‹ L'avenir de l'intelligenceChapitre 47 sur 61 · Testament · texte numérisé non relu

Testament

•2. Ibid.

3. Son mari avait été condamné à la prison perpétuelle peu de temps après leur mariage.

aimer encore; mais enfin elle n'aimait point et n'était pas femme à se donner sans amour.

Son intelligence était digne du philosophe. Comte s'exagérait la valeur des compositions littéraires, prose ou vers, qu'elle lui avait communiquées, mais nous pouvons citer des maximes touchantes tombées des lèvres ou de la plume de Clotilde, celle-ci notamment fort belle : « // est indigne des grands cœurs de répandre le trouble qu'ils ressentent. » Elle avait éprouvé l'influence comtiste et le montrait, en écrivant, par exemple, de la société : « Ses institutioîis sont respectables, comme le labeur des temps. »Mais une influence aussi pure ne contentait pas le philosophe, dévoré, brûlé d'autres feux. Sa disgrâce, qui serait plaisante au théâtre, fait songer dans le livre aux gémissements les plus pathétiques. On oublie le lai d'Aristote ; l'on ose même rêver de la Vie nouvelle. Le P.Gruber, dans son excellente biographie de Comte, plaisante le pauvre docteur : « Il est malheureux lorsqu'une lettre éprouve un léger retard à la poste. Il numérote toutes les lettres ; il les conserve comme des rehques ; il les relit sans cesse pour mieux goûter ce qu'elles renferment. » Le R. P. Gruber en parle à son aise. Comte n'est pas si ridicule ! La rigueur même des formules qu'il emploie pour se définir à lui-même ses épreuves ne peut éveiller qu'un sourire compatissant, lorsque, par exemple, il rassure M'"^ de Vaux sur les sentiments qu'il lui a voués : « A vingt ans, dit-il, je vous eusse respectée comme une sœur... Pourquoi serais-je aujourd'hui moins délicat, puisque je suis au fond

plus pur qiCalors^ et même plus tendre^ sans être moins ardent * ? » La pauvre femme se défendit, puis finit par céder l'ombre d'une promesse. Elle était mourante. Dans son agonie elle regretta, nous dit Comte % de « n'avoir pas accordé » à Tamour « un gage ineffable ». « Ce regret spontané », ajoute le philosophe que l'amour avait transformé en prêtre et en poète, « me laissera toujours un souvenir plus précieux que n'aurait pu l'être désormais la mémoire trop fugitive d'une pleine réalisation \ »

Le 5 avril 1846, après un an d'intimité, Clotilde de Vaux s'éteignit. Elle ne mourut pas. Elle entra dans « l'immortalité subjective ». Vivant toujours et vivant mieux dans la mémoire d'Auguste Comte, elle s'incorpora par lui au Grand-Etre, qui ne doit jamais l'oublier.

Un tel oubli n'est pas possible. L'Humanité ne saurait oublier que, par cette femme, le philosophe qui formula le positivisme prit une conscience entière de ses aspirations et des aspirations du genre humain. Quelque exagéré que paraisse un tel langage, qui résume celui de Comte, il est de fait que l'amour de Clotilde alluma chez Je philosophe de nouvelles lumières et qui grandirent chaque jour. Le système gagna en étendue, en cohérence, en profondeur. Le sentiment y aviva le discernement, et cette dernière faculté devint ainsi plus prompte à saisir dans toutes les choses

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