‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 10 sur 106 · ABC A R ET · texte numérisé non relu

ABC A R ET

Ces fleurs, ce n’est donc pas toi qui les as envoyées?

Non , ma mère.

MARGARET

Mais ce n’est pas moi non plu», Georges.

TREVOR

Efflmn! d’oii vient donc ceci?

EFFLAM.

Je ue s iis pas.

TREVOR

Et on n’a pas réclamé le prix de ces fleurs?

EFFLAM.

Non.

TREVOR

C’est étrange!.. O les demi -mut s de Berlhel!

M a ROARBT.

Georges, tu as des soupçons?

TREVOR

Oui. Les marchandes de Hay-Markct auront voulu me remercier de ce que je leur ai obtenu une diminution du droit de prévôté.

MARGARET

Georges, tu veux me donner le change! Ah! depuis un mois, depuis que sir Jaflray cal revenu à Londres, Georges, je ne vis plus! Si tu étais reconnu, découvert?

TREVOR, cunima maigre lui.

Ali! par moments, je le voudrais!

MARGARET, douloureuscsxot.

Mon fils!... C’est bien! je m’attendais à cela.

TREVOR

A quoi vous attendiez-vous, ma mère?

MARGARET

Georges, ne crois pas que j’aie méconnu jamais ton âme volontaire et licre. Le souvenir de ion père vénéré, les épreuves de ta jeunesse, cct âpre travail auquel tu dois ton éloquence, et enfin, et surtout peut-être, la sombre menace qui pèse sur tou surt, — tout a épuré en toi la conscience, trempé le caractère, suscité le» grandes forces : la passion de ]’ honneur, le culte du devoir, 1a haine de l’iniquité...

TREVOR, tMihuE

O les chimère» maternelles!

MARGARET

Et toutes ces énergies, toutes ces vertus, depuis trois ans, par dévouement filial, pour m’épargner de mortelles angoisses, lu les laisses dormir et languir dans l'ombre. Sans doute tu les mots au service des soutirant» et di s petits; s-ms doute t;i es i'appui de tout ce qui chancelle, la voix de tout ce qui est sans voix. Mais enfin, —et c'est à cela, Georges, que je m’attendais, — tu te lasses aujourd’hui de cet horizon borné. A ton ardeur d'action il faut la lutte, il faut le péril. Eh bien! va, je ne t’en blâme pas, je ne te retiens pas. La lumière sur ton passe, une rencontra avec ce sir Jaffray mettent en ieu ta vie et par cnméqunil U mienne. N'importe! je comprends, hélas! que tu appelles ces liasards et ces dangers comme d'héroïques besoins de ton orgueil.

TR BVOR.

S'il se trouvait pourtant qu'il n’v a d’orgueil ici qu’au cœur de la mère, ô ma mère bien-uiméeT — Allons! il faut que vous lisiez dans mon âme...

MARGARET

Ah ! toi , tu vas me séduire !

TREVOR

Je vais me confesser. Et comme vous allez être surprise et humiliée quand je vous aurai découvert les faiblesses de ce « ferme caractère, » les enfantillages de ce « beros! »

MARGARET

Mais Efflam?

TREVOR

Elle n’écoute ni ne comprend. — Mère, vous vous rappelez, quand nous habitions, à Edimbourg, la vieille maison de mon pire, il y avait chez nous, avec nous, grandissant près de moi votre fils, il J avait votre fille d'adoption, l’orpheline que lui d Windall avait recueillie et vous avait confiée au berceau.

MARCAR ET.

Lilias. Ma l.ilias! où est-elle à privent?

EFFLAM, A «lle-mèmr, t'inlerrogeam.

Lilias?

TREVOR

Lilias vous aimait, vous embrassait, vous écoutait comme sa mère. Je vois encore rire ses lèvres vermeilles et ses grands veux limpide». Comme elle riait! vous rappelez-vous? Déjà jeune fille et toujours enfant, elle usait de sa joie comme d’une chose qui ne lui devait pas bien longtemps durer, pauvre petite! J'étais du beaucoup son aîné; mais, moi, elle me traitait sans façon, comme un camarade. — Ah! de toutes les tendresses que Dieu a données à l’homme, l’une des plus charmantes n’cst-elle pas celle du grand frère pour la petite sœur qu'il protège comme son enfant, qu’il aime comme son égale? — Lilias m'employait, me commandait, se moquait de moi et me regardait à peine; elle ne regardait que le jeu, son .but, son caprice; étourdie, curieuse, imprévue, allant, courant, autant, jetant au vent son babil, sa gaieté, ses chansons, et... quelquefois... scs rubans.

