‹ L'aveugle drame en cinq actesChapitre 33 sur 85 · GENEVIÈVE, LOUISE · texte numérisé non relu

GENEVIÈVE, LOUISE

LOUISE

11 vous a donc avoué...

GENEVIÈVE

Lorsque le délire le quittait, lorsqu'il me voyait agenouillée prés de lui, bien des fois notre malade m'a dit: Friez tout haut, ma petite Geneviève, je répéterai avec vous... nous prierons ensemble, moi, je lui obéissais, et il redisait mes paroles ; seulement, quand j'en venais au nom du malade pour qui j'implorais le ciel, lui en substituait un autre qu'il murpiurait tout bas, si bas qu’il n'arrivait pas jusqu’à mon oreille, -mais je l'entendais au fond de mon cœur.

LOUISE, l'embrauant.

Geneviève, vous êtes ma meilleure amie, ma sœur...

GENEVIÈVE

Vous l’aimez donc ?

Avant que le malheur vînt le frapper, j'avais deviné que monsieur Albert m’aimait...

GENEVIÈVE

Et depuis, Louise ?

LOUISE

Depuis... C’est ce malheur même qui m’a appris que je l’aimais aussi.

L’AVEUGLE

GENEVIÈVE, chancelant^ et mettant la main sur son coeur.

Ah!

LOUISE

Qu’avez-vous donc ?

GENEVIÈVE

Je suis heureuse... bien heureuse de vous entendre parier ainsi... Car vous êtes, vous et lui, ce que j’aime le mieux. .. Non, tout ce que j'aime dans le inonde. Et la pensée de votre bonheur est une consolation pour moi, au moment de vous dire un éternel adieu.

LOUISE

Un éternel adieu...

Vous savez que je suis orpheline ; je n’ai pas trouvé dans ce

[ tarent qui m’a recueillie l'affection que j’ai perdue, et j’ai pris e parti d’entrer dans un couvent?

LOUISE

Un couvent?

GENEVIÈVE

Je serai sœur de la charité; et puisque je ne puis faire le bonheur de... .personne, je tâcherai du moins d'alléger les souffrances de quelques-uns.

LOUISE

Ah! cette décision n’est pas irrévocable}

GENEVIÈVE

Irrévocable! Louise.

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