LES IDÉES MORALES
divine, se glissait avec son cortège de dieux par la bouche de la fente et pénétrait dans la nuit. Les âmes s'y insinuaient avec elle sous la protection d'Osiris. 11
avant, décoré du collier de vie, qui... — lia énoncé toutes les affaires dans la double Egypte... il châtiait le rebelle..., il repoussait le bras du malfaiteur..., il abaissait l'épaule de 1 orgueilleux..., le scribe parfait, versé dans les lettres. En ti'f, juste de voix I — C'était un sage muni de connaissance, jugeant exactement ce qui est vrai... appliquant son cœur à pacifier, il ne faisait aucune distinction entre les inconnus et ses familiers; recherchant le droit, il appliquait son c^œur à écouter les requêtes. Il rendait justice aux plaintes du pauvre, il était sévère pour le compteur..., il vérifiait la parole du véridique, il faisait retomber le mal sur celui qui faisait tort à l'homme malheureux. C'était le père du faible, le soutien de celui qui n'avait plus de mère; redouté dans la maison du malfaiteur, il protégeait le pauvre, il était le sauveur de celui qu'un plus fort avait dépouillé..., c'était le mari de la veuve, l'asile de l'orphelin..., les affligés devenaient joyeux quand ils étaient connus de lui... Tous les hommes lui confiaient leur salut et leur vie..., à lui..., le scribe parfait, Entef, juste de voix I » [Amélineau, 141-148].
« Préfet favorisé par la Fille du Soleil (la déesse Vérité-Justice), elle t'aime, te protège chaque jour, elle embrasse tes chairs et ton épaule..., afin que tu fasses une journée bien remplie çur terre, associé au Pharaon...». — « Dès la pointe du jour, (Rekhmara) se levait pour entendre les requêtes des provinces du midi et des provinces du nord. Il ne rebutait personne, ni petit, ni grand, et le mal fait au pauvre, au vieillard, à l'affligé, Horus (le pharaon ?) le retournait à son auteur. Il siégeait pour mettre la paix dans le pays entier, dispensant la justice, sans faire attention aux dons, aux démarches, aux offrandes, jugeant avec équité le pauvre et le riche sans que pleurât celui qui lui avait adressé une requête,.., le prophète de la Vérité, le préfet comte Rekhmara. Point d'inattention chez lui au sujet des faits pour lesquels l'enquête a été faite : il pèse également le pauvre comme le riche et se montre en pacificateur » [Virey : Le tombeau de R,, p. 43, dans les Mém. de la Mission du Caire; cité par Amélineau : Essai sur Vevol, histor. et philos, des idées morales dar^s l'Egypte ancienne. Paris, 1893,269*270].
Certains savants, tels qu'Amélineau (op. laud.), rappellent
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faïlait donc qu'elles se rendissent à Abydos de tous les jjojnLs del'Égypte, et l'on supposait qu'elles faisaient k^ voyage par eau. Cette expédition est fréquemment représentée sur les peintures des tombeaux. D'ordi-
eriLOiv ta belle situation de la femme en Egypte ; ils en concluent que ri:f,^ypte a été Tiniliateur de notre civilisation dans les voies du [jï Offres moral ; si elle n'en a pas la gloire, c'est que ses cnfanls n'ont jamais eu l'esprit généralisateur ; mais c'est de leurs niajïiniu:^ que les Grecs ont extrait leur philosophie morale; et ce soni 3es gouverneurs, tel Entef, qui, avant la Bible et l'Evangile, ont parlé un langage biblique et évangélique.
La plupart des égyptologues — M. Maspéro notamment — incliiii^iit à penser que ces nobles sentiments de fraternelle bonté tlaient extrêmement rares dans l'Egypte ancienne. Malgré TOsirlsme> ils croient que, en général, VEgyptien n'associe pas l'idée morale à l'idée religieuse. Sa morale est toute positive, et pi-aUque [Erman, 102] ; « elle n'a jamais été choquée de toutes li-^s cTiiautés et les obscénités qui encombrent la mythologie et le rituri u [Cumont, 110]. Les mots devoir et vertu n'existent pas i?n égyptien. Et, si nous savons que l'idéal égyptien du bon Jug€ élait très noble, reste à savoir si cet idéal était réalisé fiouvent : nos nombreux documents contemporains de la xii» et de la xvin» dynasties ne paraissent pas précisément l'indiquer. Il semble que le pauvre ait été aussi enclin au vol, que le riche pi'Oiligaede coups de bâton.
