CLAUDON-COGNAC
La bouteille était un peu plus de moitié.
— C'est du simple cognac ! dit M. Quik à ses associés qui l'observaient.
— Goûtez ! conseilla M. Godd.
— Goûtez ! fit à son tour M. Hamm. Il ne faut rien négliger.
M. Quik se rendit à l'injonction. Il éleva la bouteille à hauteur des yeux, la porta à ses lèvres et avala une forte gorgée de la liqueur.
— Eh bien ? interrogèrent en même temps M. Godd et M. Hamm, très surpris par le regard que laissait tomber sur eux M. Quik, regard dans lequel on pouvait lire la surprise ou le désappointement. v
— Goûtez, M. Godd ! dit M. Quik en offrant la bouteille au chef de l'agence.
Celui-ci exécuta la même manoeuvre que son subalterne. Un instant, il parut savourer le liquide; puis, il tendit la bouteille à M. Hamm, disant :
— Vous êtes un connaisseur, M. Hamm?... Goûtez !
M. Hamm goûta. . . puis il se mit à rire.
— Eh bien ? firent M. Godd et M. Quik.
— C'est de l'eau. . . rien que de l'eau ! répondit M. Hamm avec dédain.
— Pourtant. . . voulut dire M. Quik.
— C'est de l'eau... pas autre chose ! affirma M. Hamm. Seulement, comme il était probablement resté quelques gouttes de cognac dans le fond de la bouteille, l'eau dont on l'a remplie après a conservé un peu de l'arôme du cognac, mais si peu. . .
— Vous avez peut-être raison ! confessa M. Quik.
— Mais alors, s'écria M. Godd, cet animal que nous avons vu tout à l'heure, n'est pas venu ici expressément pour boire un coup d'eau, j'imagine ?
— A moins qu'il ne se trouve une autre bouteille. . . Voyons !
LE ROMAN CANADIEN
En même temps que ces paroles M. Quik dirigea le rayon de sa lanterne électrique vers les panneaux du buffet, les ouvrit, fouilla du regard et du rayon électrique, mais ne découvrit que des bouteilles vides et des verres.
— C'est extraordinaire! déclara M. Godd perplexe.
— Serait-ce un truc ? demanda M. Hamm, très mécontent d'avoir été joué de la sorte, et tant il avait eu une envie féroce de boire un bon coup pour se donner du coeur et du sang.
— Ma foi. répliqua M. Quik. il n'y a rien d'impossible. Et dans cette maison, surtout, il faut s'attendre à tout : aux choses les plus insignifiantes comme aux choses les plus extraordinaires !
— Allons ! il ne nous reste qu'à reprendre notre faction proposa M. Godd.
— Attendez ! dit M. Quik. M. Hamm l'a dit : il ne faut rien négliger.
Ce disant et sous l'oeil attentif de ses associés. M. Quik prit un verre et versa dedans un peu de la liqueur.
Les trois agents poussèrent une exclamation de surprise, d'épouvante peut-être !
Car la liqueur versée avait une teinte bleue... un bleu foncé, comme un Bleu de Prusse !
— Le Philtre Bleu ! bégaya M. Godd.
— Le Philtre Bleu ! balbutia M. Hamm.
— Le Philtre Bleu ! bredouilla M. Quik. Tous trois chancelèrent...
Mais le pas étranger entendu tout à l'heure dans la pièce voisine se fit entendre de nouveau.
En trois sauts les trois agents se retrouvèrent derrière l'écran où, très émus, ils écoutèrent.
Ce pas, c'était la marche régulière, mesurée d'une personne qui arpente une pièce, et l'on perçoit que la marche est amortie par un épais tapis. N'importe ! c'était assez pour piquer au plus vif la curiosité des trois policiers.
Un quart d'heure ou à peu près se passa ainsi.
— Ma tête est lourde ! souffla M. Quik.
— Je sens une atroce envie de dormir î murmura M. Godd.
■ — Mon sang se fige par manque d'activité ! confessa M. Hamm.
— Xe serait-ce pas l'effet de ce coquin de Philtre Bleu ? demanda d'une voix éteinte M. Godd.
Les subalternes de M. Godd n'osèrent formuler leur pensée à cet effet, car cette pensée aurait assassiné le directeur-général de l'agence policière.
Et un quart d'heure encore s'écoula sans autre incident.
