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TRAITÉS DE COMMERCE

Pourquoi sommes-nous restés stationnaires ?

Parce que nous n’avons pas encore, après deux cents ans d’existence, le droit de faire nos traités de commerce. Sans ce droit, nous ne pouvons progresser ; et sans l’indépendance, nous ne pouvons avoir ce droit.

Ecoutez ce que disait en 1882, dans le parlement du Canada, l’hon. M. Blake, homme politique qui n’a pointson supérieur dans le monde et qui trouve à peine des rivaux dignes de lui en Angleterre, où il est allé donner son concours à l'émancipation des Irlandais :

‘“ Personne n’est plus propre à négocier nos propres affaires que notre peuple, qui connaît à fond sa position, ses capacités, ses besoins, ce qu’il a à offrir, ce qu’il veutatteindre.................. .... à

‘ L'histoire du service diplomatique de l’Angleterre, autant que le Canada est concerné, à été une histoire d’erreurs, de bévues, de torts et de concessions. Ce n’est certainement pas une histoire propre à nous faire croire que ce service nous a été de quelque valeur. Les diplomates de notre temps qui ont été les plus heureux dans certaines négociations d’affaires, ont été ceux qui étaient les plus versés dans ce qui leur était-confié, qui connaissaient le plus les besoins, les forces productives, les ressources du pays, tous les détails de la question... te #2

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‘ Le plus sage, le meilleur et le plus perspicace des diplomates, s’il n’a seulement que la science, ne fera qu’un misérable fiasco, comparativement à ce qu’obtiendra un homme moins instruit, né dans-le pays et très familier avec tous les détails de la charge qu'il aura à remplir.”?

Voulez-vous savoir comment le gouvernement impérial s’occupe de nos affaires, quant à ce qui regarde nos relations de commerce avec les pays étrangers ? Ecoutez ce qu’en disait en 1878 Sir A. T. Galt, notre haut commissaire à Londres, à propos de la négociation du traité avec la France.

‘ Cette convention, dit-il, était prête à être signée le 18 septembre en tant que les négociations conclues ici se trouvaient concernées et le délai qui s’est produit est attribuable au bureau des affaires étrangères, à ces retards ordinaires, à son besoin d’intervention, et je crois aussi, à la mauvaise volonté de quelques fonctionnaires de ce département qui voulaient blâmer ma conduite. Ma position est celle d’un braconnier et leur sentiment à mon égard est celui d’un garde-chasse vis-à-vis d’un braconnier en cherche du gibier.

‘ Je suis envoyé à une assemblée de plénipotentiaires avec les mains liées, sans avoir le pouvoir de régler la moindre question de détail. Quand j’occupais la position de voyageur de commerce à l’âge de 20 ans, j'étais investi d’un pouvoir plus discrétionnaire que celui que je partageais avec Lord Cowley, lorsque nous remplissions la charge de plénipotentiaires de Sa Majesté. Le nom peut être avantageusement changé en celui de multipotentiaires. Les points sur lesquels le bureau des affaires étrangères s’est appuyé peur créer ces délais sont d’une telle trivialité, de si peu d’import.nce, qu’ils dépassent l’intelligence.

‘ Le renvoi que l’on propose au bureau des affaires étrangères occasionnerait un délai dangereux ; Lord Cowley ne paraît pas avoir cédé et une copie du tarif a été envoyée à la métropole, Lorsque le tarif arriva à Londres, le bureau des affaires étrangères hésita à accepter les chiffres sans les soumettre en détail au trésor, aux douanes, au bureau de commerce. Le président du bureau de commerce était parti dans son yatch et personne ne savait où le trouver. Pendant ce temps-là son département fut d’avis que les actes des commissaires devuient être sanctionnés, Le bureau de commerce dit que d’après ses précédents, il n’était qu’un bureau con-

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sultant et que son avis était souvent mis de côté, spécialement lorsqu’il était juste. En ce temps là, il était peu en faveur et le traité fut élaboré dans le plus obstiné de tous les bureaux où l’on fait des embarras : les ministres français étaient étonnés de ce délai incompréhensible. ??

C’est ainsi que sont traitées en Angleterre les questions de la plus grave importance pour l’extension de notre commerce. C’est teliement indiscutable que deux ministres tories du Canada l’ont constaté dans un mémoire officiel adressé au bureau colonial et ont affirmé le besoin absolu de négociations directes avec les puissances étrangères. Voici ce que dit ce mémoire :

‘€ On expose en outre que le commerce toujours très considérable et toujours augmentant du Canada, ainsi que l’étendue croissante de son trafic avec les nations étrangères, démontrent le besoin absolu de négociations directes avec ces dernières, afin de protéger convenablement ces intérêts. Dans la plupart des traités de commerce conclus par l’Angleterre, il n’a été fait mention que de leur effet pour le Royaume-Uni; et les colonies se trouvent exclues de leur opération—fait qui a été accompagné des résultats les plus

âcheux pour le Canada, en ce qui concerne la France.??

