‹ L'avenir du Canada [microforme]Chapitre 66 sur 76 · NOS RICHESSES · texte numérisé non relu

NOS RICHESSES

Nous avons un territoire de 3,315,647 milles en superficie, habité par une population de 4,829,411 âmes. Pour 1891, les opérations ordinaires de notre budget accusent 838,579,311 de recettes et $36,343,568 de dépenses. Notre commerce, pour le même exereice, se chiffre à $218,384,934, c’est-à-dire $119,967,638 d’importations et #98,417,296 d’exportations. Nous avons 2,700 milles de navigation fluviale, environ 15,000 milles de chemins de fer, en sorte que sous le rapport des communications et des moyens de transport, nous l’emportons sur bien des pays de population beaucoup plus considérable, Ainsi l'Italie, avee une population, en 1891, de 36,347,291, n'avait que 12,588 kilomètres de chemins de fer, ou environ 7,865 milles,

La population de l'Espagne eu 1887 était de 17,550,246 et, en 1891, ce pays n'avait que 6,216 milles de chemins de fer construits et 2,633 milles en construction.

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La Suède et la Norwége avaient, en 1891, une population de 6,803,751 et seulement 6,103 milles de chemins de fer,

Avec une population de 6,136,444, en 1891, la Belgique n'avait en 1892 que 2,805 milles de chemins de fer.

Puis la Hollande, qui avait presque notre population, en 1891 c'est-à-dire 4,621,744 (Canada, 4,829,411) n'avait que 1839 milles de chemins de fer tandis que nous avons ici environ 15,000 milles.

Enfin, notre position géographique, nos incomparables ports de mer, nous donnent, pour ce qui regarde lanavigation océanique, des avantages réels, Notre immense territoire renferme en abondance des ressources naturelles susceptibles d’un développement presque illimité. Le pays pourrait recevoir une population additionnelle de vingt-cinq ou trente millions sans qu'il se produise le moindre encombrement. Sous le rapport de l’éducation, nous sommes les égaux des peuples les plus avancés et nous avons des collèges et des universités qui feraient honneur aux pays du vieux continent. Notre système municipal est complet et nous sommes initiés à t ous les secrets de la politique, telle que pratiquée sous un gouvernement libre, où le peuple contrôle par ses représentants l'administration de ses affaires.

Que faut-il davantage pour prendre rang dans la famille des peuples indépendants et accomplir les plus brillantes destinées ?

On nous dit que nous ne serions ni assez riches, ni assez forts pour maintenir notre existence et nous empêcher d’être conquis.

Ces objections n'ont aucun fondement sérieux et sont un outrage pour le peuple canadien.

Pourquoi ne pourrions-nous pas maintenir notre existence comme peuple indépendant, quand tant de nations, moins fortes en nombre, avec un territoire moins étendu, moins riche et plus difficile à défendre, ont si bien réussi à le faire ?

Prenez donc la Suisse, par exemple. Son territoire qui n’a que 15,976 milles en superficie, n’est pas aussi étendu que plusieurs de nos comtés du Canada. Ce territoire ne compte qu’une population de 2,917,754 habitants, ou environ 60 p. €. de la population du Canada. Pour l’année 1891, les revenus de la Suisse se sont élevés à $#13,803,385 et les dépenses à $14,602,407. Dans ces dé penses, il y a une somme considérable pour l’armée, puisque dans le budget de l’exercice 1893, il y a pour cette fin un crédit de $6,380,736. Les frais du service diplomatique et consulaire sont

portés à #230,720, La Suisse, comme le Canada, est une fédération et supporte, en sus de ses dépenses pour l’administration centrale, celles des administrations cantonales, qui sont encore plus considérables, Comme au Canada, en Suisse la population est mixte sous le double rapport de la langue et des croyances relivieuses,

Les Suisses sont un peuple industrieux et intelligent; mais quand, malgré l’exiguité de leur territoire et de leur population, ils ont réussi à maintenir leur indépendance au milieu des guerres que se sont faites les puissantes nations qui les entourent, la France, l'Allemagne, l’Autriche et l’Italie, il semble que c’est faire un bien triste compliment aux Canadiens que de prétendre qu’ils ne seraient pas capables de se maintenir comme peuple indépendant.

