Théorie de l'Etat, p
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voisins par la race, la langue, les qualités de l'esprit, les aptitudes morales et les souvenirs historiques. Nos compatriotes venus d’Angleterre, d'Écosse et même d'Irlande, abstraction faite des liens politiques, se fondent dans la grande masse pan-saxonisée qui forme l’immense majorité de la population de l'Amérique du Nord.
Etant donné cet état de choses, sommesnous, comme on la souvent prétendu, un obstacle à la constitution d’une nation canadienne ? À ceci, nous n’avons qu'une réponse à faire : notre position est bien claire, bien logique, bien définie et nous ne pouvons rien y changer. Le pays que nous occupons, nos pères l’ont conquis, colonisé et arrosé de leur sang. Nous l’aimons parce qu’il est pour nous, la seule et unique patrie et pour toutes les raisons qui font aimer la patrie. Nous le désirons prospère et nous voulons contribuer à sa prospérité, parce que nous ne pourrions, à moins d’être idiots, entretenir d’autres désirs. Nous sommes prêts à le défendre, à défendre nos foyers, si jamais on les attaque, ce qui ne nous paraît pas probable, comme nous les avons défendus dans le passé. Notre titre de Canadiens-français n'implique ni rancune, ni hostilité contre aucune race, contre aucun Etat; nous professons les sentiments les plus
amicaux pour nos compatriotes parlant une lanque différente de la nôtre. Enfin, nous sommes fidèles aux souvenirs de notre passé ; nous entendons ne rien abdiquer de ce que nous ont léqué nos ancêtres et de ce que la constitution sous laquelle nous vivons nous a permis de conserver.
Que les Canadiens anglais, écossais et irlandais, s’inspirent de sentiments identiques, et si nous ne réussissons pas à former, comme la Suisse, par exemple, qui compte des peuples !l trois races différentes, une nation unie, progressive et prospère, c’est que des lois historiques et sociologiques auxquelles nous ne pourrons nous soustraire s'opposeront à la réalisation de cette ambition.
En attendant, nous sommes de loyaux sujets de la couronne d'Angleterre.
Il'arrive parfois que certains d’entre nous, emportés par la chaleur des discussions politiques ou autres, déclarent qu'ils sont fiers de leur allégeance à la Grande Bretagne. Cela n'est pas exact. La fierté, avee Le sens qu’on lui prête ici, c'est ce sentiment de satisfaction légitime quon éprouve en constatant que l’on possède quelque qualité, quelque avantage que d'autres me possèdent pas au même degré ou ne peuvent pas acquérir. Or, je n'ai
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pas le moindre doute que la qualité de sujet britannique ne puisse être facilement étendue à tous les peuples qui en manifesteront le désir.
Le fait est que nous avons été mécontents pendant un siècle, de 1760 à 1848, ou même 1867, et qu'auJourd’hui nous sommes satisfaits. Du reste, la plupart des exclamations de ce genre que nous arrache le lyrisme obligatoire des grandes manifestations ne sont quère plus justes.
Nous sommes fiers, au contraire, de ce que nos pères ont fait pour nous empêcher de devenir sujets britanniques et de ce qu'ils ont fait, après la conquête, pour nous obtenir les libertés dont nous jouissons.
Loyaux sujets, nous le sommes. Nous ne faisons pas de notre loyalisme une question de sentiment : nos intérêts immédiats et surtout ceux de notre avenir nous lient et devront nous lier, pendant de longues années encore, à la couronne d'Angleterre. Nous ne sommes mûrs ni pour l'indépendance, ni pour l’annexion aux Etats-Unis. L'indépendance du Canada, nous ne pouvons la désirer, tant qu’un esprit assez libéral et assez large pour respecter tous les droits et ménager toutes les susceptibilités ne se sera pas implanté dans les sept provinces du Dominion, Nous ne pou-
vons désirer l’annexion aux Etats-Unis, tant que les Canadiens-Français n'auront pas conquis, par leur développement intellectuel, matériel et moral, un droit inéluctable à.une vie nationale distincte ; tant que le sentiment patriotique ne sera pas chez eux assez puissant pour résister à toutes les épreuves et triompher de tous les obstacles.
Quant à l'indépendance de la province de Québec, il serait ridicule d’y songer : ce serait l’établissement d’une république sur le modèle de celles de l'Amérique du Sud, ce serait lâcher la bride à toutes les convoitises, à toutes les ambitions, à toutes les vanités, établir d’une manière permanente le règne de la corruption, de la médiocrité et de l'intolérance.
