‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 16 sur 106 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LILIAS, BRIDGF.T, P m. GILBERT.

BRItlGET, entrant par 1a gauche cl courant k la porte do droit*.

Madame!... (Paraît Lilias o« paruro d< Mie.) Ah! si vous saviez?

Qu’y a-t-il, Bridget? Qui est là?...

GILB ER T , te montrant à la porte de droite.

Mrs Lilias !

LILIAS.

Vous, monsieur Gilbert ! c’est vous! — Bridget! Bridget t

veillez! (Sort Bridget par la porte du fond.) Oll ! je suis» hCUrCUSC rie

vous revoir, et pourtant, je tremble! Oubliez-vous quel péril vous courez ici !

GILBERT

Ge péril, je viens le chercher. Je viens demander des juges.

LILIAS.

Ah! j’en étais bien sûre! Ah! vous avez, n’cst-ce pas? les moyens de faire éclater votre innocence aux veux de tous? Écoutez ma première parole : je n'ai pas douté de vous une s. ulu minute!

GILBERT, OéiuiMant.

Oh! merci, vous êtes bonne! (a part.) Bonne cl cruelle, hélas!

LILIAS, comme Motiato.

Vous me remerciez?... L’hiver passé, dans les premiers mois du deuil de mUtriss Jaffray , ma dernière protectrice, seule, morue, frissonnante, j’habitais là-bas, au nord, * ette grève déserte et oe sombre château d’Aberdeen. Dans ce froid, dans ci lle souffrance, dans cet altaml-ui, quelqu'un est venu qui if était nas un étranger pour moi,— quelqu’un qui avait été l’ami, peutêtre le parent delord Windull, mon cher bienfaiteur, — quelqu’un qui m'apportait sa dernière parole et presque son dernier soupir. C’était vous, mon ami. Vous m'avez «limée pauvre orphelino, v-.us me l'avez dit, et, OOOND6 tOMt est grave dans les larmes, je vous ai saintement accepté pour le fiancé de ma douleur. Aujourd’hui, quand sir Jaffrav veut imposer Min amour à ma détresse, il voue trouve entre lin et moi, et il vous calomnie, et il veut vous perdre; c’est tout simple. Mais n’est-il pas bien simple aussi, que, moi, je n'admette pas même le soupçon d'une action indigne sur le compagnon de lord Windnll et sur mon consolateur?

GILBERT, k part, dwiloowMUflUù».

0 impitoyable confiance!... (mua.) Vous avez raison, miss Lilias, vous avez raison! El avant de rougir devant vous, ah! e subirai mille morts!

LILIAS.

Je le Sais.

GILBERT

Mais, Lilias, m’aimez vous? Vous ne m’avez pas encore dit que vous m'aimiez. Ah! parfois votre inaltérable pureté m'épouvante: Elsi vous m'aimez un jour, scra-ce comme je vous aime? jusqu'à l’oubli de tout, jusqu’à la démence!

LILIAS.

Ami, ne parlez pas ainsi! L'amour que je rêve, n'étant que grandeur, MO Saurait être failde»se... Ami, étant toute jeune,— vous allez vous moquer!— j’ai lu lieaucoup de livres de chevalerie. Je Ica lisais par désœuvrement et un peu à la légère. Mais quand le monde est devenu si vide cl si douloureux autour de moi, j'ai retrouve en moi avec ravissemonl cet autre monde enchanté des héros sublimes et des Hères aventures. Et croyez-vous que cette pocsie-là ne soit rien qu’inuteinaüon et chimère? Non, non, et d’abord, ne ressemblai- -j> pas trop réellement moi-même à la pauvre captive délaissée dans sa tour de glace ou d'ébene? Et puis, n'ètca-vous pas apparu,

L’AVOCAT DES PAUVRES

mon chevalier? n’avez-vous nas été lente par mon malheur même? Pourquoi donc me défend rais-jc de croire aux âmes sans tache et aux amours sari» ômbre?

Cl LU K RT.

Lilias!..Ne m'aimez pas, tenez, je ne vous mérite pas!

MUAS.

Eh! si fait! ce sera saris doute mon tour d'aimer, puisque c’est voire lourde souffrir!

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