‹ L'avenir du peuple canadien-français [microforme]Chapitre 39 sur 97 · ARS · texte numérisé non relu

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ique, « La conservation, la propagation de la langue française im-

ouvel portent à l’ordre général de la civilisation, Quelque chose d’es-

emps sentiel manquerait au monde,

ssion le jour où ce grand flambeau

pyens clair et pétillant cesserailt

de briller, L'humanité erait amoindrie, si ce merveilleux instrament de civilisation venait à disparaitre ou à s'amoëindrir, Que de choses éternellement bonnes et vraies ont été pour la première fois dites en français, ont été frappées en français, ont fait leur apparition dans le monde en français!

Que d'idées libérales et justes ont trouvé, tout d’abord en

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français, leur formule, leur définition véritable!

Je dis que le français a été une langue bienfuisante pour l'humanité, (a été aussi une langue aimable, Oh! que de douces choses on a dites en français. I n'y a pas de langue dont on puisse détacher de plus jolies phrases. Que de sentiments fins et exquis ont trouvé leur expression en cet harmonieux idiome !

(E. Renan. Conférence faite à « l'Alliance pour la propagation de la langue française) ».

C'est dans les temps où un peuple est endormi ou esclave que sa langue se couvre de mots étrangers, d'une origine différente, Mais ces mots ne s'implantent pas véritablement dans le tissu du langage national, Ils n'y adhèrent qu'à la surface, Cet alliage de mols d'une cntre dünñgite est comme une maladie; tant qu'elle dure, la langue est impuissante à exprimer le vrai génie d'un peuple ».

(Edgar Quinet, « La Création, vol, II, p. 180).

Au milieu de toutes les choses obscures qui nous ont été léguées par les âges lointains ou

que nous entrevoyons au fond du passé, il

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est une seule chose lumineuse, le langage. Le langage est le véhicule de Ïa tradition et de l'histoire ; mais lors même qu’il ne nous raconte aucun fait, il éclaire l’ombre d’une vive lueur; car il nous dit les émotions qu'ont ressenties les générations humaines disparues, l'étendue, la variété de leurs impressions, la complexité de leurs sensations, leurs croyances, leurs passions, leurs misères, leurs bonheurs.

Chacun des mots qui le constitue, indique une forme, un être, une manifestation de la vie du passé. Qu'importe, après tout, le détail des évènements? Le philosophe qui connaitrait bien la langue d’un peuple disparu sans laisser d'histoire écrite, pourrait reconstituer la vie de ce peuple. Dans la prédominance de certaines idées : justice, pitié, charité, clémence, force, bravoure, domination ; dans les unions permanentes de mots, les proverbes, les maximes, il apprendrait combien de sang il y a dans ce passé, combien d’atrocités, combien de joies calmes, quelle somme de bonheur paisible.

L'origine des langues que nous nu langues-mères est inconnue, celle des langues dérivées est toujours obscure. C’est pourquoi elles ont lattrait d’êtres dont la beauté échappe, dans son essence, à l’appréciation

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des critiques, le charme d'êtres uniques que jamais plus on ne créera.

Dans notre siècle de lumière, en eflet, on ne concevrait pas qu’on voulût forger une lanque de toutes pièces. Le volapuk est un exemple de cet effort ridicule ; l’on ne conçoit pas, en supposant l’éternité du progrès, que désormais aucune langue nouvelle soit créée.

Les monuments sont le souvenir de faits particuliers ; les langues sont les portraits des âmes des nations. Mille fois plus barbare serait celui qui voudrait supprimer la langue d’un peuple, que celui qui démolhirait ses monuments.

« Sous les auspices d’une providence mi- ‘értcordieuse, les diverses familles du genre humain, les grandes nations de la terre dispersées sur toute la surface du globe habituble, ont parlé diverses langues, raconté leur histoire, exprimé leur caractère et enfin révélé les pensées et les faits du genre humain sous diverses formes de langage, qui ont rivalisé entre elles de beauté, de richesse, de variété, de force et d’éclat. »(\)

Ainsi la multiplicité des langues est devenue un bienfait. De la confusion babélique

1, Mgr Dupanloup. De la haute éducation intellectuelle, P: 99:

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L'AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS 12ñ

l'homme s’est fait un rempart contre cette autre confusion qui serait nécessairement résultée d'un mode de manifestation uniforme des produits de la pensée. Grâce à la variété des idiomes, il se fait dans chaque région, dans : chacune des divisions importantes du globe, considérées comme centres producteurs, une sélection des travaux les plus parfaits, qui viennent prendre place dans le trésor littéraire et scientifique de l’humanité. En Allemaqne, en France, en Angleterre, en Italie, le critique sait distinguer au milieu de la foule des productions journalières, l’œuvre originale, géniale, digne de vivre ; il sait la distinquer et la mettre en vedette, Il sait extraire des œuvres moins brillantes ce qu’elles ont de bon, et il livre au commerce intellectuel, si Je puis m’exprimer ainsi, une quintescence de la production littéraire et scientifique de son pays. Supposez qu’une langue devienne universelle ; par ce temps de fiévreuse activité intellectuelle quel historien de la littérature, quel moissonneur des travaux de lesprit pourrait se charger de faire un choix judicieux et de signaler au public ceux de ces travaux qui sont dignes de son admiration?

Combien d'œuvres sublimes peut-être passeraient inaperçues, combien de découvertes précieuses resteraient improductives ! Suppo-

sez seulement que la République Américaine compte, proportionnellement à sa population:

autant de savants, de poètes, de penseurs, de romanciers que la France, l'Angleterre ou ‘ l'Allemagne, la critique anglaise ne serait déjà plus à la hauteur de sa tâche, elle aurait un champ trop vaste à embrasser. La diver- F sité des langues a imposé une heureuse division du travail, et il semble que la Providence,

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h. en châtiant l’homme, suivant la parole de x | | l’'Ecriture, ait voulu lui conserver l’économie l | de ses forces. “i |: RE Ainsi, les langues, dans leur développe- : | [TTEE ment multiple, ont incarné le génie des races Ur et se sont perfectionnées avec elles. Elles ont L

u fixé par un axiome, une maxime, un proverbe pa

(a les expériences de chaque génération. Elles |

| sont venues à travers les âges, recueillant, sp

: comme une riche moisson, tout ce qui nous FA

est resté des âmes envolées : fruits de la E

réflexion, de l’activité, du labeur; fieurs du d'a

rêve, de la souffrance et des affections sain- ss

tes. « Ce sont les langues qui forment les si |

peuples bien plus qu’elles ne sont formées re

par eux », a dit le grand philosophe allemand Bi te

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