TREVOR, MARGARET
TREVOR
Et vous aussi, chère mère, je vous ai effrayée. Pardonnezmoi, rassurez-vous. Voilà l’homme dompté. Je redeviens Georges Trevor.
MARGARET
Georges! ce qui fait ma véritable angoisse, ce n’est pas ta colère, c’est ton danger !
TREVOR
Mon danger? non ! point de danger sérieux! Vous avez besoin de votre calme, et non de votre courage, je vous assure. Pour moi, je me sens à présent tranquille et fort. Vrai Dieu ! je ferai ce que meconseille cette lettre : je me défendrai.
MARGARET
Est-ce bien vrai ?
Oh! oui, je vous en réponds que je ne laisserai pas assassiner mon honneur sans une défense terrible! Ma mère, écoutez ceci : sur mon âme immortelle, j’ai horreur de l’impie suicide, et Dieu a mis dans mes mains de quoi frapper, de quoi confondre sir Jaffray d’abord, Gilbert Talbot ensuite. Vous croyez à ma parole, n’est-ce pas?
MARGARET
Oh! oui, mon Georges; mais c'est égal! tu me laisseras ne pas te quitter, tu me laisseras te suivre, devant tes juges, en prison, partout.
TREVOR
En prison! mais il ne s’agit pas de prison ! Vous voyez, voilà encore un jour passé sans encombre. Et là, vraiment, maintenant que vous êtes rassurée, vous devriez aller prendre quelques moments de repos, chère mère.
MARGARET
Ah ! tu veux m’éloigner de toi ! •
Trifcvori.
Eh bien! non ! ch bien! non! Vous avez raison, au fait, puisque nous avons à nous une de nos bonnes soirées de causerie ou de lecture. Voulez-vous que je prenne votre bible, rua mère? Voulez-vous que Dieu soit de notre entretien?
MARGARET
Oui, c’est cela; oui* mon Georges, tout ce qu’il te plaira, pourvu que je te voie, pourvu que je te garde. (ïrevor preod la Bible sur la table, à gauche.)
TREVOR, lisant.
« Or, la mère des Machabées, voyant ses sept fils mourir en un jour, souffrait avec constance, à cause de son espoir en Dieu,
« Et elle exhortait ses enfants dans la langue de leurs pères, unissant la fierté de l’homme à la tendresse de la femme,
« Et elle leur disait : Ce n’est pas moi qui vous ai donné la vie et Pâme, c’est le créateur du monde.
« Et il vous rendra l’àme et la vie, parce que maintenant vous ne pensez pas à vous-mêmes en pensant à sa loi... »
MARGARET
Georges ! Georges ! pourquoi me lis-tu cela, puisque tu dis que je n’ai pas besoin de mon coürage ?
TREVOR
J’avais ouvert le saint livre au hasard, ma mère. Tranquillisez donc votre âme! ménagez donc vos forces! Puisque nous avons un moment de trêve, reposez-vous, je vous en prie, reposez-vous, ne fût-ce qu’une heure.
MARGARET
Mais toi ?
TREVOR
Moi, je ne vous quitterai pas! Tenez, je serai près de vous, sur ce banc, et votre premier regard me retrouvera là!
MARGARET
Alors, mon fils, ta main dans la mienne.
TREVOR
La voici, chère mère, la voici! Enfin, depuis plusieurs nuits, le sommeil vous manque. La fatigue appesantit vos paupières. Pas de danger! pas l’omlTre d’un danger! Donnez-moi la béné-
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