Lentement . . . bien lentement, tel un glas funèbre, la pendule du cabinet tinta dix heures!
Au dernier coup de marteau de la pendule un fracas épouvantable se produisit. Sous les pieds des agents terrifiés, la maison entière parut osciller, s'effondrer ... Ce fracas avait semblé être une sorte d'explosion à laquelle s'était mêlés des bris de vitre, de verre, de cristal . . . Puis, un sourd ricanement s'était élevé dans le silence lugubre qui avait suivi.
Les policiers se serrèrent du coude.
M. Quik pensa :
— Cela commence à ressembler à ce que j'ai entendu la nuit dernière !
Mais il changea d'idée. . .
Un sifflement traversa l'espace, assez semblable au sifflement d'une balle de rifle, une lueur sanglante déchira l'obscurité du cabinet de travail, toute pareille à la lueur violente de l'éclair par les soirs d'orage, puis il y eut comme le roulement d'un tonnerre lointain...
Et alors, sous l'oeil hagard des agents de police, la porte placée derrière le bureau du docteur, cette porte par où avait paru le mystérieux personnage, s'ouvrit lentement... largement. Les tentures s'écartèrent comme d'ellesmêmes, et la porte prit peu à peu la dimension d'une haute et large arcade. Par cette arcade l'oeil étonné des policiers pénétra dans une salle immense, violemment éclairée de lumières invisibles, dépourvue de tout mobilier, sans tapis, mais avec un parquet d'une riche mosaïque. La voûte élevée de cette salle était supportée par quatre énormes colonnes d'un marbre bien foncé. Aucune fenêtre, aucune croisée ! Mais, chose bien plus étonnante à l'oeil curieux des policiers, en plein centre des quatre colonnes se dressait une chaise de coiffeur. Près de la chaise, debout, un colosse se tenait. Il avait les cheveux bleus, les moustaches bleues, la barbe bleue. Sa chemise bleue était ouverte au col et retroussée des manches. Au ventre il portait un court tablier d'un tissu écarlate. Et la besogne à laquelle il s'occupait était assez singulière : le colosse repassait un énorme rasoir sur une forte lanière de cuir bleu, et à chaque fois que tournait la lame du rasoir des étincelles bleues jaillissaient. C'était tout. Tout ? Oui . . . mais c'était prodigieux à l'imagination de MM. Godd, Hamm et Quik.
Que diable faisait là ce coiffeur ?
Les trois agents regardèrent de toute la puissance de leurs yeux arrondis. Et le mystérieux coiffeur continuait de repasser, très délibérément, son rasoir. De temps à autre il glissait un doigt sur la lame étincelante comme pour s'assurer de la finesse de la coupe.
Dix minutes s'écoulèrent ainsi.
A l'extrémité de la salle, une porte que Ton ne pouvait voir glissa tout à coup silencieusement, et deux personnages apparurent.
C'étaient deux Nubiens d'un beau noir.
C'étaient également deux colosses, et tous deux étaient vêtus de tuniques bleues et leurs pieds chaussés d'espadrilles. Ils s'approchèrent silencieusement du coiffeur.
Lui, à la vue des Nubiens, sourit, arrêta sa besigne d'affûtage, glissa le rasoir derrière une grande oreille, croisa ses bras musculeux et appela d'une voix terrible :
— Monsieur Godd !
Le chef de l'agence policière tressaillit violemment. Malgré la distance que le séparait de l'homme qui venait de l'interpeller, M. Godd se sentit brûler par l'effluve du regard que pesait sur lui. Et fasciné, incapable de résister à l'attraction que ce regard pénétrant exerçait sur ses sens, M. Godd quitta ses compagnons, marcha timidement vers le mystérieux coiffeur.
Celui-ci d'un geste rude lui indiqua la chaise. M. Godd obéit à l'ordre muet : il se sentait sans force, sans volonté, sans vigueur, et incapable même de demander la moindre explication. Sa langue était simplement paralysée, et tous ses membres ne fonctionnaient plus que sous l'action prodigieuse d'un mécanisme dont il ne se sentait pas lé maître.
