‹ L'avenir de la philosophieChapitre 90 sur 265 · Emile, liv. 11, p · texte numérisé non relu

Emile, liv. 11, p

avec la raison, une sociélé idéale, c'est sur des données morales qu'il raisonne, sans la moindre préoccupation scientifique.

Nature, instinct moral, progrès : dans ces mots se résume la pensée de notre xvin" siècle ; mais il est bien évident que sur les rapports de l'homme perfectible et du monde mécanique, de l'individu libre — en qui la nature s'exprime par la raison ou par le cœur — et de la société qui l'enchaîne, — toujours nécessaire et souvent contraire à son progrès, — sur les relations de la partie et du tout, de l'être et des êtres, des êtres et de l'Etre, cette pensée est insuffisante et incertaine. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen est un effort pour faire aboutir pratiquement tout le travail des esprits : « En présence et sous les auspices de Y Être suprême^ l'Assemblée reconnaît et déclare les droits suivants de l'homme et du citoyen... ^ «.Mais, somme toute, le xvnf siècle français voudrait rejeter la substance, ne peut s'en passer, et n'arrive pas à la concevoir.

m. ALLEMAGNE. — KANT ET LA PHILOSOPHIE POST-KANTIENNE

Au xvif siècle, c'est en Allemagne, avec Leibnitz, que la pensée européenne avait fait l'elîort le plus profond pour se contenter en conciliant ses éléments divers; c'est en Allemagne encore, au xviii'^ siècle, avec Kant, qu'elle devait travailler de la façon la plus originale à résoudre les contradictions nouvelles où elle se débattait.

On peut dire que, pendant longtemps, l'Allemagne se reposa d'avoir produit Leibnitz, — en ce sens qu'elle restaura,

1. Voir lu Déclarulion des droits de L'Homme et l'Etre suprême, élude poslluime de G. d'EicliLlial, Revue Bleue du 5 juin 1886; Aulard, le Culte de la liaison el de l'Etre suprême; Janel, Ilisf. de la science politique; Henry Michel, Vidée de l'État.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIII' SIÈCLE. 143 emprunta, élabora, plutôt qu'elle ne créa véritablement, et que tout ce qu'il y avait de neuf dans sa pensée resta vague et incomplètement formulé '. Le génie allemand « s'éclairait » - : avec une active curiosité, il recueillait tout ce qui pouvait venir de France et d'Angleterre; et, en attendant qu'il prît conscience de lui-même, il se préparait ainsi à continuer et à promouvoir la pensée collective.

Leibnitz, cartésien malgré tout, passait, en quelque sorte, par la raison pour atteindre cette activité dont il faisait le fond de l'être; et, s'il philosophait pour affermir la morale, il fondait la moralité sur le développement des idées claires et distinctes que produit la raison : la Raison suprême, révélée dans la raison humaine, y est aimée en même temps que connue; de l'amour naît l'obéissance, et dans cette obéissance est le bonheur. Sa philosophie, dynamique, était en même temps rationnelle, et les substances de son dynamisme étaient inconciliables avec la substance de son rationalisme. — Mais les idées de Leibnitz se trouvaient éparses : Wolf en voulut former un système; et, en les liant, s'il fit disparaître certaines difficultés, il fit apparaître certaines faiblesses. Leibnitz avait vu que la méthode mathématique n'explique pas le réel, mais le possible, et il avait subordonné le principe d'identité au principe de raison suffisante : Wolf, logicien surtout, insiste moins sur le rôle du grand principe leibnitien. Il met entre le corps et l'âme des différences de nature, et non plus des difTérences de degré, et il interprète

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