Ln papyrus donné par Prisse d'Avenues à la Bibliothèque naLîunale de Paris reproduit la fin d'un traité de morale attribué à Qaqimni[vi« dynastie, vers 3800] qui prêche la modération dans le manger et la bienveillance envers les timides, — et le texte complot \.\^^ instructions de Phtahkotpou : ce dernier est un contemporain rte Menkahouhorou ; nous avons retrouvé son tombeau. V Les iinalyses savantes, les discussions raffinées n'étaient pas de mode h Tépoquede Phtahhotpou. On négligeait les études spéculatives pour les faits positifs : on observait l'homme, ses passions, ses ïuibitudes, ses tentations, ses défaillances,... dans l'espoir de nlïformor ce que sa nature a d'imparfait et de lui montrer le chemin do La fortune... La science est utile pour arriver à une bonne |ilacc : il recommande la science. La douceur envers les subalteriieâ est bien vue et de bonne éducation ; il fait l'éloge de la doucL^ur... « Si tu es sage, tu monteras ta maison et tu aimeras
LES INSTRUCTIONS DE PTHTAH-HOTPOU 49
naire, le mort, habillé de ses vôtemenls civils, commande la manœuvre comme s'il eût été encore en vie. D'autres fois, il est enfermé dans un catafalque entouré de pleureuses et deprètres. Des canots et des cha-
ta femme chez elle, tu empliras son ventre de nourriture, tu habilleras son dos ; tout ce qui enveloppe ses membres, ses parfums, est la joie de sa vie ; tant que tu seras là, elle est un champ qui profite à son maître». Le bon Phtahhotpou cherche à rajeunir par l'imprévu de son style l'antiquité des sages préceptes qu'il énonce [Maspéro : op. laucl. I, 399400]. Parfois on rencontre « quelques morceaux pleins de mouvement et d'énergie sauvage, où l'inspiration poétique et l'émotion religieuse se devinent encore à travers les expressions mythologiques » ; quelquefois se rencontre quelque maxime qui annonce effectivement la Bible [devenu riche, « tu es devenu l'intendant des biens de Dieu », Amélineau, p. 99 ; — Dieu punit les méchants, p. 95-96; — il faut conduire les hommes non par la terreur, mais par la bonté, p. 401-102]. Mais la notion des devoirs envers Dieu n'apparaît pas ; surtout la préoccupation dominante de l'auteur semble être celle-ci : comment réussir dans les fonctions confiées par le roi? On insiste sur l'obéissance, non pas en tant que devoir, mais parce que moyen de parvenir ; on détaille la manière de se bien conduire à table chez un supérieur ; et l'on rappelle de la même manière qu'il faut se courber très bas devant lui, et l'aimer [Amélineau : 99-1 06] .
Plus tard, au temps de la xviii», de la xix« et de la xx« dynastie, on rédige des traités de morale dont l'inspiration ne semble pas différente . Dans le Dialogue d'Ani avec son fils KkonshotpoUyH défile le chapelet ordinaire des lieux communs sur la vertu, sur la tempérance, sur la piété, sur le respect dft parles enfants à leurs parents ou par les humbles aux puissants de ce monde. Le langage en est ingénieux, pittoresque, parfois éloquent... « Gardetoi de la femme qui sort sans qu'on le sache... ; ne la suis pas... ; la femme qui a son mari au loin t'envoie des billets et t'appelle L elle chaque jour sitôt qu'elle n'a pas de témoins ; (n'y réponds pas, car) si elle vient à t'empétrer dans son filet, c'est un crime qui entraîne la peine de mort, dès qu'on l'apprend... Ne te montre point querelleur dans les brasseries... (Rappelle-toi tout ce que tu dois à ta mère), afin qu'elle ne s'indigne point contre toi et qu'elle ne lève pas ses mains vers le dieu, car il écouterait sa plainte !.. .
lands chargés d'offrandes escortent les barques principal<i.s. Les gciii de Téquipage poussent des cris de bon augure;: « En paix, en paix, auprès d'Osiris! » ou causent et se disputent entre eux ^ »
Qui lukit la paresse vient sans qu'on l'appelle... Sans se presser pour arriver, le bon marcheur arrive » [Maspéro : op. laud., II, SOï'Su^l Déjà Phtahtotpou enseignait: « Sois actif... ; ractivité produit la richesse » ; « ne fais pas la cour à la femme d'un autre... jMiur jouir d'un moment court comme un rêve » [Amélineau l>. 1054 11 j.
Il n't'st pas impossible que cette littérature gnomique ait exercé \u\ii aLtion positive sur la littérature Israélite des Proverbes : on lm; connaît le caractère pratique. Voir in/ra p. 292.
* Masipéro : Eludes Egyptiennes. I, 121-128 et Histoire, II, 506, ^ Ali jugement de certains savants, Osiris est originaire d'Abydos. C'i*Hl à Ahydos qu'on montre son tombeau et qu'on garde ses roliqu<.^s. — Son ennemi Sit fut adopté, peut-être, par les Pasteurs sous k' nom de Soutekh : la haine qu'il inspirait aux Egyptiens s'iTi Irouva encore accrue. — La stèle de I-cher-nofret [Musée de Brfiin : Schaefer : Die MysteHen des Osiris... 1904] atteste qu'on f^f-liMirait A Abydos, au temps de la xii* dynastie, des représentalions religieuses analogues aux mystères chrétiens des temps iL^oUaux : « 1» le dieu chacal Wep-wawet (Anubis) sort comme avnnl-roureur d'Osiris ; 2» Osiris passe en roi victorieux; à» O&iris sort et trouve la mort. Découverte du corps, grande pLiinte: 4*» le dieu Thot sort sur so« bateau et vient chercher le c(»r|if^ : S" on prépare le corps pour l'ensevelissement; 6» Osiris isl i^kscvcli dans sa tombe à Peker; 7« les ennemis d'Osiris, Sit r( ses compagnons, sont vaincus par Horus dans une grande battullr sur l'eau, à Nedit; 8» Osiris, ranimé d'une nouvelle vie, ri*nliv Irioinphant dans le temple d'Abydos.'Cf. Wiedemann : Die A jifdnge tiramatischer Poésie im Allen Ai,gypten [Mélanges Nicole; tienO'vo, 1905]. — Le déblaiement de l'Osireion d'Abydos a été onlri:'])n3 en 1902-1903 par Pétrie et miss Murray. C'est un vaste hypogéo, qui se présente comme la tombe royale de Merenptah; mais ne lus connaissons la tombe de celui-ci dans la vallée des [\\i\^\ il faut donc croire que TOsireion est un temple. Du reste, IcK sculptures de la grande salle représentent la résurrection {iUsiris par Horus, et les murs i^eproduisent le chapitre 142 du Liine des morts [les noms d'Osiris], le chapitre 43 [identification