Principes, I
conviclions naïves, les opinions « qui n'ont jamais été mises en doute par aucun homme de bon sens ' » : en sorte qu'il lui répugnait de supprimer définitivement la matière.
Pour affermir sa conception mathématique des choses et pour rétablir la réalité du monde matériel, Descartes s'y est pris dune façon neuve. — Et d'abord c'est dans la psychologie qu'il découvre la source de lumière qui projette sur toute la science son reflet : il voit par la conscience s'éclairer la raison même. Son doute, poussé à l'extrême, est quelque chose d'analogue à la méthode du mystique qui éteint en lui tout le jour, pour ainsi dire, dont pourrait être amoindri l'éclat d'une suprême vérité -. Sa psychologie du fond ultime de l'esprit n'est ni complète, ni très nette, ni partout identique^ — mais elle est néanmoins infiniment intéressante.
Dans la troisième Règle, Descartes disait : « Chacun peut voir par intuition qu'il existe'* « et, dans la deuxième Méditation, en un endroit oii vraiment l'esprit plonge au plus profond de soi-même : « Cette proposition : je suis, j'existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit^ » ; ailleurs encore : on voit qu'on existe, déclarait-il, « par une simple inspection de l'esprit S). Ainsi l'homme ne peut pas échapper à la conscience qu'il a de lui-même; et, en disant : moi, en disant : je suis, il atteint l'être en lui. La même évidence qui imposait à la raison les vérités mathématiques ou le principe