‹ L'avenir de la philosophieChapitre 113 sur 265 · Ibid., p. 42S; xcv, remarque · texte numérisé non relu

Ibid., p. 42S; xcv, remarque

6. Discours de Hegel à l'ouverture de son cours à Berlin: Logique, p. loO. « Spinoza avait sublimé l'humain en Dieu; Hegel confie à l'homme le rôle de constituer Dieu avec l'humain même. » Voir Delbos et Blondel, ops. cits.

se décompose en trois termes: thèse, antithèse, synthèse. C'est de la Critique de la Raison pure, de la théorie des catégories, à travers certaines indications de Schelling et surtout de Fichte, que procède la méthode de Hegel. Méthode et philosophie, philosophie et réalité ici ne font qu'un : la logique est en même temps ontologie \ et le même développement de l'Idée,

— la dialectique, — qui la constitue, se répète sous forme concrète dans la Nature et sous forme consciente dans l'Esprit.

Il est inutile de parcourir toutes les séries qu'enferment les doctrines de l'Etre ", de l'Essence et de la Notion dans la Logique, les ordres mécanique, chimique et organique dans la Philosophie de la Nature, et enfin, dans la Philosophie de l'Esprit, l'évolution de l'Esprit suhjectif, — ou de l'Individu

— de l'Esprit objectif, — ou de l'État, — et de l'Esprit absolu

— c'est-à-dire de l'art, de la religion et de la philosophie elle-même; mais il faut insister sur ce fait qu'avec Hegel l'histoire tout à la fois prend un sens défini et acquiert une portée universelle : tout est histoire, et toute l'histoire tend à la philosophie, et toute la philosophie enfin tend au système de Hegel, qui est« l'Idée de l'Idée ». « Dans la forme spéciale de l'histoire extérieure de la pensée, l'origine et le développement de la philosophie se trouvent représentés comme une simple histoire de cette science, et, par suite, les degrés de développement de l'idée y apparaissent comme une série d'événements qui se succèdent accidentellement, ou comme des principes absolument difTérents qui se réalisent dans les divers systèmes. Et cependant celui qui travaille à cette œuvre est, depuis l'origine des temps, le même esprit vivant dont l'activité consiste à se donner la conscience de lui-même et de son essence, et qui, en se prenant ainsi lui-même pour objet, s'élève à son plus haut degré d'existence. L'histoire de la philosophie nous montre, d'une part, dans les divers sys-

\. Elle est « l'esprit vivifiant de tonte connaissance ». Logique, p. 240.

2. La première triade est celle de Vdlre, du non-être et du devenir, le devenir étant l'unité de l'être qui, sous sa forme la plus abstraite, appelle la négation, et du non-êlre. Devenir, c'est être et n'être pas.

ternes, une seule et même philosophie qui a parcouru différents degrés, et, d'autre part, que les principes particuliers de chaque système ne sont que des parties d'un seul et nriême tout. La dernière philosophie dans l'ordre du temps est le résultat de toutes les philosophics précédentes, et doit, par conséquent, en contenir les principes... '. » Ainsi la philosophie suprême absorbe tout le travail philosophique, et son contenu est la réalité même. Ce qui est rationnel est réel et ce qui est réel est rationnel -.

Avec cette conception, de Kant à Hegel toujours plus nette, d'un Absolu idéal qui meut l'univers pour se réaliser, — en sorte que l'histoire proprement dite, celle des hommes, est régie par des lois internes, et que les individus concourent à une fin qu'ils ig-norent ou que long-temps du moins ils ont ignorée, — une difficulté disparaissait, que la philosophie française avait été impuissante à résoudre : tout comme le monde moral était relié à la nature, l'individu se trouvait relié à la société. L'Idéal est l'unité suprême oîi s'évanouissent les oppositions apparentes de substance. Aussi, tandis que pour Rousseau la société — et même la famille — est plus ou moins fondée sur des « conventions », si bien que le législateur, « celui qui ose entreprendre d'instituer un peuple, doit se sentir en état de changer pour ainsi dire la nature humaine, de transformer chaque individu, qui par lui-même est un tout imrfait et solilaire, en partie d'un plus grand tout dont cet individu reçoive en quelque sorte sa vie et son être, d'altérer la constitution de l'homme pour la renforcer, de substituer une existence partielle et morale à l'existence physique et indépendante que nous avons reçue de la nature ^ », pour Fichte, par exemple, l'homme, tout au contraire, « est destiné à vivre en société, il doit vivre ainsi; il n'est pas un

1. Logique, pp. 199-200; xiii. Cf. Préface : « L'histoire de la pliiiosopliie est l'histoire des découvertes de la pensée, louchant l'absolu, qui est son objet », p. 162. Cf. Histoire de la Philosophie.

2. Préface de la Philosophie du Droit et remarque au par. vi de la Logique.

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