‹ L'aventurier espagnol; comédie en trois actes et en proseChapitre 145 sur 232 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

Les Mêmes, ADOLPHE. ( Il sort de son appartement sur la pointe du pied , et court regarder par le trou de la serrare de la porte en face.

ADOLPHE , avec impatience.

Allons j elle repose encore!

CRICK

Hein!.... vous le voyez!

LA COMTESSE

Me serait-il permis de complimenter M. de Reinsberg ?

ADOLPHE , se retournant.

Que voisje? c'est vous, Madame la Comtesse , ici , dans ce château,... J'étais loin de m'attendre.... Ciiik, laissez-nous.

Crick sort.

LA COBITESSE.

'Q)-»'avrz-'vops donc , mon cher Adolphe ? TOUS Toilà lout îroubic, tout déconcerté.

Air : de Julie.

Qr.ol ! mon aspect vous inioorfune,

A OIS avez, tort a .surémt'iit •

Un époux cil Loniir (ûitiiue, Rien n''esl pins neu!', et i-ifn n'esi | lus piquant:

Maii cji.el oir gaurhe, ri quelle étnde! Un rendez-vous -viuit-il lai.t d'cxanien ?

On voit hen que le pan vie hymen,

Héias ! n'en a pas riiabitude.

ADOLPHE , a(^ec embarras.

Cest bien aimable à vous de nous surprendre ainsi !

LA COMTESSE

N'est-ce pas ? Voilà comme je suis pour les personnes que j'aime. J'appimds votre mariage, aussilot je quitte tout, les bals , les plaisirs delà cour, [;our voir ma meilleure amie, cette

chère Elise, et jouir du spectacle de votre bonheur mais

quelle singulière figure vous me laites quand je vous parle de votre femme.... n'êtes-voiis pas; heureux?.... ADOLPHE , soupirant.

Heureux !.... peut-être moins que vous le croyez. LA COMTESSE , vivcment.

Quoi!.... VOUS auriez des peines, des chagrins \..,. {^ Avec sentiment. ) Quel bonheur !.... parlez , confitz-vous à moi.... Je serais si contente de pouvoir vous être utile!

ADOLPHE

Quoi I vous daigneriez paitagor ?....

LA COMTESSE

Mais , c'est noire seule mérite , à nous autres femmes.

Air : Muses des bois.

Dans le danger prêts à saisir les armes , Vous nous servez dVgi'le et de sotuien 5 M.'is du niaiiieur s'il t'aiii sécljin- les brraes, Auprts de nous les Itoniines ne soiii rien. Oui, leur verlu rigouieuse, hautaine, Ne vaut jamais notre douce amitié :

Ils vous diro"i corame on brave la peine, Wous, sau3 neu dire , en prenons la aïoiiié.

ADOLPHE

Oui, je venx tout confier à votre amitié, et vous verrez dans qnell'' situation.... Vous avez sans doute connu mon oncle Sudiuer, le plus brave de «os uiirins ?

LA COMTESSE

Non, mais j'ai entendu raconter que vous lui deviez tout.... votre éducation, voire rorioii»'! qM' jamais aussi reccnnaissaiice ii'eg.ild la vôtre ; à propos de ( ela , pertnettcz-nioi de vous dire qu'il est disparu dtpui-. six ans, qu'il est probable qu'on n'aura pliis de ses uuiiVflIcs , ( t qu'il faut en lout finir par se faire «ne raison.... )e m'en suis bien fait une , moi, par rapport à mou mari !

AD'JLPHE.

Ab ! permeltoz-raoi d'espérer que mon oncle ne nous est point encore ravi.... et, pour vous le fair. cuuuaîue, laissez -moi vous lire seulement la dernière lelire que j'ai reçue de lui lors de son départ. ( Lisant. ) u A boid.de la I^eiéide, le 12 juillet ji 1810.

1) Mon ami , mon neveu , mon clier fils , nous sommes en » présence des An'^lais , qui s'opposent à notre soitie.... mais » demaiu le convoi qu< je commande sera en pleine mer, ou » le Commodore que j'ai à coinb ittre aura sauié avec moi. »

LA COMTESSE

jiura sauté avec moi.... En vente', j'aime déjà ce capitaine Sudtiier à li folie, et je von irais po ir b^-auroup qu'il eiit fait iauler le Cummodore.... Continuez, y: vous prie.

