VELOUTÉ , JULIETTE , GERTRUDE
VELOUTÉ , en robe de chambre.
Oui, ma chère Juliette, ils étaient onze contre moi...'
JULIETTE
Onze voleurs , mon papa !
VELOUTÉ
[ Je les ai, parbleu! bien complés... malgré le feu et la fumée du combat... J'en avais presque renversé deux... mais j'allais succomber, quand ce jeui>e inconnu... A propos, Gerlrude , comment a-l-il passé la nuit ?
GERTRUDE
Je n'ai pasencore pu le voir. Monsieur... il se cache avec un soin...
VELOUTÉ
Au fait, c'est singulier : il n'a jamais voulu me décliner sou nom.
GERTRUDE
Ah ! ça n'est pas étonnant !
VELOUTÉ
Comment ! tu saurais...
GÎRTRUDE.
Est-ce que je ne sais pas tout?.... ici d'ailleurs il ne faut que de la réflexion... un peu d'intelligence.
Eh! mais que diable! de l'intelligence, s'il n'en faut qu'un peu, j'en ai beaucoup; et à moins que ça ne soit tout-à-fait amphibologique.
GERTRUDE
C'est tout simple... VOUS attendiez votre gendre hier!...
VELOUTÉ
Oui...
GERTRUDE
Il n'est pas venu.i tJu jeune homme se présente à point
nommé pour vous défendre.... il accepte un logement chei vous... sans vouloir se noninier?... hein! y êles vous?...
VELOUTÉ
, Ah! bah!... lu penserais donc que... ah ça! voyons, que penses-tu ? car tu m'embrouilles tout cela tellement que je ny comprends rien du tout.
GERTRUDE, a>iVe/7îertf.
Vous ne voyez pas que, c'est lui?
VELOUTÉ
Qui lui?
GERTBUDE.
Le futur.
JULIETTE 3 troublée.
Mon prétendu ?
Mon oendre!.... eh bien! j'ai manqué en avoir l'idée.... si i'avais eu seulement deux jours à moi pour me retourner, j'y étais.
JULIETTE
Mais , mon papa , quel peut-être son projet ?
VELOUTÉ
Ah ! il n'est pas difficile de deviner... c'est probablement... on ne peut pas trop savoir... parce que les jeunes gens ont de» idées à eux... vois-tu?...
GERTRUDE
Il veut vous éprouver.
VELOUTÉ
C'est ce que j'allais dire... il veut nous éprouver ; mais on ne m'attrape pas...
JULIETTE
Mon dieu, prenez bien garde de vous tromper au moins: c'est qu'il serait terrible d'en épouser un autre 1
VELOUTÉ
Laisse dojic : je le forcerai adroilemenl à se découvrir el si c'est le jeune Dupié...
GERTRUDE, vivementi Dupré !... Duprc !... C'est donc le nom du futur ?... Ah! quel bonheur , je le sais enfin.
VELOUTÉ
Comment, est-ce que je l'ai nommé ?
GERTRUDE
Ne craignez rien, je suis discrelte.. Dupré.... oui; je comprends., le fils de voire ancien associé., qui s'est tixe en An- -lelerre. [A FeIouté.)Vn très-bon parti... je vais voir s. le paysan que j'avais envoyé à l'auberge de la forêt, est de reloùrj et si personne n'y a paru, nous n'aurons plus aucun doute.
VELOUTÉ
A labonne heure; mais du silence...
JULIETTE j timidement.
Mon papa !
VELOUTÉ
Je vais mettre mon habit à l'anglaise, à queue de morue... c'était la grande mode l'année passée... ça flattera ce jeune homme qui arrive de Londres... EU bien! Juliette, qu est-ce que vous avez donc?
juLiETLE, à part.
Je n'oserai jamais lui parler d'Alphonse. [Haut.) Mon papa» c'est que j'ai bien du chagrinl...
VELOUTÉ
Comment I est-ce que ta robe neuve a été manquée?
JULIETTE
Non, mon papa; c'est que je crois que j'ai envie de pleurer.
VELOUTÉ
Oui, oui , j'entends; le plai>ir... l'émotion... ça se passera- Gertrude... fais préparer un déjeuner superbe...
GERTRUDE
Oui, Monsieur. (5aj.) Du courage, Mademoiselle; son valei assure qu'il est trèi-joli garçon...
TELOLTÉ,
^''^■I^JoncœuràCespoirsahandonne. ''
Allons , qu'on prépare la table.
Et ne songeons î>Ius qu'au bonheur:
Têions, dans ce jour mémorable, Mon gt-ndie ei Qion libérateur.
( ^ Certrude. )
Puiî^qu'.l aime à vivre à l'anglaise.
Que l'on mette ma cave à secj Et (J« ton gigot à la braise Tâche de nous faire uu bifteck.
Ensemble,
TELOUXE ET GERTRDDE.
Allons, etc.
Mon , mon
Son gendre et ^^^" libérateur.
JV\.\ZTiz , à part.
Ah! quel supplice insupportable!
Peut-on me parler de bonheur?
Hélas! du destin qui m'accable Q«i pourra consoler mon cœur?
( Velouté et Gertrude sortent. )