‹ L'avenir du Canada [microforme]Chapitre 39 sur 76 · DANGER POUR NOTRE NATIONALITÉ · texte numérisé non relu

DANGER POUR NOTRE NATIONALITÉ

Comme Français, aurions-nous à redouter l’union politique avec les Etats-Unis ?

Sir Hector Langevin l’a prétendu.

‘© Mais, disait-il encore, quel serait le sort des Canadiens-francais avec l’annexion aux Etats-Unis ? Il nous faudrait profiter de l'exemple des races françaises aux Etats-Unis et voir quel sort à été fait aux Français dans la Louisiane. Que sont-ils devenus ? Que sont devenus leur langue, leurs usages, leurs mœurs, leurs institutions? Après la guerre, c’est à peine s’il en restera assez pour que l’on puisse dire que la race française a passé par là.??

Je respecte beaucoup les Français de la Louisiane ; mais je prétends qu’au point de vue des aptitudes pour lutter dans le but de conserver la langue et les mœurs françaises, il n’y a pas de parité entre eux et nous.

La population de la Louisiane était une population de pianteurs, riches, vivant dans le luxe et la somptuosité, n'ayant jamais eu à lutter pour l’existence, même matérielle. D’ailleurs, eût-elle possédé l’énergie voulue pour soutenir une lutte opiniâtie, qu’elle

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n'aurait pas eu l’occasion de l'exercer, puisque Napoléon Ier l’a vendue comme un troupeau d'esclaves, sans inclure dans le marché la moindre stipulation pour assurer la conservation de la langue et des mœurs françaises, Dans ces conditions, son sort était scellé d'avance : elle devait inéluctablement périr comme race.

En serait-il de même, au cas où nous entrerions dans lunion américaine ?

Non, assurément, Nous ferions nos conditions et la premitre que nous poserions serait bien certainement de continuer à parler la langue française et de rester français. Nous avons pour nous aider dans ce sens notre clergé, nos collèges et nos ecouvents moyens infaillibles d'action que n'avaient pas les Français de la Louisiane. Tant que nous aurons ce clergé, ces collèges et ees couvents, il u’y a pas de puissance humaine qui puisse nous faire perdre l’usage de la langue et les mœurs que nous avons hérités de nos ancêtres. Ces foyers, d’où jaillissent la lumière et l’instruction chrétiennes, sont assez puissants pour tenir notre patriotisme constamment en éveil, pour conserver intact tout ce qui constitue nos institutions nationales.

D'ailleurs, pourquoi ces craintes puériles, quand notre passé est là pour répondre de l'avenir? Est-il un peuple qui ait été plus maltraité, plus persécuté que le nôtre à cause de sa langue et de ses institutions ?

Sous le régime militaire et sous la constitution de 1774, l'usage de la langue française n’a-t-il pas été prohibé? La pratique de notre culte religieux n'a-t-elle pas été menacée, gênée, entravée de toutes les manières possibles ? Nous n’étions alors qu’une poignée de pauvres gens, à moitié ruinés par les guerres désastreuses de la fin de la domination française, lâchement abandonnés par la plupart des hommes instruits qui auraient pu nous guider dans la lutte pour la défense de nos droits. Qu'est-il arrivé cependant? Alors que nous n’étions que 70,000, au lieu de nous laisser engloutir par l’élément anglo-saxon,comme les Français de la Louisiane, nous avons lutté, nous avons combattu sans trève ni merci et nous sommes restés français. Bien plus : aveclesluttes pour la conservation de notre existence nationale, nous avons mené de front les combats pour la conquête des libertés constitutionnelles, et malgré les Anglais, nous avons réussi à implanter dans notre pays ce Ssystème de gouvernement responsable qui à fait notre force, après avoir été payé du sang de nos patriotes !

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La constitution de 18141, imaginée pour nous faire disparaître comme race, décretait aussi la suppression officielle de la langue française, en reconnaissant la langue anglaise comme seule langue parlementaire. Cette constitution est passée et la langue française est restée, plus forte, plus vivace que jamais.

En présence de ces faits, qu’atteste l’histoire, de quel droit pourrait-on avoir des craintes fondées au sujet de la conservation de notre langue et de notre nationalité, dans le cas où nous entrerions dans l’hégémonie américaine ?

D'ailleurs, les Américains sont un peuple cosmopolite, et s'occupent fort peu de l’idiome que parlent leurs citoyens, pourvu qu'ils respectent le bon ordre, observent la loi et soient fidèles à la constitution.

Je ne sache pas que l'union politique avec les Etats-Unis présente d’autres désavantages.

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