Vhomme de lettres
Devenue Force industrielle, l'Intelligence a donc été mise en contact et en concurrence avec les Forces du même ordre mais qui la passent de beaucoup comme force et comme industrie. Les intérêts que représente et syndique l'Intelligence s'évaluant par millions au grand maximum, et les intérêts voisins par dizaines et par centaines de millions, elle apparaît, à cet égard, bien débordée. Ce n'est point de ce côté-là qu'elle peut tirer avantage, ni seulement égalité.
Tout ce que l'on observe de plus favorable en ce sens, c'est que, de nos jours, un écrivain adroit et fertile ne manquera pas de son pain. Comme on dit chez les ouvriers, l'ouvrage est assuré. Il a la vie à jDeu près sauve et, s'il n'est pas trop ambitieux de parvenir, de jouir ou de s'enrichir, si, né impulsif, tout pétri de sensations et de sentiment, son cœurenfant de qui dépend l'effort cérébral quotidien, est assez fort pour se raidir contre les tentations ou réagir contre les dépressions ou contre les défaites, il peut se flatter de rester, sa vie durant, propriétaire de sa plume, maître d'exprimer sa pensée.
Jq ne parle que de sa condition présente en 1905.
Elle peut devenir beaucoup plus dure avec le temps. Aujourd'hui, elle est telle : débouchés assez vastes pour assurer» sa subsistance, assez variés pour n^être point trop vite entraîné au mensonge et à l'intrigue alimentaires. Aucun grand monopole n'est encore fondé du côté des employeurs ; du côté des employés, aucun syndicat n'a acquis assez de puissance pour imposer une volonté uniforme. Mais gare à demain.