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Arsenic

Taylor rapporte avoir eu à examiner une femme qui avait passé le cinquième mois de la grossesse, et avait pris*

(1) Vibert et Ogier, De la présence de V albumine dans V uriné des cadavres [Ann. d'hyg. publ. et deméd. légale, 3e série, t. XIV, p. 65).

CAUSES DE L’AVORTEMENT NATUREL

dans l’espoir de se faire avorter, une haute dose d’arsenic. Elle mourut en moins de sept heures, ayant eu, pendant ce temps, des vomissements et une diarrhée intense; cependant, l’avortement n’eut pas lieu (1).

Dans un autre cas, un médecin prescrivit de l’émétique à une femme enceinte : l’avortement d’un fœtus de trois mois environ se produisit le jour même.

Prises à haute dose, ces substances occasionnent un flux intestinal analogue, au point de vue des symptômes, au choléra; il est parfois impossible de les distinguer. Comme dans cette dernière maladie, l’avortement est une conséquence fréquente de l’empoisonnement. Du reste, d’après les travaux de Robert Wurtz, qui a fait sur ce point des études fort intéressantes, la marche du choléra stibié ou arsenical présente non seulement symptomatologiquement, mais encore au point de vue de sa pathogénie, des rapports très étroits avec le choléra nostras; les Bacillus coli , contenus dans l’intestin, traversent ses parois et pénètrent dans l’économie; on en trouve dans la cavité péritonéale.

L’identité des symptômes, le trouble apporté par une épidémie de choléra, la terreur des populations, ont parfois suggéré à des individus l’idée d’empoisonner une ou plusieurs personnes par l’arsenic.

Henri Sainte-Claire Deville en a cité un exemple, survenu lors de l’épidémie de choléra de Besançon, en 1849.

Une famille, composée de cinq personnes, avait disparu, emportée, croyait-on, par cette maladie. Au bout de quelques années, on eut des soupçons sur la cause de leur mort, et on pratiqua leur exhumation. Les viscères furent examinés, et l’expertise démontra que les deux premiers morts avaient succombé au choléra, mais que les trois derniers avaient été empoisonnés par l’arsenic.

Les soupçons se portèrent sur un parent éloigné des décédés, qui avait hérité de ces personnes, à cause de la

(1) Taylor, Traité de médecine légale , traduction Coutagne, 1881,

mort de tous les héritiers dont les droits auraient prévalu sur les siens. Une instruction fut ouverte et elle démontra que cet homme, qui ne pouvait compter sur la succession des personnes mortes véritablement du choléra, que si celles qui le précédaient dans l’ordre établi légalement pour les successions disparaissaient, avait administré de l’arsenic à ces dernières (1).

Donc, méfiez-vous, et rappelez-vous que si le choléra provoque l’avortement, il est des empoisonnements qui peuvent être commis pendant une épidémie, grâce' à laquelle le coupable espère l’impunité.

Quoi qu’il en soit, Messieurs, l’arsenic empoisonne, mais ne provoque pas directement l’avortement; je ne crois pas que l’on ait signalé un cas dans lequel l’intoxication arsenicale, même mortelle, ait donné lieu à l’expulsion d’un fœtus. Je ne ferais que vous signaler ce fait, si je n’avais trouvé dans un livre allemand un passage dans lequel on prétend que M. Pouchet et moi avons signalé l’intoxication par l’arsenic comme cause d’avortement.

Messieurs, c’est une erreur, qui provient de l’interprétation à contresens d’un mémoire que nous avons publié à la suite de l’affaire suivante. Il y a quelques années, aux environs de Yesoul, un homme fut accusé par sa femme d’avoir tenté de l’empoisonner à l’aide de l’arsenic. On découvrit facilement des traces d’arsenic dans les vomissements de la victime, et l’on trouva un paquet contenant de l’arsenic dans les vêtements de l’inculpé ; le cas n’était pas niable. De plus, la femme accusa son mari d’avoir voulu l’empoisonner une première fois, quinze ou seize mois auparavant, alors qu’elle nourrissait un enfant au sein ; elle avait guéri, mais l’enfant était mort, et elle attribuait cette mort à l’attentat dont elle-même avait été victime.

Lejuge chargé de l’instruction me demanda s’il était possible de retrouver l’arsenic, au bout d’un temps aussi long, dans les viscères de l’enfant ; sur ma réponse affirmative,

(1) Journal de médecine , t. XXXIY. Obs. IV, p. 132.

CAUSES DE L’AVORTEMENT NATUREL

l’exhumation fut ordonnée. Le corps de l’enfant, c’est la règle, vous le savez, dans l’intoxication arsenicale, était admirablement conservé ; la peau était seulement un peu parcheminée, et il nous fut facile, à M. Pouchet et à moi, de reconnaître la présence certaine d’une quantité très notable d’arsenic dans les viscères.

A la suite de cette expertise, nous fîmes des recherches à l’hôpital Saint-Louis, où fréquemment des nourrices, atteintes d’affections cutanées rebelles, suivent un traitement arsenical prolongé. Nous trouvâmes que, chez ces femmes, l’arsenic s’éliminait, en partie par les voies ordinaires, la peau, les poils, les cheveux, les ongles, les bronches, mais que la plus grande partie s’éliminait par l’intermédiaire de la sécrétion lactée.

Dans tout cela, il n’est nullement question d’avortement, qui me semble bien improbable à la suite d’une intoxication aiguë ou chronique par l’arsenic.

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