Principes, II, G4; III
notre pensée, sinon les mouvemenls, les grandeurs et les figures de quelques corps '. » Voilà donc les qualités ramenées à la quantité et l'objet au sujet. « Les corps mêmes ne sont pas proprement connus par les sens ou par la faculté d'imaginer, mais par le seul entendement, et ils ne sont pas connus de ce qu'ils sont vus ou touchés, mais seulement de ce qu'ils sont entendus, ou bien compris par la pensée... ^ » La vérité qui préside à la connaissance tout entière, c'est le principe d'identité, principe premier de l'intuition : ce qui est est, A ^ A. Tout l'être, en effet, est pensée et la loi de la raison est la loi même tle l'être ^ — Tel est l'idéalisme rationaliste où tendait spontanément Descartes avec cette foi dans la raison qui éclatait alors en France et qui, manifestée tout ensemble et animée par les créations du génie mathématique, jusque dans la littérature et dans l'art imprimait à tant de grandes œuvres un caractère original.
Mais Descartes, comme philosophe, était parti du doute, l'avait approfondi jusqu'à y comprendre les choses qui lui avaient « semblé autrefois très certaines, même les démonstrations de mathématique et ses principes, encore que d'euxmêmes ils sont assez manifestes, à cause qu'il y a des hommes qui se sont mépris en raisonnant sur de telles matières >;, mais principalement parce qu'il se pourrait que nous fussions continuellement abusés soit par Dieu, soit — si on le veut feindre ainsi — par un auteur moins puissant de notre être \ Descartes donc avait approfondi le doute, il avait promis la critique de l'esprit; et de plus il croyait en Dieu : en sorte qu'il lui était doublement impossible de fonder, sans discussion, la vérité sur la raison. D'autre part, et malgré le tour paradoxal de son doute, il n'était pas homme à mépriser les