Berlin, 21 septembre 1781. Œuvres, t. XIII, p
souhaiter simplement la continuation des traditions actuelles. Mais, si l'on y réfléchit, si l'on prend la peine de regarder les choses d'un peu plus près, on ne larde pas à reconnaître que les vérités en question sont pour une bonne part des vérités de détail, plutôt curieuses que ■profitables au développement de r esprit humain. De l'extrême spécialisation... résulte un défaut do généralisation, un rétrécissement des horizons scientiliquos. Alors on serait presque tenté de regretter l'époque où tous les efforts se portaient sur les méthodes générales, et de se demander si l'avancement véritable de la science résulte seulement du nombre sans cesse croissant des mémoires et des auteurs '. »
L'empirique mathématique — qui considère les coexistences et les successions dans leur permanence, qui établit les lois et qui en cherche la formule proprement mathématique— a sans doute une vertu singulière : la physico-chimie, si on veut donner à cet aspect de la science un nom plus expressif -, repose sur le postulat de l'identité d'être, et chacun de ses progrès est une confirmation de ce postulat. — Pour que le problème de l'unité soit résolu, est-il absolument nécessaire que la physique et la chimie prolongent indéfiniment et en tous sens leurs tentatives? A rigoureusement prendre les choses, l'unité ne serait prouvée qu'une fois atteinte. C'est donc l'unité qui se fait — en se révélant à l'esprit — qui prouve à mesure l'unité qui est. Ainsi la recherche mathématique doit être subordonnée au problème de l'unification; et on voit, par un premier exemple, comment le point de vue synthétique dirige la science en l'expliquant.
2. Le problème de la multiplicité dans l'unité relève de la biologie, si l'on prend ce mot en un sens très large. Poser et
d. Laisant el Lemoine, Sur Vorientution acluclle de la science et de Venseignement mnt/iématiijncs. Rev. Gén. des sciences, i" décembre 1893. MM. Lemoine el Laisant ont fondé Vlnlcrmédiairc des mathématiciens.
2. Toutes les sciences observantes, — tonte rempiriqne dans les trois règnes, cela va de soi, — ont leur cùlé mathématique : seulement, à mesure qu'on s'élève dans la nature qui se fait, la mathématique est plus difficilement applicable.
chercher la sensibilité universelle, tel est le moyen d'expliquer le multiple et le changeant dans l'un. Il faut fouiller et pénétrer l'espace pour découvrir les rapports, la continuité du tout, le fouiller au loin et le pénéirer intimement. C'est ici surtout, pour altarpier l'invisible et l'impénétrable, les apparences du plein et du vide, que les méthodes et les instruments les plus divers sont indispensables ; car c'est ici que le faux problème métaphysique du double infini devient objet de recherches scientiliqucs '. — Et pour établir que cette universelle solidarité est bien sensibilité, il faut étudier la vie dans ses formes les plus humbles, les plus rudimentaires", comme dans ses formes les plus compliquées et les plus hautes ^; et, en môme temps, il faut étudier la matière dans ses réactions et ses transformations. Ce n'est point la vie, la pensée qui sont surprenantes : la matière brute, telle qu'on la conçoit communémenl, est un scandale pour l'esprit. Ce n'est point de la vie à la pensée, ce n'est pas de la plante à l'animal et de l'animal à l'homme, qu'il y a solution de continuité : c'est d'une malière qui ne serait que matière, à la vie. Il faut attaquer la matière, il faut la harceler de mille façons : il faut, pour ainsi dire, démasquer son apparence insensible et morte \
On voit comment les sciences les plus diverses doivent concourir à une fin qui les domine; mais pour régler ce concours, — qui tend à résoudre le problème de la multiplicité dans l'unité, — ici encore, c'est le problème de l'unitication qui a une importance suprême. Les rapports dans l'univer-
1. Sur le télescope, le microscope, le spectroscope, le microLome, les instruments en général, leur importance, leurs progrès, leur influence, il y aurait fort à dire. Voir Claude Bernard, up. cit.; Herseliell, Discou/s, ^, 388; Daubrce, ///.f/où'^ des régions invisibles de l'espace; Vielle, Coings de physique; Rev r/én. des Sciences, 15 janvier 1892; Renie Scient., 1891, 1" sem., p. (iSO, Barker, les Domaines communs de la chimie et de la plnjsique; Cli. Hicliel, Dans cent ans, les Sciences....
2. Dans cet ordre, les travaux se multiplient : Perrier, Sabaticr, Delage, Le Dantec, Weissmann, Verworn....