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mait pas, mais on l'employait. Gardant toujours quelque chose d'interlope et de subalterne, il maqui'pionnerait de hauts accommodements. Dans l'occurrence, Bonaparte approuvait fort son initiative; il l'avait peut-être secrètement provoquée (1). Rien ne lui plaisait autant que de voir le clergé s'essayant au rôle de pacificateur et un prêtre travaillant à lui amener la Vendée. Dernier se rapprocha d'Hédouville et obtint des pouvoirs; aux chefs vendéens, Autichamp, Suzannet et les autres, hésitants d'ailleurs et partagés, il imposa son
entremise (2).
Les deux difficultés capitales restaient la promesse de fidélité exigée des prêtres et la question des armes. Sur ces deux points, les Vendéens ne cédèrent pas, et ce fut Hédouville qui prit sur lui de transiger. Il fit entendre que le gouvernement, sans rapporter l'arrêté qui obligeait les prêtres à la promesse, ne tiendrait pas strictement la main à son exécution. Pour les armes, il spécifia que les choses se passeraient ainsi; les rassemblements de révoltés se dissoudraient, les hommes rentreraient au foyer, mais on laisserait des fusils à tous les propriétaires de termes et métayers, pour leur défense contre les voleurs et malandrins qui rôdaient de tous côtés. En réalité, c'était laisser en armes la majeure par>le des insurgés; il suffirait qu'au printemps les armées de la République fussent périlleusement aux prises avec l'ennemi du dehors pour qu'on vît luire des fusils derrière chaque buisson de la Vendée et se rallumer l'inextinguible guerre.
Devant ces conditions, les chefs de la Vendée se réunirent au bourg de Monltaucon pour en délibérer. La scène fut émouvante, très animée, car la guerre à outrance conservait ses partisans. On s'était réuni au rez-de-chaussée de la maison Thenaisie, dans le milieu du bourg. Au dehors, des gars faisaient bonne garde et surveillaient les approches, le fusil en arrêt. Gomme la température était glaciale, les chefs se tenaient pelotonnés autour du feu qui brûlait dans une vaste
(1) Voy. ('ommenlaires de Napoléon P', IV, p. 16:5.^ (i) Chassin, les Pacifications de l'Ouesl, III, p. 5^8-531).
CONTRE LE KOYALlbME 99
cheminée à la mode du pays; tout en discutant avec passion, avec colère, ils lançaient des bûches dans l'àtre, pour attiser la flamme, et ils les lançaient avec une telle violence qu'on montra longtemps comnaent ces coups furieux avaient entaillé les parois de l'onte et meurtri le métal (1). Il y eut des gestes courroucés, des tables renversées, et à l'issue de la conférence la maison parut comme saccagée. La paix sortit cependant de cette altercation; la majorité des cliefs reconnut douloureusement la nécessité de la conclure; elle fut acceptée par ces rudes hommes, non subie. A Angers, lorsque l'événement fut connu, il y eut le soir au théâtre grande manifestation en l'honneur d'Hédouville et transport de joie.
Sur la rive droite de la basse Loire, au-dessus de Nantes, Châlillon commandait à des cantonnements épars. Des détachements républicains marchaient contre eux. Avant même l'expiration de la trêve, il y eut un heurt à Blain, où quelques Chouans périrent. Laissés à découvert par la défaillance de la Vendée, Châtlllon et ses chefs de légion, Brigis, Ménard, Quatrebarbes, les deux d'Andigné, se mirent à négocier; le 30 nivôse-20 janvier, à Candé, ils adhérèrent aux bases de Montfaucon, réclamèrent et obtinrent les mêmes conditions que la Vendée; ils signèrent pour les divisions royales « de la Haute-Bretagne et Bas- Anjou (2) . »
Au-dessus d'Angers, dans le Maine, Bourmont conservait une force assez compacte. Une forte colonne républicaine, commandée par le général Chabot, sortit de Laval pour le combattre. Le surlendemain, elle l'atteignit au bourg de Meslay, où il avait réuni le gros de ses forces; on se fusilla trois heures, puis la 30* demi-brigade chargea impétueusement les Chouans et les mit en déroute. Bourmont y laissa son cheval; les paysans des environs virent passer plus de trente voitures emmenant des blessés.