LE ROMAN CANADIEN
M. Godd prit place dans la chaise. Les deux Nubiens se protèrent de chaque côté, toujours silencieux, toujours impertubables. Le coiffeur tira de son oreille l'effrayant rasoir, appliqua une main puissante au menton de M. Godd et commença une opération singulière, dont parut fort s'étonner le chef de l'agence policière. En effet, le barbier étrange, au lieu de raser la barbe, rasait les cheveux, rasait les sourcils, rasait la moustache rousse, c'est-à-dire tout ce qu'il y avait de poils sur cette partie de l'être humain. Et il travaillait avec une telle vitesse . . . une vitessex vertigineuse, à ce point que la lame du rasoir lançant des éclairs brûlants : M. Godd se sentait défaillir. Tout à coup il sursauta, et, par un hasard inexplicable, sa langue et ses lèvres gémirent ces paroles :
— Vous m'avez coupé l'oreille gauche ! . . . C'est vrai. . . un bout d'oreille sanglant venait
de tomber sur la mosaïque du parquet.
Le coiffeur ricana et dit :
— Bah! ce qui vous reste de cette oreille repoussera bien un jour ou l'autre !
Et il poursuivit sa rapide besogne.
L'instant d'après, pas un poil ne demeurait à la tête de M. Godd.
Alors, le coiffeur le repoussa hors de la chaise, et, mettant deux doigts dans sa bouche, il jeta un coup de sifflet strident.
Par la porte qui avait laissé passer les deux Nubiens, deux nouveaux personnages parurent, vêtus de tuniques bleues également: et chaussés d'espadrilles. C'étaient aussi deux colosses et c'étaient deux noirs. Seulement, selon les connaissances ethnologiques de M. Quik, ces deux noirs étaient des Ethiopiens.
Les nouveaux venus s'approchèrent de M.
Godd, le prirent chacun par un bras et l 'entraînèrent vers la porte invisible. Et bientôt M. Godd avait disparu avec ses deux gardes du corps. |
Alors, le coiffeur appela d'une voix impéra- Uve :
— Monsieur Hamm !
Bien qu'il eût une forte démangeaison de ne pas se rendre à l'invitation et de résister au scalpe qui l'attendait aussi, M. Hamm, malgré son esprit récalcitrant, sentit ses jambes l'emporter vers la chaise fatale. Iï marcha comme en un rêve, et comme en un rêve il dut subir l'opération qu'avait subie son prédécesseur. Mais M. Hamm, étant un homme fort, vigoureux et plein d'audace, finit par faire fonctionner sa langue fortement collée à son palais.
— Pourquoi m'enlevez- vous mes cheveux ? demanda-t-il au coiffeur.
Lui, se mit à rire.
— Pourquoi ? dit-il. Dame ! il faut bien faire votre toilette avant de monter en Paradis !
— En Paradis ! . . . fit M. Hamm interloqué,
— Parfaitement. . . vous allez voir !
Et le coiffeur ricana, puis il poussa M. Hamm dans les bras des deux Ethiopiens qui étaient revenus. Et le brave M. Hamm se sentit emmener, emporter vers cette porte du fond de la salle.
Et le coiffeur appela encore :
— Quik î
Et M. Quik dut s'exécuter de la même façon que ses deux associés.
Seulement, quand la perruque noire et la moustache postiche apparurent aux mains du
coiffeur, les deux Nubiens, qui jusque là n'étaient pas sortis de leur attitude silencieuse, poussèrent un immense éclat de rire.
Tout penaud, M. Quik ferma les yeux et pensa mourir.
Mais bientôt, à son tour, il était emporté par les deux Ethiopiens.
L'instant d'après, il était réuni à ses compagnons, en une petite salle aux murailles rouges et nues, au dallage en pierre. Ce qui étonna surtout M. Quik, ce fut de trouver ses associés sans un vêtement, nus comme vers, n'ayant aux reins qu'un petit bandeau de toile bleue. Et M. Quik dut, lui aussi, faire la même toilette.
Puis une porte fut ouverte sur un corridor très obscur, et dans ce corridor les trois prisonniers furent poussés... poussés jusqu'à une autre petite salle, basse, fumeuse, noire, qui leur parut être une boutique de forge. De fait, ils virent bientôt se dessiner la silhouette géante du forgeron qui, le bras au soufflet, allimentait le feu de la forge dans lequel rougissait un fer quelconque. Et tout en exécutant cet agréable travail le forgeron sifflait un air de valse.
Tablier de cuir bleu au ventre, casquette de cuir bleu sur la tête, cheveux bleus, moustaches bleues, barbe bleue, cet individu, sous l'oeil expert de M .Godd, ressemblait trait pour trait au coiffeur de l'instant d'avant. Oui, M. Godd put s'assurer qu'il reconnaissait parfaitement le vilain coiffeur qui lui avait coupé son oreille .gauche.
