prétendue telle la plus importante, et d'un tour quasi officieux, a paru dans la républicaine Gazette de VOise — propriétaire-directeur G. Bourson. M. G. Bourson serait en même temps imprimeur et aurait comme client M. Vis, directeur de l'usine allemande, ce qui expliquerait l'abondance et la rapidité de sa défense de ladite usine. Voici donc le morceau qui a p£u:u dans lu Gazette de VOise du 18 janvier, le lendemain même de mon article et à la suite de sa reproduction :

Cet article appelle plusieurs rectifications. Tout d'abord, M. Vis, l'honorable directeur de l'usine, n'est

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pas allemand, mais hollandais, et il professe pour notre pays la sympathie la plus vive.

Parmi les ingénieurs, il est évidemment des Aile mands, mais il est aussi et surtout des Suisses.

Si l'élément français n'est pas représenté comme i\ le devrait dans cet état-major, la faute n'en est nullement à la société, mais bien à l'insuffisance de nos écoles de chimie industrielle. La chimie, il ne faut pas l'oublier en effet, est surtout une science allemande et en fait les ingénieurs de La Motte-Breuil sont de véritables savants, des chercheurs, tels qu'on en trouve en France, seulement dans nos laboratoires de Faculté. Les savants chez nous dédaigneraient d'ailleurs de faire de l'industrie. Bien à tort, du reste.

M. Bourson me permettra de lui faire remarquer que ce ton dédaigneux à l'endroit de la science chimique française et des chimistes français est, dans un journal français, tout à fait extravagant. La note serait rédigée par un chauvin allemand, ignorant les noms de Lavoisier, Berthelot et autres, qu'elle ne serait pas différente, ni plus comiquement inexacte et liautaine. Mais continuons :

Pour no citer qu'un exemple, l'actuel directeur, M. /is, a fait notamment do véritables découvertes on ce qui concerne la production des rubis artificiels et c'est lui également qui a trouvé le moyen do capter l'hydrogène entièrement et gratuitement perdu jusqu'alors.

La Gazette de l'Oise n'a évidemment jamais entondu parler du Français Moisan, qui s'est occupé, lui aussi, quel<iue peu du rubis artificiel.

Cet hydrogène, ainsi récupéré, peut évidemment être livré à très bas pris, puisque auparavant il était absolument inutilisé. Voilà toute l'explication des offres de la société. Il n'y a là aucun machiavélisme.

Qui a parlé jamais de machiavélisme? J'ai dit et je répète que le voisinage immédiat d'une usine de produits chimiques et d'un parc d'aérostation est un danger permanent d'incendie, que la connaissance, par les Allemands, de toutes les installations d'un parc aérostatique français est un danger d'autre sorte, que l'approvisionnement de ballons français en hydrogène fourni par des Allemands, par une usine allemande, expose la Défense Nationale aux pires sabotages. La question d'économie, quand il y va du salut du pays, est dérisoire. C'est ce même prétexte d'économie qui fait approvisionner en charbon allemand nos forts de la région de l'Est, qui les expose ainsi au désarmement par l'extinction des feux, dès les premières heures de la mobilisation. Je comprends fort bien que les Allemands l'allèguent, ce prétexte d'économie, car il fait partie de leur système d'invasion industrielle, commerciale et d'espionnage. Mais que des Français s'y laissent prendre, voilà ce qui me demeure incompréhensible.

D'ailleurs, si les chimistes sont étrangers pour la plupart, il n'en est pas de même des autres employés et l'on y compte notamment un certain nombre d'anciens fonctionnaires des contributions indirectes.

Quant au Conseil d'administration, que M. Daudet ne se trompe pas aux sonorités étrangères, il comprend d'excellents Français incapables de prêter la main à une œuvre antipatriotique. Certes, il est en majorité cosmopolite, mais dans des consortiums semblables n'est-ce pas la règle? N'est-ce pas l'internationale des capitaux qui ne voit que des aifaires et se préoccupe peu des frontières?

h'Action Française a trop souvent mené campagne contre les capitaux français qui font vivre les Allemands pour ne pas se louer de voir des capitaux allemands faire vivre des Français.