Bourmont parlementait déjà, bien que son lieutenant Chappedelaine eût remporté un sérieux avantage à Foullo-
(1) Chassin, les Pacifications de l'Ouest, III, p. 536-55. {^} Ibid., III, p. 538.
100 L'AVEJNEMENT DE BONAPARTE
tourte. Après avoir pendant plusieurs jours discuté et ergoté, Bourmont fit savoir qu'à raison des adoucissements consentis il entrait dans la paix de Vendée, souscrivait à cette paix sans désarmement que tous les commandants royaux avaient intérêt à prendre pour modèle et pour type. Le vieux La Prévalaye avait accédé déjà pour la région de Rennes. Autour de Fougères, Piquet du Boisguy commandait et s'était fait par ses cruautés un renom atroce ; après avoir poussé une pointe victorieuse dans la Manche, il se laissa battre à Parigné et fléchit à son tour. Pour les Gôtes-du-Nord, Pontbriand vint taire sa soumission auprès de Dinant.
Georges cependant tenait ferme et se rencognait dans son Morbihan. Brune préparait contre lui une concentration de troupes. Dans la basse Normandie, encore dégarnie de renforts républicains, le département de l'Orne restait dominé par Frotté et ses légions paysannes; des contingents volants guerroyaient dans la partie inférieure de la Manche, d'autres et notamment la légion du Perche infestaient les confins d'Eure-et-Loir, de la Sarthe et de la Mayenne. L'Orne et le Morbihan, c'étaient deux taches blanches qui se marquaient encore au milieu de l'envahissement tricolore. Dans les autres départements insurgés, si des bandes sans cohésion ni discipline continuaient à courir le pays, les hostilités réglées avaient pris fin par une série de soumissions partielles.
Bonaparte admettrait-il les conditions accordées parHédouville? Des deux concessions faites, celle qui regardait les prêtres ne répugnait nullement à sa politique ; celle qui concernait les armes allait directement contre sa volonté. Lorsqu'un aide de camp vint à Paris plaider la cause d'Hédouville, le Consul lui dit crûment, à propos des armes : «Vous vous f. .. du monde!...; je laisserais ce pays en état, dans une circonstance difficile (c'est-à-dire dans le cas d'une campagne douteuse sur le Rhin et les Alpes), de gouverner le gouvernement. J'ai des forces en ce moment; il faut que ce pays soit dans l'impuissance de s'insurger et que les troupes soient disponibles. Nous n'aurions rien fait sans cela... Je ne
serai pas assez fou pour ne pas profiter du moment où je le puis, pour m'assurer de ce pays (1). » Au fond, il se sentait moins fort dans l'Ouest qu'il ne voulait le paraître, et ce chef impatient sut encore une fois se contraindre. Tout en se réservant de pousser contre Cadoudal et Frotté avec la dernière vigueur, il ne désavoua pas les accords passés par Hédouville pour la Vendée et les rives de la Loire.
Il calculait l'avanta^je moral que lui vaudraient ces premières soumissions, si imparfaites qu'elles fussent. La demipacification obtenue apparaîtrait à la France comme une pacification complète, le grand nom de la Vendée y aidant. Par son formidable passé, la Vendée avait pris dans l'imagination publique une place, une signification capitale; il semblait même qu'elle se fût matériellement et démesurément agrandie, allongée ; depuis la Gironde jusqu'aux embouchures de la Seine, pour désigner les pays insurgés, on disait communément la Vendée. A savoir que la Vendée avait faibli, on crut que l'Ouest entier s'inclinait. Pour beaucoup d'espérances, ce fut un coup de massue.
Les soulèvements auxiliaires, les diversions tentées dans le Sud-Ouest n'avaient pas réussi. Dans la Haute-Garonne, les autorités n'avaient eu affaire qu'à des troubles partiels, à des essais d'émeutes rurales, facilement réprimés (2). Dans le Midi provençal, les affaires du royalisme n'avançaient guère; si l'organisation se consolidait, le metteur en branle, le général Willot, se faisait attendre. Il avait quitté la Souabe avec l'intention de se rendre à Turin et de là en France, mais l'Autriche l'avait obligé à un grand détour en le mandant à Vienne, soi-disant pour concerter avec lui un plan d'opérations (3). Dans la vallée du Rhône et la région lyonnaise, les chefs désignés pour créer des centres d'insurrection n'arrivaient pas à s'accorder, se disputaient des fonctions nomi-
(1) Lettre de Bernier à Hédouville, 30 pluviôse. — Chassin, les Pacificatiom de l'Ouest, III, p. 573-74.
