‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 31 sur 85 · ACTE III · texte numérisé non relu

ACTE III

SUZANNE

Il passe les nuits à travailler.

LOUISE et SUZANNE.

11 a encore passé celle-ci!..

Ah! pardon, mesdemoiselles, je suis inconvenante, je vais à mon ouvrage.

LOUISE

Non, reste.

GENEVIÈVE

Restez, Suzanne... vous l’avez soigné aussi.

LOUISE

Et tu as bien le droit de parler de lui, reste...

SUZANNE. y

Vous êtes bonnes, mesdemoiselles, de me permettre de causer avec vous, mais bah! vous avez raison : chez les femmes, il n’y a de différent que l’esprit, c’est toujours le même cœur pour ceux qui souffrent. Laissez-moi être femme avec vous pour un petit instant, ça ne m’empêchera pas de redevenir votre servante tout à l'heure.

GENEVIÈVE

Vous disiez donc?

LOUISE

Revenu à la vie, presque à la santé, monsieur Albert nous a avoué qu’il était sorti sans ressources de la maison de monsieur Duperrier; désespérant du présent et de l’avenir, il avait voulu mourir, et il était venu s’agenouiller, une dernière fois, près du tombeau de sa mère.

GENEVIÈVE

Dans ce village où Dieu a permis que nous nous arrêtions cette nuil-là.

LOUISE. • '

11 nous avait promis de ne plus attenter à sa vie.

De ne plus douter de la bonté du ciel.

SUZANNE

Il l’a juré à ses deux anges gardiens, disait-il.

LOUISE

Mon père lui a proposé de s’établir ici; dans ce pavillon qui dépend de notre habitation, et d’y reprendre ses études de peintre.

GENEVIÈVE

C’était bien. -

L’AVEUGLE

SUZANNE

Et puis le docteur, qui demeure à deux pas, peut le voir tous les jours. >

GENEVIÈVE

Et il assure que tout danger a cessé?

LOUISE

Oui.

C’est qu'il m’avait bién effrayé, monsieur Darcy; il disait que le poison avait causé de si cruels ravages, qu’il tremblerait longtemps encore pour la vue ou la raison d’Albert.

SUZANNE

Oh ! sa raison, j’en réponds.

, LOUISE

Et ses yeux sont excellents ; voyez plutôt tout ce qu’il a fait

depuis qu’il est ici. (Elle lai montre des dessins et des esquisses.)

GENEVIÈVE

Oui, tout cela est très-beau, (s'animant.) Il me semble qu’il a beaucoup de talent.

LOUISE, lui prenant la main.

N’est-ce pas, ma bonne Geneviève?

SUZANNE

Ah ! je crois bien ! qu’on me trouve donc un peintre comme le nôtre; et ce n’est pas tout, vous ne montrez pas le plus beau, mademoiselle.

' ' GENEVIÈVE. 4

Quoi donc?

SUZANNE

Et notre sainte Cécile! (Elle enlère la toile qui cousre le tableau.)

LOUISE

Suzanne !

Sainte Cécile. — Comme elle vous ressemble, Louise.

LOUISE, wement.

Je n’ai jamais posé.

GENEVIÈVE

Oh ! j’en étais sûre.

LOUISE

Comment?

GENEVIÈVE

Si vous aviez posé, s’il vous eût eue là, devant lui, sa pensée eût été moins nette, son regard moins assuré, et sa main moins ferme. — Si vous aviez posé, Louise, ce serait moins ressemblant. •

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