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Car les Français sont extrêmement noinbreux à La Motte-Brcuil. Loin de faire venir de la main-d'œuvre étrangère, on ein])loie tous les ouvriers disponibles du pays et même, à ce point de vue, l'uïiine est un élément très appréciable de la prospérité de la région. Ajoutons que les ouvriers de l'usine sont fort bien traités et que M. Vis et ses collaborateurs ont pour eux les plus grands égards.

M. Vis et ses collaborateurs sont en vérité bien bons. Il ne leur manquerait plus que d'empoisonner ou de manœuvrer à l'allemande leurs ouvriers français! Maintenant la Gazette de VOise pourrait-elle m'aflirmer que l'État-Major scientifique db La

MoTTE-BllEUIL NE COMPTE PAS d'oFFICIERS DE RESERVE

DE l'armée ALLEMANDE? Puisqu'elle veut bien servir d'intermédiaire entre moi et l'usine allemande, ce point serait intéressant à élucider. Par ailleurs, je poserai à mon confrère de l'Oise cette simple question : une usine française pourrait-elle obtenir en Allemagne une situation semblable à celle de La Motte Breuil? L'Alleniaû:ne permettrait-elle une pareille installation française à cent mètres des hangars de ses Zeppelin et en contact avec les soldats allemands chargés de la manœuvre?

Enfin la question de la difficulté des visites à l'usine allemande — comme aux Grands Moulins de Corbeil — et du secret allemand bien gardé, a visiblement ennuyé et embarrassé l'auteur de la note de la Gazette de VOisc. Éroutez-le plutôt:

Quant aux visites, il n'y a rien là que de très naturel Toutes les maisons semblables en font autant. Il y a des secrets de fabrication qu'on ne livre |)a.s aux premiers venus. D'ailleurs, en fait, l'usine est bcaucouj» moins défendue que ne le prétond notre confrère -et, à notre connaissance, un certain nombre de personnalités, dont

l'une au moins très compétente, y ont été admises. Nous nous en tiendrons là, ne connaissant ni le directteur, ni les administrateurs de la société, nous n'avons pas qualité pour présenter leur défense. Nous avons simplement voulu mettre les choses au point et rassurer le public que le pessimisme de M. Léon Daudet pourrait à bon droit effrayer.

Tout cela est très gentil, très bien intentionné à l'égard des Allemands, bien qu'un peu faible comme argumentation. Il est seulement fâcheux que le parc d'aérostation ne soit pas aussi bien gardé vis-à-vis du personnel de l'usine allemande, que celle-ci est bien gardée vis-à-vis des visiteurs indiscrets.

La Gazette de VOise admettra, sans doute, que le secret de l'aérostation militaire française vaut le secret de la chimie allemande !

Autre point de vue, moins important, mais qui démontre, une fois de plus, les complaisances de la République pour l'Etranger campé chez nous : fréquemment, depuis plusieurs années, on eut l'occasion de constater que la rivière d'Aisne, dans la vallée de laquelle est située l'usine allemande, était infectée par les déversements résiduaires des produits chimiques. Les poissons empoisonnés flottaient et flottent ventre en l'air. La Société des pêcheurs à la ligne de Compicgne fit faire des prélèvements et procéda à des analyses. La ville de Compicgne elle-même — qui s'aUmente, en aval du confluent de l'Aisne et de l'Oise, en eau de consommation — s'émut et intervint auprès de l'administration compétente. Ponts et Chaussées, Ministère de l'Agriculture. Ces plaintes légitimes n'eurent aucun résultat. Cela, alors que des sucreries sont inquiétées à tout bout de champ dès que les circonstances les obligent, contre leur volonté, à envoyer

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parfois des eaux résiduaires beaucoup moins nocives dans des cours d'eau sans importance , tels que l'Aronde, le Matz ou le Marquais.