Les deux Ethiopiens alignèrent les trois policiers devant une enclume d'un aspect formidable, et sur cette enclume reposait un marteau non moins formidable d'aspect.
Les trois compagnons jetèrent sur' ces trois objets, c'est-à-dire le forgeron, l'enclume et le marteau, un regard d'effroi.
Le forgeron esquissa un sourire narquois. Puis, il prit une paire de pince, et retira du feu de la forge quelque chose qui, à l'oeil observateur de M. Quik, sembla avoir la forme d'un joli collier en fer s'ouvrant et se fermant comme un bracelet.
Il fit un signe aux Ethiopiens^ Ceux-ci, alors, s'appliquèrent à lier bien soigneusement au dos des trois agents leurs poignets à l'aide d'un fil de fer. Cela fait, ils saisirent M. Godd, le portèrent devant l'enclume où, malgré son épouvante, le chef de l'agence policière dut bien laisser le forgeron lui passer au cou îe collier brûlant. Il voulut pousser un cri de douleur, mais sa gorge serrée refusa d'émettre un son. Puis, les Ethiopiens inclinèrent la tête de M. Godd sur l'enclume, le forgeron leva l'énorme marteau et d'un coup sec riva le collier.
Et ce fut le tour de M. Hamm.
Ce fut peu après le tour de M. Quik.
Seulement, M. Quik qui, même dans les circonstances les plus désespérées, ne perdait pas tout à fait son esprit d'observation, observa ou plutôt il sentit, au moment où le forgeron lui appliquait, au cou le collier de fer rougi, comme trois pointes qui pénétrèrent dans sa nuque, qui brûlèrent jusqu'à ses moelles les plus reculées. Et M. Quik se rappela les trois petites taches sanglantes qu'il avait aperçues sur la nuque blanche de Mme Jacobson. Il observa encore que ces trois pointes, qui entraient dans sa chair, n'étaient pas là par simple fantaisie ou par un raffinement de torture. Point du tout. M.
LE ROMAN CANADIEN
Quik comprit que ces trois pointes étaient là pour retenir le collier fixement et l'empêcher de se déplacer ! . . .
Une fois les colliers posés et dûment rivés, les deux Ethiopiens saisirent deux chaînes énormes, agrémentées d'un crochet à leurs extrémités. Ici, il faut expliquer que le collier de M. Godd portait du côté de la nuque un anneau. Dans cet anneau un Ethiopien accrocha l'une des chaînes. Au collier de M. Hamm, il y avait doux anneaux, l'un sous le menton, l'autre sur la nuque. Par l'anneau du menton M. Hamm se vit enchaîné à M. Godd. Quant à M. Quik, son collier n'avait qu'un anneau disposé sous le menton, et par cet anneau il fut lié à MM. Godd et Hamm. Seulement, M. Hamm, se trouvant au milieu et portant deux chaînes au lieu d'une, dut ployer, s'écraser, malgré sa vigueur, sous l'énorme pesanteur des chaînes. Mais un coup de trique, bien rougie au feu de la forge et habilement manoeuvré par l'un des Ethiopiens, aux reins de M. Hamm força celui-ci à se remettre sur ses tibias et à suivre M. Godd à la file vers une porte bardée de fer. L'Ethiopien, qui conduisait la file, frappa du pied dans la porte et d'une façon toute particulière, et cette porte grinça sinistrement, et tourna lentement sur des gonds invisibles.
La petite troupe se trouva en face d'un long caveau éclairé simplement par une lanterne fumeuse accrochée à un poteau de fer. Ce caveau avait toute l'apparence d'une crypte souterraine, avec une voûte en ogive supportée par les arcs de deux .rangées de colonnes. Tout d'abord cela avait l'apparence d'une nef d'église, mais une nef vide, déserte.
La troupe, précédée d'un Ethiopien, pénétra dans la crypte. Là régnait un froid intense, si intense que les trois compagnons d'infortune sentirent leurs sueurs se glacer sur leur front... ils grelottèrent.
