SCÈNE IX
ALBERT, LOUISE
ALBERT
Vous quittez Lyon, mademoiselle?
' LOUISE
Dans quelques minutes... Je vois qu’hier on m’avait dit vrai quand on m’assurait que vousaviez renoncé aux arts poursuivre une autre carrière, Celle que vous avez choisie peut vous conduire plus vite à la fortune... Je le souhaite sincèrement, monsieur ; mais j’avoue que j’ai peine à comprendre que, doué comme vous l’étiez, vous ayez préféré la richesse à la réputation.
ALBERT
La réputation est lente à acquérir, mademoiselle, et la sollicitude maternelle m’a tracé une route que j’ai dû suivre.
LOUISE
A regret, n’est-ce pas? si Part n’enrichit pas, grâce â lui, ou
peut rêver des triomphes que l’orne donnera jamais. Ces triomphes, monsieur Morel, vous y pouviez justement prétendre, et moi, votre élève indigne, Tétais, je vous jure, toute fière de mon maître. Laissez-moi donc espérer que lorsque vous vous serez créé une honorable indépendance, vous reprendrez vos crayons et vos pinceaux. Nous ne manquons pas de financiers, et les grands artistes sont rares: les uns font peut-être la prospérité du pays... les autres font certainement sa gloire. Je suis femme... grâce à vous, un peu artiste, et à mes yeux, un chefd’œuvre aura toujours un bien autre prix qu’un coffre-fort.
ALBERT
Ah 1 mademoiselle !