‹ L'avocat des pauvres drame en cinq actesChapitre 82 sur 92 · ACTE V · texte numérisé non relu

ACTE V

CROMWELL

Cependant, Monsieur, on invoque votre témoignage?

SIR JAFFRAY.

Milord ! en présence du shérif, on a trouvé chez l’accusé le portefeuille soustrait à lord Windall. L’accusé, par un silence au moins aussi habile que sa parole, voudrait laisser supposer que le coupable est le client même qu’il a fait acquitter. 11 a héroïquement déchiré une prétendue preuve écrite qu’il tenait dans les mains. Mais cette preuve était le premier chiffon de papier venu. Mais Gilbert Talbot est loin, et les absents ont aisément tort. Voilà, milord, tout mon témoignage, et, en bonne justice, je crois, comme le disait Votre Altesse, qu’il ne reste plus qu’à condamner l’aceusé et à le flétrir,

TREVOR

Ah! Votre Seigneurie est inexorable! Cependant elle ne frapperait peut-être pas un homme à terre, si elle se doutait que ce vaincu a pu autrefois lui être utile.

SIR JAFFRAY.

Vous! à moi ! 11 y a six semaines je ne vous avais jamais vu.

TREVOR

Ne peut-on servir quelqu’un sans le connaître?

SIR JAFFRAY.

Et en quel lieu, en quel temps aurais-je été l’obligé de maître Trevor ?

TREVOR

Mon Dieu ! si Votre Seigneurie voulait m’aider à préciser la date ?... c’était quand elle embrassa la cause du Parlement, vers l’époque où son parent, lord Windall, fut traduit devant le tribunal d’Édimbourg comme coupable de haute trahison. Sir Jaffray n’était-il pas à Édimbourg en ce moment ?

SIR JAFFRAY.

C’est possible, mais quel rapport?...

TREVOR

Sir Jaffray se rappellera peut-être alors une circonstance du procès de son beau-frère. Le comte. Windall, bon soldat et médiocre orateur, demanda un avocat. Mais, soit passion, soit terreur, personne, en ces jours désastreux de représailles civiles,

88 L’AVOCAT DES PAUVRES

personne ne se leva dans le barreau de la ville à l’appel de l’accusé. Ah ! il me semble pourtant que, sur un champ de bataille, le chirurgien doit se hâter à la gravité de la blessure plus encore qu’à la couleur du drapeau !

StR JAFFRAY.

Mais je ne vois pas, Monsieur, où tendent ces détails.

TREVOR

Oh ! Votre Seigneurie va s’y reconnaître. Elle n’assistait pourtant pas, je pense, à l’audience où le frère de sa femme fut ainsi abandonné; mais elle dut savoir, par ouï-dire, qu'un jeune praticien, arrivé la veille d’Oxford, et inconnu à ce tribunal de juges étrangers, sortit de la foule et sollicita l’honneur et le péril de la défense du comte. 11 trouva son client innocent et indigné du crime de lèsc-nation qu’on lui imputait. Seulement, lord Windall hésitait à se justifier; car il fallait pour cela qu’il accusât un de scs proches, et c’est la main la plus nette qui craint le plus le contact de la boue. Cependant, lord Windall connaissait le trahisseur, lord Windall avait les preuves de la trahison...

StR JAFFRAY, à pirt.

Grand Dieu !

TREVOR

Ceci commence à intéresser Votre Seigneurie, n’est-ce pas?... L’avocat inconnu défendit le comte de toute sa conviction, de toute son énergie. Mais le tribunal exigeait des noms et des faits, et, comme lord Windall hésitait toujours, le jeune défenseur obtint un sursis de vingt-quatre heures, s’engageant, s’il n’avait pu vaincre d’ici là les scrupules de son client, à le sauver malgré lui, en apportant lui-mème les lettres du coupable; car le comte lui avait remis ces preuves...

SIR JAFFRAY, avec inquiétude.

Étiez-vous donc ce défenseur. Monsieur?...

TREVOR

Maintenant, Votre Seigneurie, si sa mémoire ne la trahit pas, pourrait dire aussi bien et mieux que moi ce qui se passa dans la nuit suivante. Le vrai coupable, qui allait être infailliblement accusé et confondu, avait de puissants moyens d’action ; il

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