‹ L'avocat du diable comedie en un acteChapitre 27 sur 28 · SCÈNE XVIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVIII

HARIETT.

Non, je ne demapde que l’oubli!..

JÉRÉMY.

Comme moi 1 je Voudrais effacer tous les souvenirs de ma

vie! Tenez... (ruisast dans le coffret, taudis que Hariett ouvre sa petite boite d’écolière.) Voici la première lettre de la première femme

3 uc j’ai aimée à vingt ans; elle m’a quitté pour un borse-guard e cinq pieds huit pouces.

HlRlETT, derrière le guériffoa.

C’est votre faute, il fallait avoir un pied de plus que lui!

JÉRÉMY.

Je n’y ai pas pensé !.. Au feu *! (il jette la lettre dans la cheminée.) HARIETT.

Cette fleur desséchée m’a été donnée par une de mes compagnes, comme gage d’éternelle amitié...

JÉRÉMY.

Et cette éternité a duré?..

HARIETT, regardant briller la fleur.

Le temps que va mettre la fleur à devenir cendre.

JÉRÉMY, jetant des lettres au feu.

Au feu tous ces serments, tous ces mensonges... Comme cela brûle!

HARIETT, tenant une lettro.

En voilà une qui n’éteindra pas votre feu 1

. jërémy.

Un serment ?..

HARIETT.

Celui d’un certain Arthur Midleton !.. (Elle la jette au feu.)

JÉRÉMY.

Je suis sûr que l’enfer entretient sa fournaise avec des billets roses de ce genre!.. Au feu!.. (Prêt à jeter au fou un objet qu’il aperçoit dans son coffret.) Qu’allais-je faire!.. Ohl non!., toi je ne te brûlerai pas, cher petit souvenir!..

HARIETT.

Un souvenir?

JÉQÉMY.

Qui me coûte cent guinées.

HARIETT, très-emue, saisissant une petite poupée dans le coffrât que tient

léféœy.

Ah! mon Dieu!..

JÉRÉMY.

Qu’est-ce donc?

HARIETT, arec une joie d’eafaut.

C’est elle!., c’est bien elle !..

JÉRÉMY.

Cette demoiselle serait-elle de votre connaissance?

* Hariett, Jértimy.

l’avocat do diable.

HARIETT.

De qui tenez-vous?..

JÉRÉMY.

D’une petite fille... d’un petit ange blanc et rose, à qui je venais de sauver la vie...

HARIETT, vivement.

En Suisse ?

JÉRÉMT.

Comment savez-vous.. ?

HARIETT.

Au risque de périr vous-même!., et dont le papa... méchant et injuste, vous a cherché querelle... pour tout remerciement.

Hariett!.. c’était vous?., vous!..

HARIETT, s’attendrissant à ses souvenirs.

Comme je le grondai, ce méchant père!.. Pendant deux jours, je lui défendis de m'embrasser... « Non, Monsieur, lui disais-je , l’argent de ce gentleman ne vous était pas dû... Commencez par distribuer ces cent guinées aux pauvres de la route.... après, nous verrons. » 11 obéit... et je lui pardounait.. 11 fallait voir sa joie !.. .

JÉRÉMY.

Chère enfant!

HARIETT.

Et moi je pensais tout bas : « Ces aumônes porteront bonheur à celui qui nous a secourus... » Elles n’ont porté bonheur ni à vous... ni à moi !..

JÉRÉMY, très-ému.

Peut-être...

HARIETT.

Peut-être ? ,

JÉRÉMY.

Puisque vous pleurez...

HARIETT, le regardant.

Vous aussi, vous pleurez...

JÉRÉMY, aveotaentrainement.

Eh bien! ces larmes, mon enfant... ces larmes, c’est l’émotion qui rentre dans nos cœurs... c’est l’espérance qui nous dit de vivre, qui nous dit d’essayer d’aimer encore... On n’aime bien qu’après avoir souffert. (Après un silence.) Hariett. . vous ne répondez pas !.. -I

HARIETT, après un silence.

Ramenez-moi à ma pension... j’ai encore bien des choses à apprendre...

JÉRÉMY.

Lesquelles?..

HARIETT.

À oublier, d’abord !..

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