Sans aller si loin, prenons done l’exemple de nos voisins des Etats-Unis.

Lorsqu'ils arborèrent le drapeau de l’indépendance en 1776, ils étaient loin d’être aussi nombreux, aussi riches et aussi bien organisés que nous le sommes actuellement. La première statistique un peu complète, celle de 1790, quatorze ans après la déclaration d'indépendance, constate qu’à cette époque la population blanche des treize Etats n’était que de 3,223,629 âmes, au dire du Dr Seybert. En 1791, le revenu ordinaire n’atteignait que le modique chiffre de $4,418,913, provenant à peu près exclusivement des droits de douane. La dépense était presque deux fois plus considérable et s'élevait à $7,207,537, dont $5,287,949 pour le service de la dette publique, qui était de 875,169,974.

Comparez cette situation à la nôtre, examinez les merveilleux résultats auxquels les Américains sont arrivés et dites s’il est raisonnable de prétendre que nous ne sommes pas en état d’arborer le drapeau de l’indépendance et de le tenir haut et ferme !

Une pareille prétention ne se discute pas ; elle se réfute par son absurdité manifeste.

Pourquoi, d’ailleurs, même à conditions, égales, ne réussirions-nous pas aussi bien que nos voisins à nous maintenir comme peuple indépendant ? Est-ce que les colons anglais du Canada du XIXe siècle ne valent pas en intelligence et en énergie les colons anglais de la Nouveïle-Angleterre du XVIIIe siècle? Cette race qui se proclame supérieure, a-t-elle dégénéré au point de ne pou-

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voir entreprendre aujourd'hui dans des conditions infiniment avantageuses, ce qu'elle entreprenait il y à plus de cent ans dans des conditions infiniment désavantageuses ? Est-elle prête à proclamer ainsi à la face de l’univers sa dégénération ? N'est-elle plus animée des fiers et nobles seutiments qui ont fait de3,000,000 de colons de la Nouvelle-Angleterre un peuple de 65,000,000, riche, prospère, étonnant le reste du monde par son gigantesque et merveilleux progrès ?

Mais, alors, de quel droit ces colons anglais nous traitent-ils de race inférieure, nous Canadiens-français ?

Nous sommes français, mais Dieu merci! nous avons assez de fierté, de courage et d'énergie pour braver les prétendus dangers de l’indépendance, nous avons assez de dignité pour ambitionner de prendre notre place dans la grande famille des nations, nous aimons assez la liberté pour désirer la rupture de ce lien colonial qui nous tient dans un humiliant et ruineux servage.

Donnez-nous la main, vous qui vous proclamez de la race su périeure, et si vous êtes les égaux des compatriotes de George Washinnton, le père du peuple américain, avant cinq ans la tutelle de l'Angleterre aura cessé.

Serait-ce manquer d’égards envers la métropole et lui faire insulte ?

J’aflirme que non et à l’appui de mon assertion on me permettra de citer l’opinion de l’un des plus illustres hommes publics que l’Angleterre ait produits. Je veux parler de John Bright. Voici ce qu’il disait à ce sujet dans un discours prononcé à Rochdale en 1861 :

‘ Je dirai qu’un homme de grand cœur porterait de préférence ses regards sur le jour où depuis la pointe de terre habitable ja plus rapprochée du pôle jusqu'aux rivages du golfe du Mexique, toute l’étendue de ce vaste continent deviendrait une grande confédération d’Etats—sans une nombreuse armée ni une marine considérable,—ne s’immisçant pas dans les complications de la politique européenne, sans un seul bureau de douane à l’intérieur dans toute l’étendue de ce territoire et avec la liberté partout, la loi partout, une pareille confédération donnerait au moins l’espoir que l’homme n’est pas oublié de la Providence et que l’avenir de notre race peut être meilleur que son passé.??

Il disait encore dans un discours prononcé à Birmingham l’année suivante :

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