‹ L'avenir du Canada [microforme]Chapitre 31 sur 76 · ÉLOGE DES CANADIENS DES ETATS-UNIS · texte numérisé non relu

ÉLOGE DES CANADIENS DES ETATS-UNIS

Je répudie cette prétention, je proteste de toutes mes forces contre cette atroce calomnie lancée gratuitement à la figure du million de braves et respectables Canadiens qui vivent chez nos voisins. Je les connais, ces Canadiens des Etats-Unis, je connais leur intelligence, leur respectabilité, leur esprit d’ordre, leur amour du travail ; je connais surtout leur patriotisme, et il faut bien le dire, puisque c’est la vérité, je crois que sous le rapport du patriotisme, ils sont nos supérieurs. Nulle part ailleurs qu'aux Etats-Unis vous ne trouverez des Canadiens aimant plus sincèrement le pays de leurs pères, plus attachés à nos institutions, aussi énergiquement déterminés à les maintenir, à les défendre envers et contre tous. Contrairement à ce qui existe parmi nous, chez nos compatriotes des Etats-Unis, on sait mettre le patriotisme au-dessus de l’esprit de parti ; chez eux, avant d’être libéral ou conservateur, démocrate ou républicain, on est patriote, patriote avant tout, patriote envers et contre tous.

Lis Mers

Et les Américains, peuple généreux, ont l’esprit assez large, le cœur assez bien fait pour apprécier cet amour inaltérable des Canadiens pour leur pays natal, cet invincible attachement aux institutions qui font de nous une race, ou plutôt une nation distincte. Au lieu d’ostraciser les nôtres, ils les traitent Sur un pied d'égalité, les font participer aux charges et aux honneurs publics, leur ouvrent même volontiers les portes de leurs capitoles, Dans le commerce, dans l’industrie, dans les professions libérales, dans les emplois publics, dans la politique, les Canadiens jouent aux Etats-Unis un rôle bien plus large, bien plus considérable que dans les provinces anglaises du Canada, notamment celle d’Ontario, où nos compatriotes forment pourtant une partie considérable de la population.

C’est qu'aux Etats-Unis, voyez-vous, il n’y a pas ces préjugés de race et de religion qui nous font tant de mal ici ; c’est, surtout, qu'il n’y a pas là d’orangistes, d’adeptes' de cette secte brutale, querelleuse, exclusive, qui est un brandon de discorde dans toutes les colonies britanniques et dont le Serment d'initiation comporte la haine, ja guerre et la mort à tout ce qui est catholique et fran eais. N'aurait elle d'autre résultat que de nous débarrasser de cette bande de fanatiques, de brouillons et de mangeurs de catholiques, que l'union politique avec les Etats-Unis serait déjà, par cela mème, une perspective très encourageante, Cela mettrait fin à ces guerres de race et de religion, à ces luttes acrimonieuses que nous sommes obligés de soutenir pour conserver nos croyances religieuses, notre langue et nos institntions—luttes ingrates, humiliantes et ruineuses, dans lesquelles nous épuisous les forces,

l’énergie et l’intelligence que, sous un régime politique plus équitable, nous pourrions consacrer à notre avancement dans le com merce, l’industrie et les arts.

Non! les Canadiens n’émigrent pas aux Etats-Unis par paresse, par caprice ou par manque de patriotisme ; c’est le besoin, c'est la nécessité qui les chasse du pays, qui leur fait prendre le chemin des Etats Unis où ils trouvent ce que nous ne pouvons pas leur procurer ici—de l’ouvrage, de l’argent, de l’aisance, du con: fort, du succès et de l’avancement dans toutes les carrières.

Mais tout cela n’éteint pas chez eux l’amour de leur pays na: tal; les succès qu’ils obtiennent ne leur font pas oublier le sol chéri de la patrie ; le tourbillon commercial et industriel qui les environne ne leur fait pas perdre le souvenir de leur cher Canada.

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Dulces reminiscitur Argos.

Changez notre état politique, améliorez notre situation économique, faites en sorte que le Canada leur offre les avantages matériels qu’ils vont chercher là-bas et vous les verrez revenir dans ce pays qu’ils n’ont pas cessé d’aimer et dont seule la dure nécessité les a chassés.

C’est ainsi qu’au lieu de l’émigration nous aurions l’immigration des Canadiens, qui viendraient nous faire bénéficier de l’expérience qu’ils ont acquise dans les arts, l’industrie et le commerce, grossir nos rangs, augmenter notre iflfluence comme race et comme nation. .

N'est-ce pas là un objet digne de notre plus sérieuse attention ?

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