A RENÉ-MARC FERRY
EN SOUVENIR DE « MINERVA y> qu'il a fondée et dirigée
Mon cher ami, j'hésitais bien à vous ojffrir ce petit livre qui me vaudra la calomnie des pires et l'inattention des meilleurs, qui ne sera pas lu par les intéressés, ou qui sera moqué par ceux qu'il voudrait avertir. Mais vous êtes du petit nombre qui s occupe d'avoir raison. Peu vous importe de savoir si nous serons bien vieux ou si nous serons morts quand V événement nous apportera son témoignage ! Les trois quarts de ces feuilles sont déjà tout à vous. Vous me les avez demandées, en fondant Minerva qui les a publiées, vous avez voulu les voir recueillies en volume. Tous les risques vous tentent. Je publie ma reconnaissance et notre amitié.
Minerva n'a pas eu le sérieux bonheur de vieillir. Mais cinq trimestres lui suffirent pour plaire et pour déplaire considérablement. Du premier jour, elle eut en partage l'éclat. Minerva fut splendide. Vous lui aviez donné tous les avantages e.xtérieurs qui contribuent à rendre douce une bonne lecture ; mais, si j'ai bien compris la manière dont fut dirigée Minerva, ce qui manque de solidité vous aurait déplu. Vous vous appliquiez à produire des spécialités fortes, initiant le grand public au dernier état des questions. Dans son langage simple et clair, Minerva voulait rendre tour à tour les services d'une Revue philosophique, d'une Revue d'histoire, même d'une Revue critique. Elle y mettait ï entrain et la verve de sa jeunesse. Belle et vive, enivrée des passions de l'intelligence, on peut dire qu'elle -a aimé la justesse, la raison et la vérité. Très beaux mots à graver sur le marbre d'une épitaphe ! Mais celle-ci comporte également de très beaux noms. Vos collaborateurs furent en nombre, et bien choisis. Vous aviez Paul Bourget, et Maurice Barrés. Vous aviez Maurice Croiset, le général Bonnal, Gebhart, Sorel, Frantz Funck- Brentano. Vous aviez Judet, Moréas, Plessis et
Lionel des Rieux . Vous aviez Faguet et Bainville . Vous aviez Charles le Goffic, Pierre Gauthiez, Henry Bordeaux . Le ciel, qui vous avait conduit chez M. Albert Fontemoing, paraissait disposé à répondre à vos soins habiles :
D'un dextre éclair...
Nous obtînmes notre miracle. Apeine étions-nous annoncés, le sol gallo-romain d'une vieille ville de France s' entr' ouvrit, on vous informa qu'une Pallas de marbre, entière et fort bien conservée, venait d'être rendue au jour . Le présage fut interprété comme heureux. Il Vêtait. La déesse tendrement invoquée ' assista la revue qui se publiait sous son nom . Elle nous épargna les erreurs à la mode, en n&us accordant la connaissance et le sentiment de sa tradition .
Notre chimère fut de croire à la durée d'un coup de bonheur. Nous nous étions imaginé que l'olivier d'Attique et le laurier latin, unis à la mode française, feraient immanquablement accourir les honnêtes gens. Nous ne tenions pas compte d'un petit fait. Les honnêtes gens étaient morts. Cette société polie et cultivée qui fut la parure et le charme de V ancienne vie de Paris n'existe plus. Les étrangers le disent et l'écrivent depuis trente ans. Mais nous ne voulions pas le croire. Plus que