LII.IAS
Oui! cela peut être! Oui, tout s’éclaire d’une lueur terrible : la fuite de Gilbert, le silence de Georges. Oh! mais, quand Gilbert saura que Georges est accusé, il reviendra, il écrira !
EFFLAM.
Il lésait, il n’est pas encore revenu, il n’a pas encore écrit.
LIL1AS, avec indignation.
Dieu du ciel! Mais alors nous parlerons, nous!
EFFLAM.
Bien cela! Mais que dire?
LILIAS.
C’est juste. Pas de preuves. Gt orges les a détruites. Et puis, il s’opposerait... Nous l’avilirions pour rien. O héros de probité' il préfère la conscience... même à l’honneur! — C’est égal! plus que jamais je veux le voir, je veux lui parler, Efflam ! (Elle fait un pa* ver* la porte de droite.)
EFFLAM..
Arrêtez!
LILIAS.
Ah ! laissez, je veux au moins lui crier : Georges, je ne sais pas si j’ai jamais aimé Gilbert , mais je sais bien que je ne l’aime plus! — Rien autre chose. Ce sera assez pour moi.
EFFLAM.
Oui, mais pas assez pour lui.
LILIAS.
Pourquoi?
7* L’AVOCAT DES PAUVRES
EFFLAM.
Parce que... •
LIMAS.
Pourquoi, dites?
EFFLAM,.
Parce qu’il vous aime.
LILIAS.
Il m’aime ! Georges m’aime !
EFFLAM.
Pouvez-vous lui dire que vous l'aimez aussi ? Alors, entrez.
LILIAS.
Oh ! oui, vous avez raison. Mais êtes-vous certaine de ce que vous dites? Comment savez- vous?... Comment avez-vous pu pénétrer son âme ?
EFFLAM, tTee douleur et dignité.
Madame !...
LILIAS, la regardant.
Ail ! pauvre Efflam, mon Dieu ! (Allant à elle, la prenant dan* ses bras.) Parlez-moi comme à votre sœur. Souffrez-vous donc, vous aussi?
EFFLAM, relevant la tète.
Non, je ne souffre pas en ce moment. Au contraire. J'ai fait co que je devais, ce que je voulais. — Miss Lilias! je dois épousi r Berthet, un brave garçon de mon pays. Je l’épouserai. Nous retournerons vivre ensemble dans nos pauvres moniagnes Ça n’cmpèche pas que quand j’ai vu Londres, j’ai été toffte saisie de la grandeur et de la beauté de la ville. Et quand j’ai connu maître Trevor, j’ai été toute ravie devant cet homme-là, si fier, si doux, si grand, si bon ! De le regarder, de l’écouter, j’en rêvais, j’en pleurais, j’en étais parfois heureuse, parfois triste, il me semble que j’en resterai meilleure; mais voilà tout. H ne se doutera jamais... Miss Lilias, étant au pays, j’allais tous les soirs puiser de l’eau à la fontaine, et il y avait une étoile au ciel que je regardais toujours. Je l’admirais, je la saluais, je l’aimais... je savais pourtant bien qu’elle ne pouvait pas être à moi.
LILIAS.
O pauvre âme !