‹ L'avenir de la philosophieChapitre 87 sur 265 · Discours, 1" partie · texte numérisé non relu

Discours, 1" partie

les passions aussi croissent insensiblement : l'inégalité physique, d'abord insignifiante, est rendue par les circonstances plus grave et plus sensible; les intérêts s'entre-choquent, les rivalités et les conflits se déchaînent. Alors les hommes « pour leur utilité », — les riches pour n'être point volés, les pauvres pour n'être point opprimés, — fondent la société par une « convention » ; ils abandonnent une partie de leur liberté pour préserver l'autre \ Après la richesse, apparaît le pouvoir; les distinctions politiques s'ajoutent aux distinctions sociales; l'ambition, la tyrannie, les révolutions, les guerres de peuple à peuple mettent le comble aux maux humains. Voilà la troisième période, la pire de toutes. — Mais Rousseau en conçoit, en désire, en prépare — avant une dernière, peutêtre, qui serait un retour à l'état de nature perfectionné — une quatrième où l'état de société, quoique artificiel, serait le plus possible conforme à cet état de nature. L'homme étant bon, les hommes deviennent méchants : Rousseau voudrait y remédier -. Tout dégénère entre les mains de l'homme : mais peut-être la raison doit tout régénérer ^.

C'est avec Turgot et Condorcet que l'idée de progrès apparaît en pleine lumière. Turgot reconnaît, lui aussi, que « nos institutions, trop arbitraires, ont trop souvent fait oublier la nature; que nous avons été dupes de notre propre ouvrage », et, lui aussi, il va jusqu'à dire « que le sauvage, qui ne sait

1. '< Telle fut ou dut être l'origine de la société et des lois. » Discours sur l'orig. de l'inég., Il" partie.

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