Des influences discrètes, mais certaines, veilleraient-elles donc sur l'usine allemande de La Motte- Brcuil et sur son directeur?

• La Dépêche de VOise et la Gazette de VOise étaient réelleirieiit bien imprudentes de se porter ainsi au secours de l'usine allemande. En elTet, lors des premiers e-sais des dirigeables, à La Motte-Breuil, l'entrée du hangar fut sévèrement refusée à deux officiers de dragons d'un régiment voisin. Le même jour, le Hollandais Vis, pouvait, avec des amis étrangers, visiter le hangar à sa convenance et étudier le navire aérien dans lequel il est d'ailleurs monté plus tard.

Qu'en pense l'ex-député radical Butin, lequel est, m'affirme-t-on, dans les meilleurs termes avec cette usine de La Motte-Breuil que la Dépêche de VŒse déclarait « n'être pas plus allemande que beaucoup d'autres »?

Édifions maintenant l'ex-député Butin sur ses amis de La Motte-Breuil.

J'ai dit qu'elle n'était, cette usine destinée au gonflement des dirigeables français, qu'une succursale de la Chemische Fahrik Elektroiiy laquelle a dans ses attributions, à Bitterfeld, le gonflement des dirigeables allemands. On sait que, dans l'éventualité de la guerre prochaine, l'Allemagne attache plus d'importance aux dirigeables qu'aux aéroplanes. Elle les assimile volontiers aux cuirassés et compare les aéroplanes aux torpilleurs ce qui semble, d'ailleurs, ime image inexacte et forcée.

Quoi qu*il en sc-it, je vous présente Herr Doctor

Ignatz Stroof, vice-président de la Société de produits chimiques de La Motte-Breuil, dont le siège social est 10, rue de Vienne, à Paris. Le doctor Ignatz Stroof est également vice-président de la Chemische Fabrik Griesheiw Elektron et de olusieurs autres sociétés a DuisDourg et a Berim, aont l'énumération serait fastidieuse.

M. J.-C. Ertel, de l'usine de La Motte-Sreuil, est lui aussi, un gros personnage industriel allemand, propriétaire-gérant de la firme Ertel Bieber und C° des ■ usines de cuivre de Hambourg, de la Vereinsbank de • Hambourg, vice-président de la Metallurgische Ge~ sellschaft de Francfort, etc., etc., et, enfin, administrateur de notre Chemische Fabrik Griesheim Elekiron.

M. Th. Plieniger, de l'usine de La Motte-Breuil, est vice-président des Duisbûrger Kupferhûtte de Duisbourg, administrateur de la Société électrochimique de Flix, et enfin, directeur général de la Griesheim Elektron,

Vous me direz que les résidus d'hydrogène de si importants personnages ne sont pas à dédaigner et que nos dirigeables français ont de la veine d'être gonflés par eux. Je vous répondrai qu'en cas de mobilisation, la garantie n'en serait pas moins des plus médiocres, et je rappelle ici la phrase prodigieuse de

Gazette de VOise (propriétaire-directeur, G. Bour-

n), qui écrit froidement:

« Quant au conseil d'administration, que M. Daudet ' ne se trompe pas aux sonorités étrangères, il

'omprend d'excellents Français incapables de prê-

: er la main à une œuvre antipatriotique. »

Si ces lignes tombent sous les yeux de MM. lûrnatz

troof, J.-C. Ertel, Th. Plieninger, H. Oswald, ou

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Schiumberger Viescher, je crains positivement qu'ils

ne crèvent de rire , tout comme un dirigeable

français gonflé d'hydrogène allemand, le jour do la déclaration de guerre.

