‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actesChapitre 74 sur 92 · TREVOR, MARGARET · texte numérisé non relu

TREVOR, MARGARET

TREVOR, à lui-mème.

Je n’ai plus qu’une heure! dans une heure ils viendront me chercher. Et ma mère? comment l’éloigner?... (Haut.) Vousvou lez donc toujours rester près de moi, chère mère? Cependant, il faudra bien que vous vous reposiez aujourd’hui ! (Retournant à U fenêtre.) Plus qu’une heure, et rien, rien ! Heure inconnue, heure sombre ! ne dois-tu donc m’apporter que cette intolérable angoisse? Oh! impossible! Gilbert ne sera pas si lâche! Il viendra ! L’assassin lui-mème ne tue pas son sauveur ! (ue»enant à Margaret.) Allons, voyons, il faut rentrer chez vous, ma mère bien-aimée !

MARGARET

Non, Georges, je ne te quitte pas. Si tu sors, je sortirai; je resterai si tu restes.

Voilà deux nuits que vous ne dormez pa3 , deux nuits que vous veillez à mon chevet, comme au chevet d’un malade.

MARGARET

Georges, est-ce que tu te crois en santé?

TREVOR

Non, je sais bien, j’ai la fièvre, je ne respire plus; l’air manque à ma poitrine, l'air de l’àme : l’honneur.

MARGARET

Mon Georges !

TREVOR

Oh ! mais je me guérirai par quelque héroïque chirurgie !

MARGARET

Dieu ! voilà ce qui m’épouvante ! Georges, quel est ton dessein ? Georges, que feras-tu ?

L’AVOCAT DES PAUVRES

TREVOR

C'est l’heure du courrier de France. Je vous ai dit que je comptais beaucoup sur ce courrier, ma mère, et, vous voyez, j’attends Bçrlhel! j’attends... j’attends la fin de mon inquiétude et de la vôtre.

MARGARET

Mais s’il n’apporte rien encore, que feras-tu, Georges?

TREVOR

Ma mère ! — Ah ! que je souffre ! Ah ! ces pauvres que je plaignais tant autrefois, comme je les envie ! Endurer la faim, la soif, le froid, la misère; errer sans gîte et sans vêtements; subir la captivité, la torture ou la mort, qu’est-ce que cela! qu’importe cela ! si l'on a le refuge inviolable, le tabernacle d’or, la vraie richesse, la grande liberté : le juste et pur renom d’un honnête homme ! Ah ! je les avais, mon Dieu, vos deux suprêmes biens : la conscience, cet honneur intérieur, l’honneur, cette conscience visible ! Je les avais, vos deux belles lumières, éclairant toujours ensemble l’àme et la vie ! Et j’ai bien conservé votre rayon dans mon cœur ; mais voilà qu’ils m’ont volé votre flamme au front!

MARGARET

Georges ! tu ne me dis toujours pas ce que tu feras !

TREVOR

Dites-moi, vous, ce qu’aurait fait mon père ! O mon vénéré père, magistrat sans reproche, vieux juge de franc aloi ! répondez, quel est votre conseil et votre arrêt, si, de là où vous êtes, comme de votre siège consulaire, vous voyez votre fils assis sur le banc des accusés? Est-ce que vous pourriez le condamner innocent, et lui dire : Loin de moi et en prison ! Est-ce que vous ne lui crieriez pas plutôt : Sois libre ! viens me rejoindre !

MARGARET

Ah ! tu vois que tu parles de mourir !

TREVOR

Croyez-vous qu’à présent je vive beaucoup, ma mère ? croyezvous que j’existe à cause que je respire? Non, une vertu s’est retirée de moi, et ce qui reste de votre fils n’est plus qu’un tombeau : le tombeau de ma fierté, le tombeau de mon talent, le

tombeau de mon amour. Allez! la cloche ne sonne pas pour tous les morts ! Je ne suis pas vivant, ma mère, je suis déshonoré!

MARGARET

Malheureux ! tu veux te tuer !

TREVOR

Ma mcre ! oh ! pardon, ma mère bien-aimée ! Non, je ne veux pas me tuer ! non, non, le suicide est une désertion, et je ne suis pas, moi, de ceux qui fuient. Je lutterai jusqu’au bout, j’espérerai jusqu’à la fin> ma mère.

BEHTHEL, au dehors.

Maître Trevor ! Maître Trevor !

MARGARET

Berthel ! voilà Berthel !

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