MARGARET

Tu les as gardés!

TREVOR

Et cet éloouent avocat a bien souvent , depuis trois années, parlé & ces chiffons, ma mère. Ah! h vie la plus austère a besoin de pareils rêves! On a ses anges. Les uns graves comme le devoir, les autres souriants comme l'espérance Ma mère! — approchez-vous un peu que je vous dise,— figurez-vous, un livre qu'elle a touché, la couleur quelle aimait, Pair qu’elle chantait,

L’AVOCAT DES PAUVRES

le pnrfnm de sn finir préférée, quYst-eo que je tous dirai? une ombre, un songe, un mot, un rien me In fa il venir, et je la regarde, et je l'entends, et nous \oilà jasant, •d'elle, de moi, de vous... de vous aussi, méchante mère!. , ou bien nous nous taisons, et il n‘y a plus au monde que deux êtres : moi qui la contemple, et elle qui est contemplée. — C’est absurde! c'est puéril! riez de moi, grondez- moi ! je suis un fou, un bien grand fou, n’csl-cepas? — Cela ne m’empêche pas pourtant d’étro toujours prêt, debout et armé, pour l'humanité et pour la justice, et a l'heure du devoir, k l’heure du danger, c'est mon père alors que j'appelle, mon père endormi dans la tombe, et il vient, lui aussi, et ce qu'il veut, je le peux , et ce qu’il dit, je le fats.

MA RGARET.

Noble cœur! — Mais Lilias, Dieu merci! est encore de ce I inonde !

Aussi , elle, je l’évoque comme l’ange de la vie. Mais, depuis trois ans. qu 'était-elle devenue? Lord Windall. quand nous avons été forcés de fuir, l'avait remise, avant d’aller se faire j tuer à la bataille de Dunbar, entre les mains de sa sœur, la femme de sir Jaffray. Mais nous avions appris avec épouvante que sir Jaffray était "devenu veuf. Et moi je ne pouvais chercher Lilias! moi qui me cachais! — Eh bien! nia mère, depuis un 1 mois, elle est ici, à Londres, à dit |tas de celle maison, dans l'ancien hôtel de lord Windall, aujourd'hui la proie de sir Jaf- 1 fray.

MARGARET

Lilias à Londres! En es-tu sûr?

TREVOR

Eb! oui, ma mère, puisque je viens de la voir tout à l’heure.

MARGARET

Mon Dieu ! ou cela?

TE EVOR.

Sir Jaffray était avec clic. E||e rentrait , elle passait. Plus charmante que jamais, ma mère, et pourtant si triste <•! si pille! C'était bien sa ligure céleste! c'éMScnl ses lèvres, mais qui ne souriaient plus! c'étaient ses yeux, mais qui avaient plvure!

MARGARET

Ma Lilias!

TREVOR

Mère, je me suis informé, et d’ailleurs ne connaissons-nous pas bien sir J.iffray? Mère, je vous dis qu'il la contraint et nu’d la persécute, le misérable trahisscur. Regardez, il y aura tète, I ce soir, à l'hotcl Windall, et le lord Protecteur y doit venir; mère! je me défie de cette fête! Oh! et je n’ai pas même le ■ droit d’y entrer!

EFFI. AM, qui suit tou* ms çttlcs, t «lle-minw.

Je comprends !

MARGARET

Georges , prends garde!

TREVOR

Et, eussé-je ce droit, vous avez raison : la prudence m’ordonne d’éviter le regard de sir Jaffray . Ah! cependant, TOUS le voyez bien, s’il m’est échappé de sonhaiter cette rencontre, ce nest pas orgueil, ambition, ardeur de combat on soif de perd, non ! ! c’esl que Lilias souffre , et que je suis lu défenseur des souf- i fruits; c’esl que Lilias pleure, et que j'aime Lilias, ma mère.

KFFLAM, * ri.c-méflic. donloumMsncnt.

Pauvre Effl un !

MARGARET-

Cher fils, pardonne!... oh! oui, il faut secourir Lilias. Mais j comment? (Brait u dchort.) Quel est ce bruit? Un «lirait une rumeurq>opulaire.

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