(2) Rapports départementaux. Archives nationales, FIG, III. (3j Lebon, l'Angleterre et l'émigration française, p. 284.
102 L'AVLiNEMENT DE BONAPARTE
nales et des commandements sur le papier. A Paris même, la conspiration anglo-royaliste persistait, mais renonçait aux manileslations d éclat et, après avoir g^aspillé beaucoup d'argent, se renfonçait dans les dessous.
L'absence du prince toujours attendu, réclamé, invoqué, causait une déception mêlée d'irritation. Depuis neuf ans, le comte d'Artois s'annonçait et n'arrivait pas; la spécialité de ce chef du parti d'action était de n'agir jamais. Dans le parti, on savait que des chefs de l'Ouest étaient allés récemment eu Angleterre, résolus à tout pour ramener et presque enlever le prince ; ils étaient allés le supplier de se confier à eux, de se jeter en France, fut-ce sur un bateau de pêche, sans attendre la douteuse flotte d'Angleterre qui devait le convoyer solennellement. A ces ardentes tentatives, les conseillers de Monsieur avaient opposé en son nom des paroles glacées. Les princes, avaient-ils dit, n'étaient point laits pour se commettre en pareille aventure. Ces gens de l'entourage préféraient vivre commodément à Londres et se faire de l'exil une carrière (1) . Par eux, les décisions étaient amollies, émoussées. Les Bourbons avaient-ils donc rompu avec les traditions de leur grand aïeul? On ne reconnaissait plus le sang de Henri IV en ces princes ankylosés.
Dans la plupart des provinces, la masse non engagée dans les partis, dégoûtée de la Révolution mais aspirant surtout au repos, s'abandonnait à Bonaparte. Pour elle, Bonaparte, c'était encore la llévolution, mais la Révolution commençant à s'apaiser, à se coordonner, et la nation exténuée jouissait de ce répit. Les agents contre-révolutionnaires détestaient cette large politique consulaire qui calmait les esprits : « La
(1) Mme Danjou écrivait d'eux : • Ils 8on( bien à Londreg, n'y manquent de rîen, quand Monsieur y est presque aux expc-ditiUs. .. lis font les entendus, le» importants, jouent un rôle qui satisfait leur petite vanité, et contents de faire la contre-révolution par de longs raisonnements et des plans qui n'ont pas le sens commun, sans sortir de leurs appartements, ils en conHent l'exécution au hasard, préfèrent la fumée de Londres à celle de la poudre à canon... Ils préféreraient sûrement jouer le même rôle à Versailles, mais on voudrait y arriver sans peines, risques, fat'gues... « — Lettre à d'Avaray, 8 mai !KOU.
perfide modération du Consul, sa feinte modération (1) , la lig^ne de modération qu'il tient (2) " , ces mots revenaient à chaque instant sous leur plume exaspérée. L'apathie des masses leur était sujet de désolation. Ils sentirent la nécessité de reculer leurs tentatives jusqu'au commencement de l'été, c'est-àdire jusqu'à l'époque où la reprise des hostilités aux frontières, avec ses chances toujours incertaines, remettrait en trouhle l'esprit public. Actuellement, il ne s'agissait plus que de réserver ses moyens. Une lettre écrite par d'André montre bien pour quelles raisons l'effort royaliste mollit et s'ajourne : « La douceur apparente du gouvernement, la catastrophe de la Vendée, l'absence de nos princes, le silence des puissances sur le rétablissement de la monarchie, lout décourage l'intérieur abattu (3). »
(1) Letties de Mme Danjou, 1" avril et 8 mai.
^2) Correspondance des agents de Condé, 2 janvier 1800. Archives de Cban» tilly, série Z.
(3) DACDiiix, les Emigrés et la Seconde coalition, p. 260.