‹ L'avenir de la philosophieChapitre 79 sur 265 · Rêveries, T Promenade · texte numérisé non relu

Rêveries, T Promenade

et tandis que se lève le soleil, c'est Rousseau lui-même formulant son système avec une mise en scène appropriée.

Rousseau, comme le Vicaire savoyard, troublé dans ses croyances religieuses, s'était adressé aux philosophes pour se refaire une foi. Il était « dans ces dispositions d'incertitude et de doute que Descartes exige pour la recherche de la vérité' »; lui aussi, il voulait « se décider pour toute sa vie sur tous les sentiments qu'il lui importait d'avoir- ». Mais il se trouva « dans un tel labyrinthe d'embarras, de difficultés, d'objections, de torluosités, de ténèbres^ », et l'ambition des philosophes, « fiers, affirmatifs, dogmatiques, même dans leur scepticisme prétendu' », lui apparut si démesurée que le premier fruit de ses réflexions « fut d'apprendre à borner ses recherches à ce qui l'intéressait immédiatement, à se reposer dans une profonde ignorance sur tout le reste, et à ne s'inquiéter, jusqu'au doute, que des choses qu'il lui importait de savoir^ ». D'autre part, pour trouver les points fixes nécessaires à la vie, il se dit : « Consultons la lumière intérieure^ ». Il se résout « d'admettre pour évidentes toutes les connaissances auxquelles, dans la sincérité de son cœur, il ne pourra refuser son consentement, pour vraies toutes celles qui lui paraîtront avoir une liaison nécessaire avec ces premières, et de laisser toutes les autres dans l'incertitude, sans les rejeter ni les admettre, et sans se tourmenter à les éclaircir quand elles ne mènent à rien d'utile dans la pratique^ ».

« Mais qui suis-je? » se demande-t-il : quel est, avant tout, ce moi qui se mêle de juger les choses? Et ici se combine

1. Emile, IV, Profession de foi du Vicaire savoyard, éd. Hachelle, t. H, p.23S.

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