Les fameuses rectifications de M. G. Bourson, de la Gazette de VOise étaient donc ainsi réfutées une première fois dans VAction Française du 31 janvier

M. G. Bourson ne se tint pourtant pas pour battu et voici l'apologie de La Motte-Breuil telle qu'elle fut présentée alors par le germanophile directeur de la Gazette de VOise :

M. Léon Daudet, rédacteur en chef de VAciion Françaisej revient aujourd'iiui dans son journal sur la question de l'usine de La Motte-Breuil et consacre la majeure partie de son leader article à la réfutation de nos arguments.

M. Léon Daudet nous accuse notamment d'avoir calomnié la science française en pi'étendant que l'Allemagne nous est mallieureusement supérieure dans le domaine pratique de la chimie industrielle.

Cela n'est, hélas! que trop exact. En chimie comme dans trop de sciences, d'ailleurs, les découvertes initiales sont généralement dues aux Français mais l'application en est, non moins généralement, laissée aux étrangers. Ce n'est pas manquer de patriotisme que de constater ce défaut, exagération d'une belle qualité do désintéressemcnl, et il vaudi'ait mieux tâcher d'y remédier que de le nier, puérilement.

La Gazette de VOise ne disait plus que « la chimie, il ne faut pas l'oublier, en effet, ost surtout une science allemande. » Elle s'était, sans doute, mieux renseignée sur le rôle plus que modeste de M. Vis en ce qui concerne la production du rubis artifici-el et la capt^tion de l'hi'droi'cne. M. Bourson n'a qu'à

aller faire un tour dans le laboratoire du professeur Verneuil, savant français, aux Arts et Métiers. Il sera édifié sur le véritable auteur des découvertes quant aux pierres de synthèse. Il verra ensuite où est la « puérilité » des arguments.

La Gazette de l'Œse continuait :

Ceci dit et une fois réglé, nous ferons remarquer à M. Léon Daudet que la fabrique de produits chimiques n'est pas venue se placer près du parc aérostatique. C'est le parc qui s'est installé auprès de l'usine, et celle-ci ne saurait évidemment être rendue responsable d'un état de choses qu'elle n'a pas créé.

Ce parc n'est pas surveillé ! s'écrie notre confrère. En admettant même la vérité de cette assertion, il faudrait s'en prendre à la station aérostatique, l'usine n'a rien à voir là-dedans.

En une phrase toute fleuriede conditionnels, M. Daudet insinue ensuite, sans l'affirmer d'ailleurs, que l'usine est une filiale de celle qui en Allemagne fournit d'hydrogène les ballons allemands.

Nous ne reniseignerons pas M. Daudet sur ce point, que nous ignorons autant que lui, mais nous pouvons affirmer en tout cas, que la liste des chimistes et ouvriers qui seraient, kn Cas de guerre, « utilisés » a La Motte-Breuil, a la fabrication de l'hydrogène est

DÉPOSÉE au ministère DE LA GUERRE ET QUE CETTE LISTE NE COMPREND PAS d' ALLEMANDS 1.

1. A propos de cette déclaration si curieuse de la Gazette de l'Oise, nous avons reçu la lettre suivante qui émane de quelqu'un de bien renseigné ;

« Votre adversaire a répondu une sottise. Toutes les usines françaises dont les produits intéressent la défense nationale doivent remettre chaque année, au ministère de la Guerre, une liste de la partie de leur personnel français qui serait nécessaire en temps de guerre pour la fabrication, et qui, comme telle, doit être soustraite à la mobilisation. Cette limite, étant donné son but, ne doit donc contenir que des noms de Français. Si l'usine, en cas de guerre, doit marcher avec dix

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Sur le premier point, priorité de rinstallation, je réponds qu'une enquête serait nécessaire, — à vous, Jacques Grumbacli ! — afin de déterminer dans quelles conditions s'est produite la remarquable coïncidence de La Motte-Breuil, — parc aérostatique contigu à l'usine depro<]uits chimiques, — coïnci'lence calquée sur celle de Griesheim Bitterfèld. Avec cette difTérence toutefois qu'à Bitterfèld, l'hydrogène allemand gonfle des ballons allemands, au lieu qu'à La Motte-Breuil, l'hydrogène allemand gonfle les ballons français. Il y a là un de ces hasards, heureux pour l'Allemagne, malheureux })Our la Franco, dont une recherche approfondie dans les dossiers du ministère de la Guerre donnerait, sans doute, la clé. Si nous avions encore un Bureau des Renseignements, j'aurais plus de confiance dans son activité, je l'avoue, que dans celle du juif qui a nom Jacques Grumbach.

