‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actes (volume 2)Chapitre 59 sur 106 · MASCARET · texte numérisé non relu

MASCARET

Non, Georges, je ne te quitte pas. Si tu sors, je sortirai; je resterai si tu restes.

TRIVOR.

Voilà deux nuits que vous nu dormez pas , deux nuits que vous veillez à mon ebevel, comme au chevet d‘un malade.

MARGARET

Georges, est-ce que lu te crois en santé ?

TREVOR

Non, je sais bien, j’ai la fièvre, je ne respire plus; l’air manque a ma poitrine, l'air de Pâme : l'honneur.

MARGARET

Mon Georges !

TREVOR

Oh ! mais je me guérirai par quelque héroïque chirurgie !

MARGARET

Dieu ! voilà ce qui m'épouvante ! Georges, quel est ton dessein ? Georges, que feras-tu ?

TREVOR

C’est Pbcurc du courrier de France. Je vous ai dit que je comptais beaucoup sur ce courrier, ma mère, et, vous voyez, j'att nds Berlhel! j'attends... j'attends la fin de mon inquiétude et du la vôtre.

MARGARET

Mais s’il n’apporte rien encore, que feras-tu, Georges?

Ma mère ! — Ah ! que je snuflre ! Ah ! ces pauvres que je

f laignais tant autrefois, comme je le* envie ! Endurer l.t faim, { i soif, le froid, la misère; errer sans gite et sans vêlements; subir la captivité, la torture ou la mort, qn'cst-cc que rein!

3 u'importc cela! si l'on a le refuge inviolable, le tabernacle 'or, la vrais 1 richesse, la grande liberté : le juste et pur renom ( d’un honnête homme ! Ah ! je les avais, mon Dieu, vos deux suprêmes faims : la conscience, cct honneur intérieur, l'honneur, cette conscience visible! Je les avais, vos deux bell.s lu- * mitres, éclairant toujours ensemble l’âme et la vie! Et j'ai bien conservé voire rayon dans mon cœur ; mais voilà qu’ils m'oni volé votre flamme au front !

MABGA1ST.

Georges ! tu ne me dis toujours pas ce que tu feras !

TREVOR

Ditcs-moi, vous, ce qu'aurait fait m«n père! O mon vénéré . père, magistrat sans reproche, vieux juge de franc aloi î répondez, quel est votre conseil et votre arrêt, si, de là où vous 1 êtes, comme de votre siège consulaire, vous voyez votre lils assis i sur le banc drs accuses? Est-re que vous pourriez le condamner innoant et lui dire : Loin de moi et un prison ! Est-ce que vous ne lui trieriez pas plutôt : Suis libre ! viens me rejoindre !

MARGARET

Ab ! tu vois que lu parles de mourir !

TREVOR

. Croyez-vous qu’à présent je vive beaucoup, ma mère ? croyatvous que j’existe à cause que je respire? Non, une vertu s’est retirée de moi, et ce qui reste de voire fils n’est plus qu’un tombeau : le tombeau de ma fierté, le tombeau de mon talent, le tombeau de mon amour. Allez! la cloche ne sonna pas pour tous les morts ! Je ne suis pas vivant, ma mère, je suis dtrhononé!

MARGARET

Malheureux ! tu venx te tuer !

TREVOR

Ma mère ! oh ! pardon, ma mère bicn-aimée ! Non, je ne veux pas me tuer ! non, non, le suicide est une désertion, et je no suis pas, moi, do ceux qui fuient. Je lutterai jusqunu bout, j*esj>èrerai jusqu’à ta fin, ma mère.

BtRTntl , au Jcbqrv

Maître Trevor! Maître Trcvor !

MARGARET

Berthcl ! voilà Bcrlbell

Seul? Seul !

TREVOR

BERTDEL , lui («alint m Win,

J’ai une lettre!

- MARGARET

Lis, George*, lis.

TREVOR, prenant «( toarntal la lellre.

Je n’osc pas. Il me semble qu’il y a là, sous ce pli, quelque chose «le vil, quelque chose de mortel, j’ai peur. Lisez, lisez pour moi, nia mère.

MARGARET, listai.

« Monsieur, j'appre ml s avec une douleur et une indignation « profondes que sir JalTrnv retourne contre vous l'arme empoi- « sonnée dont il n'a pu in atteindre. Mais rassurez-vous comme a ic me rassure, et attendez avec toute confiance l'accusation et « le jugement. Vous ayez, pour vous défendre et vous sauvegar- « der, votre intacte réputation cl votre admirable éloquence. #

TR KV OH.

Et voilà tout? et voilà tout?

MARGARET, lui moalnal U MgnaCar».

a Gilbert Talbot. »

TREVOR

Ah ! puissances du ciel ! se dévouer et souffrir et mourir pour ce qu'on admire ou pour ce qu'on aime, c’est assurément bien simple et souvent bien doux! Mais cct homme, ju le liais, je le méprise ! il m'avait volé déjà le bonheur, il me vole l'honneur aujourd'hui ! et le ilcvuir et le serment veulent que je me dévoue à cette lâcheté, que je m’immole à rette trahison? ah! c’est plus aussi que la force humaine n’en peut supporter sans crier, sans bondir de rage cl de douleur!

MARGARET, à Ber ‘.bel.

Il convient enfin que ce Gilbert est le coupable !

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