SCÈNE VI
EDOUARD, FROÏ^TIN.
FRONTIN
Comment, Monseigneur, déjà de retour...
EDOUARD, d'un air agitée Oui... je l'avoue... jamais l'on ne piqua plus vivement ma curiosité... et tu ne te douterais pas...
FRONTIN
Si fait , monsieur... Je connais déjà votre secret... quelque nouvelle passion qui vous met en campagne...
EDOUARD
Une passion... Non... mais c^est très-singulier... Un minois charmant que j'ai entrevu il y a quelques jours , et que depuis je n'ai pu de'couvrir.
( 12 ) \ FRONTlN, à part.
Une intrigue à conduire. . . bonne affaire pour moi . . . {Haut). Voyous , monsieur , que voulez-vous ?
EDOUARD
Air : Depuis longtemps j^aiinais Jdèle. , Je veuK ni'iiifoi mer en boa inallre, Si toussas voeuK sont sai's!'ait5 , Par inoi-même ji? veux < onnaître , Si ses vertus, méritent lups bi-^nfaits; Je veux favolr -i son cœur est fidèle, Je veux surtour., mais je saurai bien mieux, Quand je me trouvf-rai pic d'elle ; Expliquer t')ut ce que jfi vpux.
Mais avant tout il faudrait la joindre... et comment? Je viens d'entrer, je crois, dans toutes les maisons du village... Je n'étais pas fâclié de visiter mes vassaux , de connaître par moi-miéme leur situation... Et bien.' mon cher, je n'ai trouvé personne , et j'avais presqu'envie d'envoyer Labranclie dans les environs...
FROJVTIN.
Comment, monsieur, employer Labranclie dans une affaire aussi délicate... Je n'ai rien fait pourtant pour démériter de monsieur...
EDOUARD
Sois tranquille... Tu vois que j'ai recours à toi... Te doutestu de ce que ce peut être? Une brune... jolie taille... un air de candeur...
FRONTIN
J'y suis... (à part). C'est la femme du receveur. Depuis trois jours elle est chez sa belle-sœur... et revient aujourd'hui même... ( haut ). Eh bien ! monsieur , je vous en i-éponds!..
EDOUARD
Comment , mon cher Frontin , tu pourrais...
FRO]\TIN
Mon plan est là... {à part). Ce brave receveur , je ne serai pas fâché... (haut). Vous me croirez si vous voulez , j'y avais déjà pensé!., sans vous en rien dire.
(La petite porte s'ouvre j Denise entre, la referme et parait interdite en voyant le comte ).
EDOUARD
Tu sais, Frontin, comment je reconnais un service... Vingtcinq louis si tu me l'amène ici...
C'est comme si je les avais !..
S( ÊNî< VII.
IesPr;cJdtus,LENISE.
EDOUARD , voyant Denise.
Qu'ai-jt vu?.. Frontin... mon cher Frontiu! ( tirant une bourse et la lui donnant). Tiens... ils sont à toi.
FRONTIN
Eh bien! monsieur, qu'est ce que vous avez donc?..
Edouard.
Ne le vois-tu pas? c'est-elle, mon ami , c'est-elle...
FRONTIN , voyant Denise .
Dieux , qu'est-ce que j'ai fait là...
DENISE interdite.
Air : Du Renégat.
M'sieur Frontin, j' v'nnns tous avertir, ■( à Edouard ). Excusez la liberté grande. . . EDOUARD.
Oui , Frontin tous a fait venir , Mais c'est moi seul qui vous demanclp.
( à part ). Quel doux minois ! quel air simple et discret.
FRONTIN , bas à Denise.
C'est monseigneur! songe à notie secret.
EDOUARD , à part.
Je sens déjà que je l'adore , Et je pourrai bientôt je cioi , De l'amour que son cœur ignore, Lui révéler la douce loi . ( lis ).
FRONTIN , à part.
On dirait déjà qu'il i\tiiore.
Pour un époux , Ip bel emploi j ENSEMBLE. < Ça commencp m;il et j'ifînorE , C.oinment ça finira pour moi...
Pour un époux le bf 1 ein[)lf>i.
DENISE , à pat t.
Hélas ! j'en suis irfinblantp encore.
Je n'ri?vipns pas de mon feiVroi ; Comme il me regarde. . J'ij^nore Comment ça finira pour moi. . .
Je n' reviens pas de mon effroi.
EDOUARD
Comment vous appelle-t-on ?
DENISE , faisant la révérence.
Denise , Monseigneur , nièce de ma tante la veuve Gervaîs, qui demeure au bout du village... Pour vous servir, en face du marcliaud de vin.