ADOLPHE, con inu/inl de lire,

« Mon lieutenant , bles-e à mort à ra^s côtes, m'a le'gne une

» fille charinanic , un entant de douze ans , qu'il lai-.se sans

» fortune et sans autres parents qu'un frère perdu de (telles

» et déshonore. Si j'en r-viens dans quelques années, jr j'é-

» pouse et par âge nia fortune entre vous 'eux.... muis , jus-

» qu'a mon retour, c'est a loi qu' je la confie: sois son tu-

» tenr , sou guide, son appui; déroba -la suMout aux ri\tre-

» prises de son frère, et ne néglii:;e rierr pour conserver à ton

» oncle, à i'>n vieil .nui, ce qui doit fdire la joie et le bon-

» Leur de ses derniers jours. »

LA COMTESSE

Je comprends enfin.... l'enfant de dnwze ans en a maintenant dix-huil; swn vdiiu frère voulait la marier m.iljre'elle à ce vifiJX b.iron de Blackskin...,

ADOLPHE

Helas! ooi,

LA COMTESSE

Et VOUS l'avez épousée , c'est charmant ! ça ne sort pas d* la famille.

ADOLPQE , vivement.

Que dites-vous , Comtesse ? j'aurais train à ce point la confiance démon oncle, de mon bienfaiteur!.... Vous ne m'entendez pas.... yn fdit courir le bruit que j'épousais Elise ; nous avons elë fiance's dans la ch.ipelle du château , cette cérémonie a trompé tout le monde. J'ai écrit à son frère que le mariae;e était fait.... Elise , elle-même, en signant une donation qui lui assurait la moitié des biens de mon oncle, a cru signer l'acte qui l'enchaînait à moi ! Depuis ce moment , rien n'a été changé dans nos habitudes , dans notre conduite , et tout a repris au château sa forme ordinaire.... J'ai conservé à mon oncle celle qu'il avait choisie , et j'attendrai son retour sans m'écarter du plan que je me suis tracé.

LA COMTESSE , fiant.

Ah! ah! nh! voilà bien l'idée la plus bizarre, la plus ex- Iravagante.... Il fallait une tète aussi romanesque que la vôtre pour concevoir un pareil projet!.... Mais, mon cher Adolphe, ce mariage ne durera pas.

ADOLPHE

Et qui pourrait s'y opposer ?

La comtesse.

Vous, d'abord vous êtes amoureux.... oui, Monsieur f

amoureux de votre fem.me.

ADOLPHE

/Moi , je pourrais manquer à mes serments, à la reconnaissance....

LA COMTESSE

Voilà les grands mots... eh! mon cher ami, les serments, lareconnaissance... c'est tics bien assurément ; mais ce n'est pas à moi que vous persuaderez que vous n'êtes pas amoureux : je m'y connais, mon ami • vous en avez tous les symptômes.

Air : du Piège.

Tous les jo'.irs je vois à mes pietTs D'anmnts une nombreuse escorte ; Et si près de moi vous étiez Pendant une heure de la sorte,

Avec cet air qui fait pitié, Ce regard langoureux et triste, Il n'en faudrait pas la moitié Pour que vous fussiez sur ma liste.

ADOLPHE

Comtesse, vous me désespérez... vous prenez pour de l'amour

un altacliement , une tendresse bien naturelle pour un enfant

dont le surt me tut confié, et dont les heureuses qualités se sont

développées sous mes 3'eux... je l'aime , oui , mais comme un frère.

LA COMTESSE , m'cc Tiialice,

Elle est donc vraiment bien embellie?

ADOLPHE , avec amour.

Ail! vous n'en avez pas didée !... c'est un mélange beureux de grâce, de douceur, d'esprit, d'ingénuité... une bonté touchante qui attire, qui subjugue... un charme inconcevable dans tous ses traits , dans toute sa personne... on ne peut la voir une seule fois sans l'adorer ; sans désirer passer ses jours auprès d'elle. LA COMTESSE, souriaut.

Et vous l'aimez comme un frère?

ADOLPHE

Ob ! pour cela , je vous le jure...

LA COaiTESSE.

Oui, nous appelons cela de l'amour platonique; mais depuis long-temps on était convenu de le bannir des bons ménages, et des états bien organisés... mais, je ne me trompe pas , c'est votre femme que j'aperçois.

C'est clic!

LA COMTESSE , ironiquement.

Eh! bon dieu, comme vous voilà ému.

ADOLPHE

Comtesse, je vous en conjure... songez qu'Élise ignore...

LA COMTESSE

Soyez tranquille 3 je me tairai, si je peux.

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