Le froid, les douleurs cuisantes à leur col, dont la chair continuait de pétiller sous la chaleur du collier qui se refroidissait lentement, trop lentement, tout cela était encore peu de chose pour la curiosité et l'étonnement de MM. Godd, Hamm et Quik. Car ce qu'ils virent en pénétrant dans cette crypte, aux senteurs de chapelle mortuaire ou de sépulcre, les épouvanta à ce point que leurs dents, en s'entrechoquant, se brisèrent.
Que voyaient-ils ?
Entre chaque colonne, à gauche et à droite de la nef, et remplissant l'espace de chacun des arcs ou arcades, les trois malheureux agents de police voyaient des cages... oui, des cages tout simplement. Mais quelles cages ! . . . Les unes en or, les autres en argent, en ivoire, en brcnze, en pierre, en acier solide, en verre rouge, en cristal bleu, bref, une variété de cages à nulle autre pareille. Toutes ces cages étaient d'un aspect si solide qu'elles pouvaient défier la mitraille la p'us puissante.
Mais dans ces cages. . . voilà où les dents des policiers ne purent résister à l'entre-choc. . . leurs prunelles horrifiées virent des femmes, dont la physionomie était devenue terrible par l'atroce souffrance qu'elles enduraient.
C'étaient, comme Je remarqua M. Quik, des femmes jeunes et belles. . . des femmes qui con-
servaient encore leur visage d'enfant, on eût dit des fillettes !
Les trois agents essayèrent de fermer les :
yeux, mais une force surhumaine retenait les
paupières, les empêchait de s'abaisser. Ils furent donc contraints de regarder.
La première cage, en or celle-là, était habitée par une jeune femme livide, maigre, échevelée, vêtue de haillons sanglants. Elle était étendue dans une sorte de hamac suspendu à deux poteaux d'acier au centre de la cage. Le hamac allait et venait aussi régulièrement que la pendule d'une horloge. Deux mains de fer, agrémentées de doigts en acier effilés comme des aiguilles, et disposées de chaque côté du hamac, faisaient aller celui-ci. A chaque va-et-vient une main ou l'autre se fermait, les doigts pénétraient dans les chairs de la jeune femme et se retiraient ensanglantés. Et le hamac allait toujours, et l'une ou l'autre main saisissait un bras, un poignet, une jambe... parfois la main sanguinaire enlevait un lambeau de chair de la poitrine de la jeune femme, qui ne cessait de hurler de douleur !
La deuxième cage était vide.
Dans la troisième/à leur gauche, MM. Hamm, Godd et Quik virent une jeune fille accrochée à f "une échelle placée verticalement au centre de J la cage. Sous l'échelle un feu de charbon brû- /j lait, et les flammes bleues montaient léchant les pieds et les jambes. La jeune fille ne criait pas, mais on pouvait voir ses larmes tomber une à une sur le brasier ardent.
Le cortège continua son chemin. Ça et là, on voyait nombre de cages vides, mais toutes attestaient par les divers objets de torture qu'on découvrait à l'intérieur, que là encore s'étaient
passées des choses atroces.
On arriva vers le milieu de la crype horrible. Là, ce qui frappa plus spécialement l'attention et l'esprit de M. Quik, ce fut une cage en ivoire au centre de laquelle il reconnut Mme Jacobson. Il vit la jeune femme à genoux, mains jointes levées au ciel, un poignard planté dans son sein. Elle paraissait prier. Mais ce qui frappa davantage l'observation de M. Quik, fut ce poignard lui-même, ou mieux ce stylet, car il reconnut l'arme qu'il avait vue à la riche panoplie du docteur Jacobson.
Frémissants, fous de terreur, éperdus, chancelants sous l'horreur de ces visions sanglantes, MM. Godd, Hamm et Quik, toujours avec leurs deux gardes de corps impassibles et silencieux, suivant l'un, suivis par l'autre, poursuivirent leur triste chemin.
Un peu plus loin, M. Quik avisa une cage plus spacieuse que les précédentes. Dans cette cage il lui fut possible de reconnaître les deux soeurs de Mme Jacobson, Maria et Pia. Il entendit leurs hurlements... Il vit près d'elles un homme vêtu d'un manteau écarlate et tenant à la main un large cimeterre. Ce cimeterre. M. Quik se rappela l'avoir vu à la panoplie du docteur, et cet homme, ce bourreau sanguinaire. M. Quik crut le reconnaître également : c'était le docteur Hiram Jacobson ! . . . Malheureusement, pour la curiosité de M. Quik, la cage se fit complètement obscure au moment où le cortège en approchait.
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