A défaut de ce bureau de renseignements qui n'aurait du reste peut-être pas toute liberté de la Hépublique pour pousser par trop loin ses investigations, nous poserons la grave quçstion suivante :

Qui donc s'est entremis pour préconiser et favoriser cette installation du parc aérostatique, si préjudiciablo

Français et trois cents Allemands, les noms des dix Français à ne peu mobiliser doivent être remis au ministère de la Guerre; mais cela n'empêchera aucunement les trois cents Allemands d'être employés à l'usine pendant la guerre. »

La Gazette de l'Oise nous faisait donc une objection absurde, soit que celle-ci vint de son cru, soit qu'elle li; eût été soufflôe par un des élraiipors de l'usine, M. Vis ou un autre, ainsi que la faute de français grossière uriLisés au liiMi " r.

li imalité administrative serve

d'argument aux Allemands cl aux défenseurs des Allemands. On ncnt '>p..,^..o;..|. ainsi le d'^"'" '-^ r^"^'-'^^ des uns et des autres

NOTRE AÉRONAUTIQUB 101

aux intérêts de notre défense nationale ? Qui donc a fait les démarches ? Qui donc a poursuivi de sollicitations, au ministère de la Guerre et ailleurs, ceux dont dépendait une aussi criminelle décision ? En d'autres termes, quels sont, dans cette région, les mystérieux protecteurs de M. Vis et de ses Allemands, qui donc écarte soigneusement les cailloux, les pannes et les accidents d'automobile sur la voie triomphal© qui mène la firme Griesheim Elektron de Bitterfeld à La Motte- Breuil, en passant par notre Défense Nationale ?

Quant à mes insinuations et à mes conditionnels, la Gazette de VOise doit être fixée aujourd'hui. A moins de publier les portraits et biographies complètes des Allemands qui administrent conjointement La Motte-Breuil et Griesheim Bitterfeld, je ne sais pas quelles précisions de plus j'aurais bien pu lui offrir.

Résumons-nous : il y a, à La Motte-Breuil près Compiègne, une fabrique allemande de produits chimiques, dirigée par un Hollandais du nom de Vis, laquelle n'est que la succursale de la Chemische Fabrik Elektron de Griesheim Bitterfeld.

L'usine de Bitterfeld a dans ses attributions le gonflement des dirigeables allemands, à l'aide du gaz hydrogène résiduaire.

L'usine de La Motte-Breuil a dans ses attributions le gonflement des dirigeables français, à l'aide du gaz hydrogène résiduaire.

En cas de guerre, plusieurs de nos dirigeables seraient à la merci de l'Allemagne, grâce à cette combinaison très simple qui remet à nos ennemis allemands le soin de les gonfler. Je dis à leur merci : soit par privation d'hydrogène {sabotage n* 1), soit

par corruption du même hydrogène {^(tbotage n* 2). Il ne faudrait peut-être pas trop compter sur le petit personnel italien de cette fabrique allemande pour contrecarrer les volontés et les ordres d'en haut.

Qu'en pense M. Edouard Herriot, maire de Lyon, qui écrivait il y a quelque temps, dans le Joitmaides Letellier, un pressant article sur « notre flotte aérienne t ? '

Mais on m'affirme que les mêmes mystérieux protecteurs solliciteraient actuellement sur les instances du Hollandais M. Vis, pour la prochaine adjonction au parc des ballons d'une station d'aéroplanes ! Ainsi, quand le savant chimiste, le Doctor W..., officier de réserve, m'assure-t-on, dans l'armée allemande, viendrait à La Motte-Breuil, il aurait le plaisir d'assister à lu fois à des expériences de dirigeables ©t à de expériences d'aéroplanes.

