Destutt de Tracv
les distinctions d'esprit et de corps. — En même temps que l'homme physique, l'homme social les intéresse : l'inlelligence et le bien-être croissant à la fois, la société ne peut manquer d'atteindre une organisation toujours plus parfaite. Toutes les sciences et tous les arts ne forment-ils pas « un ensemble, un tout indivisible, ou comme les rameaux d'un môme tronc, unis par une origine commune, plus étroitement unis encore par le fruit qu'ils sont tous ég'alement destinés à produire, le perfectionnement etlebonheur del'homme' »? Malgré leur méthode inductive, ils ont, comme leurs prédécesseurs du xvni" siècle, une ferme confiance dans la solidité des lois, et même, en compatriotes de Descartes, dans la valeur du raisonnement-. Ils ne connaissent pas la substance, mais ils croient à une unité de substance; ils ne savent point ce qu'est l'être en tant qu'être, mais ils sont persuadés qu'il y a une unité des choses qui fonde la science et la raison. « L'inscription de l'un des temples anciens faisait parler d'une manière vraiment grande et philosophique la cause jjremière de Cunivers : Je suis ce qui est, ce qui a été et ce qui sera, et nul n'a connu ma nature. Une autre inscription disait : Connais-toi toi-même. La première est l'aveu d'une ignorance inévitable; la seconde est l'indication formelle et précise du but que doivent se tracer la philosophie rationnelle et la philosophie morale ^ » — Mais comment n'être point porté, s'il y a une unité de tout ce qui est, à hi concevoir d'après ce qui est le fond même du moi, d'après cette propriété qui constitue comme le trait d'union du [)hysique et du moral, — la sensibilité? — De là des tendances dogmatiques : tantôt un matérialisme en quelque sorte vitaliste, tantôt une sorte de monisme ou de panthéisme qui éclate par exemple dans la Lettre sur les causes pronières (le Cabanis \
\. Cabanis, l. III, p. 35.