Pendant que les hommes de race anglaise s'occupent de leur avenir commun et se demandent comment ils pourront imprimer aux hommes, aux évènements et aux choses, une direction qui leur assure dans le monde la prééminence qu'ils convoitent, nous n’avons qu’une chose à faire et notre rûle est tout tracé : englobés dans les possessions anglais ses, ayant avec nos voisins des autres provinces des intérêts communs, nous devons nous associer à tous les efforts de ceux-ci, en tant qu'ils tendent à utiliser nos ressources
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matérielles et à élever le niveau intellectuel général. Tous les projets ayant uniquement pour but de favoriser l’expansion de la race anglo-saxonne et d’exalter l’orgueil britannique, reçoivent de notre part une attention sympathique, mais nous n’aurions que faire de nous y associer et, surtout, de les entretenir avec enthousiasme. Si nous disions le contraire, on ne nous croirait pas : ce ne serait pas naturel.
Les Canadiens-Anglais sont Anglais d’abord, Canadiens ensuite. Les Canadiens-Français, bien qu’'invinciblement attachés à tout ce qu'ils tiennent de leurs ancêtres de France, sont Canadiens avant tout, car ce nom leur appartient depuis trois cents ans, car ils ont une histoire dont les fastes se sont déroulés sous le ciel du Canada : de fait, leur vie nationale dans ce pays serait aussi intense que celle de n’importe quel peuple européen, si elle n’était affaiblie par l’émigration co: inuelle aux Etats-Unis.
Dans ces circonstances, la formation d’une patrie canadienne, sur le modèle de la République helvétique, d’une nation basée sur l'union, et le respect mutuel des droits de tous et de chacun, est-elle possible ? Je le répète, aucun obstacle de notre part, de la part, du moins, de limmense majorité des
nôtres ne s’y oppose. Nous n’aspirons pas à une vie politique autonome ; nous aous savons destinés, quoiqu'il arrive, à être une partie intégrante d’une nation composée d'éléments ethaographiques divers, et nous en prenons bieu volontiers notre parti.
Une union politique et d'intérêts, telle qu’est la confédération canadienne, telle qu'est devenue l'Union américaine, ne saurait aspirer à devenir à bref délai un tout homogène, un ensemble dont toutes les parties seraient animées par une même pensée, un même sentiment. Les sympathies ne se commandent pas, « une nation ne s’improvise pas ».
Pourquoi, d’ailleurs, voudrait-on que cette union prit un autre caractère ? Elle suffit, à notre époque, aux besoins des peuples américains, elle assure le bon fonctionnement des gouvernements, elle garantit la sécurité de tous. Il faut laisser le temps accomplir son œuvre (1).
Mais, je l'ai dit, les Canadiens-Anglais, sont Anglais avant tout : ils n’ont pas oublié qu'ils
sont les vainqueurs, et nous les vaincus. La
1. M. Goldwin Smith déclare que « la Province de Québec est un corps non conducteur qui empêche la pensée nationale de circuler dans les veines du Dominion ». Si cela vous gène, pourquoi nous avez-vous conquis ? pourrions-nous lui repondre,
Te L'AVENIR DU PEUPLE CANADIEN-FRANÇAIS 325 NÇAIS «
1s pas à plupart d’entre eux ne comprennent pas que ç SAUVONS nous puissions ous refuser à l’honneur de » partie l'assimilation anglaise et ne sont pas coniléments vaincus que nous n’abdiquerons jamais notre prenons nationalité. Enfin, dans leurs âmes tenaces et exclusives, certaines antipathies anciennes se Ile qu'est sont perpétuées, qui n’ont laissé presque aucu- :st deve- ne trace dans les nôtres.
spirer à Les Suisses ont été Suisses avant d'avoir un jène, un sentiment quelconque de nationalité française, dent äni- allemande ou italienne. La République Helvéne -sentis tique est une vieille nation dont l'union repose dent pas, sur bien des gloires, bien des combats, bien des sacrifices communs. J’ai lu, en ces derque cette niers temps, un grand nombre d'ouvrages sur e suffit, à la constitution, les lois et les institutions de ces ples amé- | doyens des républicains, j'y ai cherché en ement des [ vain une seule phrase, un seul mot rappelant curité de l'existence d’une différence de race, de langue, mplir son d’aspirations. Un Suisse ne songerait pas plus à reprocher à un de ses compatriotes de parjlais, sont ler français, italien ou allemand, qu’un protec-
lié qu'ils | tionniste canadien ne songerait à faire un crime à un de ses voisins libre-échangiste de ses opinions économiques. En outre, il y a entre eux communauté de religion.
bincus. La
ice de Québec isée nationale ja vous gène, jus lui repon-