Je demanderai à M. Edouard Herriot, maire de Lyon, auteur de l'article précité, si c'est ça qu'il appelle placer les centret d'instruction aéronautique à proximité des grands ccjxtres militaireê? L'inHldUa.tioi), à La Motte-Breuil de la Griethcim Elcktron do MM. Stroof, J.-C. Ertel, Plieningeret Cie peut être, en ^ffet, considérée comme un grand centre ohimicomilitaire allemand.

AÙRO PLANES

Nos aéroplane*? du moins échappent-ils à l'ingérence étrangère?

S'ils y ont échappé au début, il semble bien que |3tto situation soit appelée sous peu à se modifier.

Par, des moyens détournés, l'Allemagne s'efforce

NOTRE AÉRONAUïiCiUB 103

de prendre position dans cette nouvelle et importante branche de notre industrie militaire.

Cette question a fait l'objet d'un article de notre collaborateur Pierre Dumoulin, dans V Action Française du 30 septembre 1912.

On sait quelles espérances on fonde, en France, d'une manière peut-être exagérée, dans l'état actuel de la science, sur le rôle que nos aéroplanes seraient appelés à jouer en cas de guerre.

Il n'est pas contestable que cette nouvelle arme doive donner le maximum de résultats pratiques que Ton peut attendre d'un outil encore fort imparfait surtout grâce à la surprenante habileté professionnelle de nos aviateurs tant civils que militaires.

Telle quelle, cette arme est appelée à rendre de grands services.

Le principal rôle qui lui est attribué semble être de renseigner les armées sur l'importance, la situation, les mouvements des troupes adverses, renseignements d'autant plus précieux qu'ils seront transmis plus rapidement et avec plus de précision par l'officier observateur. Or, si les aéroplanes doivent interrompre leurs randonnées aériennes pour atterrir, ils perdent alors un temps précieux, les conditions atmosphériques n'étant pas toujours favorables ; de plus le mouvement des armées leur échappe momentanément. Ainsi apportés dans des conditions défectueuses, les résultats de leurs explorations risquent de perdre une grande partie de leur valeur d'utilisation.

En somme nos aviateurs doivent remplir, à l'égard de nos armées un rôle analogue à celui du périscope de nos sous-marins.

On a donc été amené tout natin^ellement à recourir

à cette admirable invention qu'est la télégraphie sans fil et on a cherché à munir nos avions d'appareils facilement transportables, pouvant se tenir en communication constante avec des postes de T. S. F. situés à terre. C'est à la Compagnie Générale radio-télégraj'hique (brevet Lepel) que l'Administration a commandé les appareils de nos postes de T. S. F. les plus importants. Or, l'administrateur de la Compagnie G('riérale radio-télégraphique fait partie du Conseil d'administration de la Compagnie Universelle de télé; phonie sans lil, et Ton raconte qu'il ne cache pas, ïr\siis annonce, au contraire, ouvertement son intention de faire absorber la petite compagnie par la grande Compagnie Universelle. De sorte, qu'à la place d'une société en grande partie française, nous allons avoir une société surtout allemande et que c'est elle qui, vraisemblablement, va fournir d'appareils de T. S. F. nos aéroplanes militaires.

Qu'est-ce donc que la Compagnie Générale radiotélégraphique?

C'est un société anonyme à capital assez faible.

Le brevet de télégraphie sans fil qu'elle exploite vient d'Allemagne. L'inventeur est un nommé Lepel.

On a prétendu que cet appareil était assez perfectionné pourdonncr unedirection aux ondes hertziennes et, par consé<|uent, ])our empocher celles-ci d'être captées par un poste voisin ou ennemi.

