‹ L'avenir de la scienceChapitre 8 sur 17 · VIII PRÉFACE · texte numérisé non relu

VIII PRÉFACE

un peu certaines déductions. La culture intensive,, augmentant sans cesse le capital des connaissances de l'esprit humain, n'est pas la même chose que la culture extensive, répandant de plus en plus ces connaissances, pour le bien des innombrables individus humains qui existent. La couche d'eau, en s'étendant, a coutume de s'amincir. Vers 1700, Newton avait atteint des vues sur le système du monde infiniment supérieures à tout ce qu'on avait; pensé avant lui, sans que ces incomparables découvertes eussent le moins du monde influé sur l'éducation du peuple. Réciproquement, on pourrait concevoir un état d'instruction primaire très perfectionné, sans que la haute science fît de biei> grandes acquisitions. Notre vraie raison de défendre l'instruction primaire, c'est qu'un peuple sans instruction est fanatique, et qu'un peuple fanatique crée toujours un danger à la science, les gouvernements ayant l'habitude, au nom des croyances do la foule et de prétendus pères de famille, d'imposer à la liberté de l'esprit des gènes insupportables.

L'idée d'une civilisation égalitaire, telle qu'elle résulte de quelques pages de cet écrit, est donc un rêve. Une école où les écoliers feraient la loi serait une triste école. La lumière, la moralité e%

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Tari seront toujours représentés dans l'humanité par un magistère, par une minorité, gardant la tradition du vrai, du bien et du beau. Seulement, il faut éviter que ce magistère ne dispose de la force et ne fasse appel, pour maintenir son pouvoir, à des impostures, à des superstitions.

Il y avait aussi beaucoup d'illusions dans l'accueil que je faisais, en ces temps très anciens, aux idées socialistes de 1848. Tout en continuant de croire que la science seule peut améliorer la malheureuse situation de l'homme ici-bas, je ne crois plus la solution du problème aussi près de nous que je le croyais alors. L'inégalité est écrite dans la nature ; elle est la conséquence de la liberté ; or la liberté de l'individu est un postulat nécessaire du progrès humain. Ce progrès implique de grands sacrifices du bonheur individuel. L'état actuel de l'humanité, par exemple, exige le maintien des nations, qui sont des établissements extrêmement lourds à porter. Un état qui donnerait le plus grand bonheur possible aux individus serait probablement, au point de vue des nobles poursuites de l'humanité, un état de profond abaissement.

L'erreur dont ces vieilles pages sont imprégnées, c'est un optimisme exagéré, qui ne sait pas voir que le mal vit encore et qu'il faut payer cher, c'est-à-

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