I] serait difficile, assurément, d'établir d’une manière plus claire et plus indiscutable l’énorme avantage que nous aurions si nous étions en mesure de conclure nous-mêmes nos propres traités de commerce. Cet avantage, nous ne pouvons l’obtenir que par l'indépendance, Tant que nous serons colonie, il nous faudra passer par la diplomatie anglaise, agir par intermédiaire, à travers tous ces rouages bureaucratiques qui Seront dans l’avenir, comme ils l’ont toujours été dans le passé, un obstacle insurmontable au succès.

Pour rémédier à cette inconvénient, on à proposé de demander à l'Angleterre le pouvoir de conduire nous-mêmes les négociations avec les pays étrangers et elle nous l’a réfusé.

Si nous pouvions faire sans l’intervention de l’ Angleterre nos traités de commerce, nous pourrions nous assurer des marchés avantageux, surtout aux Etats-Unis, pour nos produits agricoles. Nos œufs et nos fromages, qui se vendent assez bien aux Etats-Unis, nos bestiaux, nos chevaux et nos moutons trouveraient des prix supérieurs dans le marché américain. Nos bois, si nombreux et si riches, que nous ne vendons qu'avec sacrifice considérable, arrive-

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raient sur les marchées étrangers dans des conditions bien plus:

favorables.

Quand je suis allé en Europe, en 1891, je fus invité par la chambre de commerce de Bordeaux à traiter la question des relations commerciales entre la France et le Canada, et, après que j’eus énuméré ce que nous pouvions offrir en bois et en produits agricoles, en échange des vins et des conserves de France, l’on me dit que l’on serait enchanté de voir ce commerce s'établir. Je dis alors : Nous pouvons vous offrir en échange de vos vins, de vos soieries et de vos conserves, des dormants de chemins de fer, des pommes de terre, du fromage et du beurre. Vos navires, qui nous apporte- “aient ces vins, ces soieries et ces conserves, vous remporteraient nos bois, nos pommes de terre, notre fromage et notre beurre. Le transport serait peu coûteux et le fromage que vous mangez aujourd’hui comme fromage anglais, en payant trois fois sa valeur, ne vous coûterait que ce que nous le vendons en Angleterre. Les dormants de chemins de fer, qui vous coûtent ici cinquante sous, pourraient vous être livrés à seize sous sur les bords de la baïe des Chaleurs. Ils seraient en cèdre, c’est-à-dire en bois excellent, et vous sauveriez, vu leur élasticité et leur durabilité, l’opération que vous êtes obligés de faire subir à ceux que vous employez, en les enduisantde poix pour les conserver, à raison de leur qualité inférieure.

Il n’y à pas de doute que nous aurions là un commerce considé- ‘able, qui jetterait chaque année des millions dans la baie de Chaleurs, si riche en produits agricoles et si éloignée des grands marchés.

Ce commerce, si facile à obtenir et si lucratif pour les habifants de la Gaspésie, n’est pas possible sans un traité de commerce tait directement avec la France ; et ce commerce n’est pas possible, non plus, sans le droit de faire nos traités de commerce, Imaginez donc la révolution que vous produiriez dans la baie des Chaleurs, au milieu de cette population intelligente et laborieuse, si vous arriviez à faire un tel traité, Et nos poissons, soit au naturel sbit en conserves, Si abonudants et de si bonne qualité, que nos pêcheurs de la baie des Chaleurs peuvent prendre en si grande quantité, quelle richesse ils constitueraient pour eux !

Je pourrais donner une foule d’autres articles de nécessité première pour l’Europe, que notre pays serait en état de livrer à des conditions avantageuses, advenant un traité de commerce fait

directement entre la France et le Canada, sans l’intervention toujours désobligeante et intéressée de l’Angleterre.

Pour ne citer qu’un cas, qui sera compris de tous, prenons les fromages et les pommes de terre. La Gaspésie produit beaucoup de pommes de terre et pourrait en produire cent fois plus ; mais elles ne se vendent tout au plus que vingt sous le minot ; avec un traité de commerce, dans les conditions que je viens d’indiquer, elles se vendraient sur place au moins quarante sous.

Quand nous obtenons onze sous pour notre fromage, nous sommes satisfaits ; et cependant, après avoir passé par l’Angleterre et y avoir été manipulé, il se vend 20 à 25 sous sur le continent. Pourquoi perdons-nous cette différence dans les prix de nos produits ? Parce que, tout Simplement, nous ne faisons point nos traités directement avec les autres pays et que l’Angleterre nous tient par intérêt dans cet état de dépendance.

Tous les Français, et même les Canadiens, qui vont sur le continent européen mangent des fromages appelés anglais et qui ne sont pas autres que nos fromages canadiens, refaits à la mode anglaise. C’est un des commerces les plus importants de l’Angleterre et je comprends, comme vous comprendrez avec moi, l’intérêt que l’Angleterre a de ne pas laisser arriver directement sur le continent européen ce fromage canadien.

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