Prétention erronée, puis(|ue des expériences faitesur les côtes de la Manche ont démontré que cette dire< tion des ondes n'est possihle qu'à de petites distances. Ltc'est cependant à l'invention de l'Allemand Lepel que e gouvernement de la République a donné la préférenee et ce sont ses appareils dont on a muni nos postes de la Tour Eitïel, de Bordeaux, d'Ajaccio, de Dakar et de Tanger. Cette préférence est d'autant plus étrange qu'au point de vue de a télégraphie sans fil, la France,

patrie du grand Branly, n'est aucunement en retard sur l'Allemagne.

Mais ce n'est pas tout. La Compagnie générale radiotélégraphique possède à Paris, rue des Plantes, un laboratoire. La cliose, en elle-même, n'est pas extraordinaire : la société du Télégraphe Multiplex, possède aussi le sien, rue Henri-Monnier. Seulement, de ce côté, nous sommes bien tranquilles, puisque le chef de laboratoire est un officier français, le même précisément qui commande le poste de la Tour Eiffel.

11 n'en est pas de même rue des Plantes. Il s'agit là d'un appareil allemand, dont le maniement ou les répa rations peuvent exiger la présence d'un ingénieur allemand. Nous avons vu le cas se produire pour des appareils infiniment moins délicats. Or ce poste, comme tous les postes et, sans aller plus loin, comme ceux que tout ingénieur peut créer dans son grenier, ce poste peut capter des ondes et, par conséquent, saisir des communications.

Voyons maintenant ce qu'est la Compagnie Universelle qui doit — affirme-t-on — absorber la Compagnie Générale.

La Compagnie Universelle de télégraphie et de téléphonie sans fil est une société anonyme française au capital de dix millions. Nous allons voir à l'instant de quelle manière imparfaite cette nouvelle compagnie est « française ».

Elle a pour but : l'organisation et l'exploitation commerciale de communications radiotélégra])]n(|ues à grande distance et nottmiment des communications transatlantiques par l'emploi de la machine à h.-iuto fréquence du système du professeur Rudolf Goldscluniùt.

Arrivons maintenant au Conseil d'administration de la Compagnie Universelle.

Voici d'abord un technicien, M. Bordelongue, ancien

directeur des services télégraphiques axi ministère des Postes et Télégraphes, puis M. Paul Dislère, président de section honoraiie au Conseil d'État; un savnnt très honorablement connu, M. d'Arsonval, du Collège de France; M. E.-G. Suis, administrateur en chef des Postes et Télégraphes. Puis trois gros juifs, Lazare Weiller, yîarcellilodi .^dïrecteurde la Banque transatlantique, L't M. Emile Cohn, de Berlin. Puis, M. Julius Drucker, industriel à Brûnn (Autriche-Hongrie); Robert Held, directeur de la Compagnie Lorenz, de Berlin; et enfin, M. Curt Sobernheim, directeur de la Commerz und Disconto Bank de Berlin. Ce dernier nom est significatif.

La Compagnie Universelle est fondée au capital de dix millions. Or, la Commerz und Disconto Bank de Berlin a souscrit plus de la moitié de ce capital, c'està-dire cinq millions et quelques centaines de mille francs. En d'autres termes, elle s'est assuré la haute main sur la Compagnie et c'est ainsi que nous voyons son directeur occuper, dans le conseil d'administration, le fautt.'uil de vice-président.

Or, pourquoi la Disconto Bank s'est-elle assuré une aussi grande part d'intérêts dans la nouvelle société? Pour les beaux yeux des Français? Je ne le pense pas. Pour gagner de l'argent? Il semble bien qu'une science telle que la télégraphie et la téléphonie sans fil, à TV > où elle est, soit plutôt utilisée par les gouvernemei.s pour la défense de leur pays, que par les hommes d'affaires à des fins commerciales.

Me trompé-je beaucoup en affirmant que la Disconto Bank poursuit plutôt une œuvre patriotique qu'une aiTairo — et, après tout, f)ourquoi les deux intérêts ne mair-heiaiei»t-ils pas (1« t»;iir

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