‹ L'avenir et les BonaparteChapitre 10 sur 46 · W L'AVENIR · texte numérisé non relu

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plus avancé de civilisation. Et l'effet est le même pour la Dation qui profite de toutes les supériorités, de tous les talents qui se succèdent, en quelque lieu qu'ils se produisent.

Une famille isolée voit, au contraire, les générations se succéder sans qu'il y ait aucune certitude que les qualités personnelles et la carrière du fils soient un progrès sur celles de son père. La médiocrité peut succéder au talent, la folie à la sageçse, la débilité à la force, la fougue irrédéchie à la temporisation, de mfme que le contraire peut avoir lieu. Une dynastie est un astre irrëgulier dans sa course et changeant dans son aspect ; tantôt lent, tantôt rapide; ici resplendissant, là obscur; parfois à demi ou totalement éclipsé, jusqu'à ce qu'il disparaisse pour jamais de l'horizon.

Dans certains pays, même aux époques les plus reculées, des efforts ont été faits instinctivement pour atténuer, par l'institut politique, les effets de ce contraste de situation entre la famille régnante et la nation; et partout où le souverain était violemment dépossédé du pouvoir, c'est que la race n'avait pas trouvé et adopté son idéal ou son frein.

Il en fut ainsi lorsque les républiques antiques

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disparurent pour faire place à l'empire romain.

Les séditions, l'assassinat furent en permanence et terminèrent la plupart des règnes, jusqu'à ce que le stoïcisme fût accepté par les Anlonins comme un flambeau, comme un joug moral, qui devaient guider et contenir leur autorité.

Un frein volontaire existait, faible garaniie sans doute; mais ses effets, quand des natures honnêtes se succédaient sur le trône, étaient d'autant plus puissants que, sous l'Empire, l'organisation administrative de la République avait été maintenue et perfectionnée. Aucun rouage n'était abandonné-, un seul homme les mettait en mouvement; et si cet homme était un disciple de Zenon, si son entourage habituel se composait de moralistes, de philosophes et de jurisconsultes nourris des mêmes doctrines, alors toutes les branches de l'administration et toutes les parties de l'Empire ressentaient l'influence de la pression que les droits de l'humanité exerçaient sur le chef de l'État.

Après le stoïcisme, c'est l'Eglise qui inspira et modéra l'exercice du pouvoir souverain.

Les rois s'entouraient d'abbés et d'évêques dont ils faisaient leurs ministres et leurs confesseurs.

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Sans l'intervention du pouvoir spirituel, pouvoir <pii faisait partie de la constitution de TËIat, puisque le rlergù possMait des droits indépendants de l'autorité temporelle, que serait devenue l'Europe, dans l'état de confusion on l'irruption des Barbares l'avait plongée? Mais les dynasties ont accepté le gouvernement moral de l'Eglise, et c'est ce qui a fait leur force. La trêve de Dieu. Ips croisades, ont permis la formation des États modernes, dont le premier signe de vie a été la résurrection des communes.

Alors le frein dynastique changea de nature : de religieux il devint politique. Les souvenirs du Champ de Mai et l'exemple des conciles firent naître les états gén^^raux. Leurs droits, souvent méconnus ou délaissés, restèrent cependant comme une tradition dont s'inspirèrent plus tard les parlements.

Les parlements, en France, les états et les assemblées politiques en Hollande et en Angleterre, voilà la |>ersonnirication du droit national qui, à partir de la Réforme, contient la couronne et partage l'exercice de la souveraineté.

Peu à peu cet instrument nouveau s'est perfectionné, soit par le jeu même de son mécanisme.

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soit par les révolutions ; et nous en sommes venus à ce point que ie système représentatif, dont l'Europe entière avait fait sous diverses formes l'essai au moyen âge, réintroduit de nos jours dans tous les États modernes, y a réglé d'une manière définitive les rapports des peuples et des souverains.

Quel est le principal mérite du système représentatif, au point de v«f des intérêts d'une dynastie ?

Ce mérite, c'est d'être un frein beaucoup plus puissant, plus rationnel et plus salutaire que le stoïcisme, l'Église, les anciens états généravix et les parlements.

De toutes les formes de jBfOuvernement représentatif, la plus favorable à la conservation des maisons fiouveraines qui ont adopté l'idéal de la nation , c'est la forme qui fait la part la plus grande à la liberté, c'est la forme parlementaire.

Selon le rôle qu'il est appelé à remplir dans l'État, le régime parlementaire peut devenir l'ék^ ment le pins actif du renversement ou de la consolidation des trônes. La raison en est simple. Quand l'idf'al [lopuiaire ne forme pas au\ yeux de tous l'âme d'une dynastie, le souverain n'iiu-

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pose pas le respect, les assemblées exagèrent leurs prérogatives.

Quand le peuple, au contraire, sent vivre ses espérances, sa passion de progrès dans la politique même du pouvoir, alors les droits des assemblées et le jeu de toutes les libertés n'ont d'autre effet que de former et de grouper autour du trône les caractères et les talents les plus propres à gouverner l'État, avec ou sans l'inspiration du souverain, si cette inspiration momentanément fait défaut.

Mais la nécessité de l'idéal et du frein dynastique a été assez justifiée. Faisons l'application de cette loi, que l'histoire enseigne, à la position particulière où se trouvent la famille Bonaparte et le pays. Examinons si l'institution impériale remplit aujourd'hui les deux conditions qui ont été reconnues essentielles pour l'établissement des maisons souveraines, ou s'il existe quelque lacune à combler.

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