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LA ROYAUTÉ

Reste à déterminer comment cet ennemi de la démocratie, de la bureaucratie, du parlementarisme, des principes de la Révolution et du protestantisme même, a pu être républicain. Jusqu'à quel point n'a-t-il pas été royaliste ? La république d'Auguste Comte prend pour devise « liberté et ordre public ». Elle est gouvernée par des hommes d'Etat, « purs de toute croyance anarchique » (Lettre au D"^ Audiffrend) ; elle exclut le Parlement, la centralisation et le plébiscite. Elle est présidée par un dictateur, soumis au régime de l'hérédité sociocratique, c'est-à-dire qui choisit lui-même son successeur. On trou*

FORMULES d'auguste COMTE 317

vera partout le mécanisme du système, qui est expérimenté au Brésil.

Page X de l'Appel aux conservateurs, écrit en 1855, c'est-à-dire trois ans après le Deux-Décembre, Auguste Comte envisage la royauté comme « le moyen de salut le plus extrême » auquel les amis de Tordre pourraient être conduits en un cas, un seul cas bien spécifié, le cas où « l'anarchie parlementaire » se « rétablirait momentanément ». Cette éventualité paraissait alors impossible au philosophe. Il avouait que le retour de cette « anarchie », de cette « aberration » n'était pas concevable. Mais il ajoutait que, dans ce cas, sous la Monarchie nécessairement rappelée pour sortir du désordre, « le positivisme continuerait à se développer en utilisant les propriétés du régime qui protégea le premier essor de la synthèse universelle ». La légitimité lui avait toujours paru fournir le meilleur mode pour instituer la transition organique, et il appelait le ministère de Villèle (1821-1828), «i le plus honnête, le plus noble et le plus libre de tous les régimes sous lequel il eût vécu jusqu'en 1855 ». Il conviait les « âmes aptes à représenter la postérité à ne pas oublier le nom du digne président de la dictature légitimiste ».

L'avantage d'un gouvernement où l'autorité se transmet selon le même mode que la propriété était loin de lui échapper. Il s'objectait que ce régime fut peu populaire. C'est pourquoi, pensait-il, cette monarchie ne pourrait revivre que « passagèrement ». Mais, en 1860, trois ans après la mort de Comte, l'empire devenant libéral rétablit un parlementarisme, qui devint, en 1870, démocratique et républicain, et cette double et triple « aberration anarchique » devait motiver, d'après Comte, la restaura-

tion de la monarchie légitime. Ce péril intérieur était d'ailleurs accompagné d'un bouleversement en Europe. Quatre grandes guerres, en 1859, 1866, 1870 et 1878, fortifiaient des dynasties déjà puissantes, développaient les compétitions nationales et redoublaient l'ambition des empires. Comte se demanderait certainement aujourd'hui si le péril extérieur n'est pas de nature à ramener vers la légitimité non seulement les hommes d'ordre, mais les « inclinalions » de la foule elle-même.

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